INTERVIEW
 
Août 2007

"Grenelle ou pas, le combat écologique n'est pas terminé"

Grenelle de l'environnement, chasse à la baleine... En ces temps où la planète est en danger, Yannick Jadot, directeur des campagnes de Greenpeace France est sur tous les fronts. Il nous livre ses doutes et ses attentes.
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L'Islande a annoncé à la fin du mois d'août l'arrêt de la chasse commerciale à la baleine. Une victoire pour Greenpeace ?

Oui, c'est une victoire pour Greenpeace au sens où nous avions largement combattu la reprise de la chasse à la baleine en Islande, notamment sur le mode économique. En effet, lors de cette campagne nous avions engagé de nombreuses alliances avec le secteur touristique lié à l'observation des baleines, afin de démontrer que la chasse à la baleine constituait un mauvais choix économique pour l'Islande, puisque cela est plutôt rédhibitoire pour les touristes. La preuve supplémentaire, c'est qu'aujourd'hui, il n'y a plus de marché pour cette viande, l'Islande et la Norvège ont beaucoup de mal à trouver des débouchés. Il s'agit plutôt d'une tradition malsaine qui perdure.

 

Qu'en est-il du Japon ?

De la même façon au Japon, la baleine était une ressource alimentaire populaire après la guerre et c'est maintenant plutôt un mets de luxe. Lorsque nous avons lancé la campagne Baleines dans ce pays, le slogan consistait à dire que la baleine avait sauvé le Japon après la guerre et que le Japon devait à présent tout faire pour sauver les baleines. Mais le combat n'est pas terminé et la chasse à but scientifique continue en Islande… alors que les scientifiques et la CBI (Commission Baleinière Internationale) s'accordent pour dire que tuer des baleines pour les étudier est absolument inutile. De nombreux pays publient des études sur ces cétacés sans avoir à recourir à la chasse, alors qu'il y a bien longtemps que le Japon ou l'Islande n'ont pas publié d'étude scientifique sur le sujet. Finalement, il est intéressant que le Japon perde un allié, pour montrer une fois de plus l'aberration de cette chasse.

 

Yannick Jadot
 
Yannick Jadot. Photo © Marta Nascimento / Greenpeace
 
"La chasse à la baleine est une tradition malsaine qui perdure."

Avez-vous participé aux discussions préparatoires du Grenelle ? Pensez-vous qu'elles s'engagent sur des solutions favorables pour l'environnement et la biodiversité de notre pays ?

J'ai participé à ces réunions. Est-ce qu'on va dans le bon sens ? Il est trop tôt pour le dire. Nous n'en sommes pas encore à identifier les mesures qui seront à négocier. Pour l'instant nous sommes restés sur des discussions un peu larges, la rentrée sera l'occasion de mettre sur la table des solutions plus abouties. Par contre, ce qui nous inquiète c'est que nous ne connaissons pas encore les méthodes qui seront utilisées dans les différents groupes de travail pour trancher et choisir les solutions à adopter. Il existe en effet de lourds conflits entre les différents intervenants sur ces solutions qui seront soumises à la négociation. On reste donc dans le flou. Dans ce contexte, les annonces répétées et parfois contradictoires du ministre Jean-Louis Borloo ne sont pas rassurantes.

 

Qu'attendez-vous donc de cet événement ?

Finalement, l'idée n'est pas d'améliorer le statut quo d'aujourd'hui. On a proposé ce Grenelle aux candidats au printemps, afin de donner une solution à la crise écologique actuelle. L'intérêt n'est pas de tomber sur un compromis plus favorable pour nous. Il existe des objectifs européens en matière d'énergies renouvelables par exemple… Si le Grenelle ne répond pas au minimum à ces objectifs, on aura perdu notre temps. Il faut arrêter de se faire plaisir en parlant de diagnostic et avoir enfin un vrai débat constructif sur les solutions à apporter à cette crise. En fait, on est dans une telle sur-médiatisation de l'environnement du point de vue du diagnostic qu'on en arrive à une sorte de relatif consensus et qu'aucune solution n'est adoptée. Il faut porter dans le débat public le fait qu'il existe des solutions positives écologiquement, économiquement et socialement. Mais on est conscient qu'on ne peut pas tout faire. L'enjeu du Grenelle est de montrer que les solutions sont conflictuelles mais qu'il faut réussir à instruire le débat. Si l'opinion publique s'en empare, c'est encore mieux.

 

Yannick Jadot
 
Yannick Jadot. Photo © Marta Nascimento / Greenpeace
 
"Il semble que la prochaine administration américaine renégociera son entrée dans le protocole de Kyoto."

Le protocole de Kyoto peut-il vraiment fonctionner sans la présence et la participation de pays ayant une large responsabilité dans les émissions de gaz à effet de serre, comme les Etats-Unis ou l'Australie ?

Notre point de vue à ce sujet est que les Etats-Unis sont en train d'évoluer à la vitesse grand V. L'administration Bush restera opposée au protocole jusqu'à la fin, mais on constate depuis un certain temps une évolution notable du côté des institutions, des milliers de villes qui s'engagent localement et une grande mobilisation du public américain… Il semble donc que la prochaine administration américaine renégociera son entrée dans le protocole. Cela se fera bien entendu uniquement si l'Europe continue à s'engager, qu'elle s'oblige à donner l'exemple. Par la suite, je n'ai aucun doute sur le fait que cela constituera la dynamique nécessaire pour que les autres pays rejoignent ce protocole. Il faut que la prise de conscience et l'évolution des mentalités aux Etats-Unis se poursuive, que l'administration change et les autres pays suivront.

 

Comment le gouvernement français peut-il concrètement tenir les objectifs du "facteur 4", c'est-à-dire une division par 4 des émissions de gaz à effet de serre, d'ici 2050 ?

Le scénario "négaWatt" a été conçu pour cela. Des ingénieurs ont imaginé les solutions alternatives envisageables et réalistes pour arriver à cet objectif. Cela passe par à peu près 50 % de baisse de la demande en énergie d'ici 2050. Les solutions proposées sont notamment l'isolation, donc la rénovation thermique de 400 000 logements anciens par an. La réduction de 10 km/h des vitesses autorisées sur la route, l'efficacité des moteurs et un investissement massif sur les transports en commun et le fret. A travers la réduction de la demande et parallèlement le développement des énergies propres, on arrive à un facteur 4, qui nous permet en plus de sortir du nucléaire d'ici 2030.

 

Action contre le changement climatique
 
600 personnes nues photographiées par Spencer Tunick au pied du glacier d'Aletsch pour dénoncer les changements climatiques. Photo © Spencer Tunick
 
"Les gens comprennent de plus en plus que le nucléaire constitue un risque lourd."

Quelles actions spectaculaires sont prévues par Greenpeace au cours des prochains mois, telles que dernièrement la mise en scène de 600 personnes nues photographiées par Spencer Tunick ?

Grenelle ou pas, le combat écologique n'est pas terminé. Avant, pendant et après le Grenelle, Greenpeace continuera ses campagnes. Dans les semaines qui viennent, nous serons actifs, mais je ne peux vous révéler les actions à venir car les annoncer annulerait leur intérêt. Sur la question de l'énergie, du renouvelable en France, on continuera nos actions. Le débat évolue, les gens comprennent de plus en plus que le nucléaire constitue un risque lourd.

On continuera à travailler également en République démocratique du Congo pour lutter contre l'ouverture de cette forêt primaire à l'exploitation industrielle, afin qu'elle ne disparaisse pas dans 15 ou 20 ans. On poursuit aussi notre combat en Amazonie, pour lutter contre l'expansion de la culture du soja : l'Amazonie est en effet plus grignotée par le soja que par l'exploitation du bois. On va également profiter de nos 10 ans de présence en Chine pour pousser au développement de lois anti-OGM dans ce pays.

Enfin, Bali (où se tiendra en décembre prochain la conférence des Nations unies sur le climat, ndlr) sera incontournable : les pays doivent très vite s'accorder sur des objectifs contraignants pour la deuxième partie du protocole de Kyoto, afin de mettre en place des politiques qui s'appliqueront dès 2012. La première partie du protocole de Kyoto consistait seulement à la mise en place d'un cadre juridique pour les pays. Désormais, il va falloir penser sérieusement à réduire les émissions de CO2.

 

» Et aussi :

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En savoir plus sur les site de Greenpeace France et www.negawatt.org


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