Un projet contesté et... contestable
Malgré de nombreuses manifestations à travers toute la France s'opposant au projet de construction de l'EPR (European Pressurized Reactor) de Flamanville, dans la Manche, l'autorisation de construction a été signée en avril 2007. Dans le même temps, un sondage européen établissait que les Français sont à 59 % pour la diminution de l'énergie nucléaire en France. Aujourd'hui, le premier réacteur EPR en cours de construction en Finlande a accumulé un retard de deux ans dans les travaux, notamment à cause de contraintes sur la qualité des matériaux, qui pourraient s'avérer problématiques en cas d'accident.
C'est en 2004 qu'EDF décide de construire un réacteur de type EPR, centrale dite de troisième génération, en France, à Flamanville, là où se trouvent déjà deux réacteurs d'ancienne génération.
La loi d'orientation sur l'énergie adoptée par l'Assemblée nationale en juin 2004 prévoit en effet la construction de 10 EPR en France d'ici à 2015 pour un coût estimé entre 25 et 30 milliards. Alors que le nucléaire représente aujourd'hui en France 78 % de la production d'électricité.
Des coûts exorbitants
Pourtant, on sait aujourd'hui que la France possède le deuxième gisement éolien d'Europe. Notre pays produit seulement 2 000 MW d'électricité éolienne, contre 3 000 pour le Danemark (18 % de la production du pays) et 20 000 MW pour l'Allemagne.
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| | En France, le nucléaire représente 78 % de la production d'électricité. © Patricia Colson | |
Même après les débats du Grenelle de l'environnement portant sur l'énergie, des sommes considérables sont investies dans le développement de l'énergie nucléaire. Le problème majeur du nucléaire étant la gestion des déchets radioactifs en fin de vie. Et des coûts afférant à cette gestion. On estime en effet que le programme de recherches sur les déchets aura coûté en 15 ans environ 2,2 milliards d'euros. La transmutation (bombarder de neutrons les déchets les plus radioactifs), dont l'étude a coûté 724 millions, n'a pas été retenue. Le stockage des déchets en surface, 614 millions d'euros, n'a pas non plus été retenu, les déchets irradiant parfois jusqu'à plusieurs centaines de milliers d'années.
C'est le stockage en profondeur qui a finalement été conservé par le parlement sur le site de Bure, dans le cadre d'un programme de recherche coûtant 900 millions d'euros, pour un site qui ne serait pas opérationnel avant 2025. La construction d'un site d'enfouissement lié à ce programme coûterait plusieurs dizaines de milliards d'euros aux contribuables français : en somme, un gouffre et un fardeau pour les générations futures.
Que peut-on faire avec le même budget pour les énergies renouvelables ?
Une étude a été réalisée en 2006 par la société les Sept Vents du Cotentin à l'initiative du réseau Sortir du nucléaire. Il en ressort qu'avec les 3,3 milliards d'euros prévus pour l'EPR de Flamanville, il serait possible de subvenir à des besoins en électricité deux fois supérieurs à la capacité du réacteur nucléaire, en cumulant la production d'énergie propre et les économies d'énergie réalisées grâce aux investissements en matière d'isolation dans les bâtiments. En outre, cela permettrait de créer 10 000 emplois pérennes, contre 300 pour l'EPR, après la fin du chantier.