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Interview
"Pour évoluer, il faut être exposée, connue, repérée."
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Comment est né le GEF et quel est son objectif ?
Véronique Préaux Le réseau GEF
est né il y a deux ans, suite à un triple constat.
D'abord, nous avons constaté que l'on ne retrouvait
pas toutes nos diplômées dans les entreprises.
Il y a environ 40 à 50 % de femmes diplômées
des grandes écoles, mais beaucoup moins dans la plupart
des entreprises. Où sont ces femmes diplômés
?
Ensuite, on a fait le constat que les femmes utilisent beaucoup
moins le service des associations que les hommes. Mais, lorsqu'on
a interrogé ces femmes sur leurs attentes professionnelles,
elles ont répondu en masse. En raison des attentes
des femmes, ainsi que de l'intérêt des entreprises,
le GEF a été créé dans le but
d'être un observatoire de l'évolution des parcours
professionnels des femmes diplômées. Nous conduisons
donc des études au niveau des entreprises comme au
niveau de nos diplômées, au rythme d'une chaque
année. Nous voulons vraiment être témoin
de l'évolution. |
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SOMMAIRE |
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En parallèle de ce rôle d'observatoire, vous
organisez également des rencontres ?
Oui. Nous fédérons toutes les initiatives qui
sont lancées dans les réseaux des grandes écoles,
pour les mettre en commun. Nous organisons des repas, des
ateliers, des témoignages, des formations etc... Tout
ça sur le thème de la carrière et du
réseau professionnel. Nous organisons également
des manifestations avec d'autres écoles ou d'autres
réseaux.
On voit de plus en plus de réseaux féminins se constituer.
Comment l'expliquez-vous ?
Il existe déjà un bon nombre de réseaux
qui existe. Étant majoritairement masculins, les femmes
n'osent pas y rentrer et y sont en minorité. Je pense
qu'il arrive un moment dans la carrière où ce
ne sont plus les compétences et les qualités
professionnelles qui font progresser, même si elles
sont indispensables, mais c'est aussi le fait d'être
exposé, connu, repéré. C'est pourquoi
ces réseaux ont toute leur raison d'être.
Quelles sont les attentes de ces femmes qui se mettent
en réseau ?
D'abord elles veulent être au courant de ce qui
se passe, des tendances etc... Et ensuite, elles veulent être
dans une dynamique, c'est-à-dire participer à
des événements, rencontrer des femmes qui ont
les mêmes préoccupations, et tout simplement
progresser.
Quels sont les grands enjeux du GEF ?
D'abord de faire un point régulier, c'est le rôle
d'observateur que nous souhaitons avoir. Et il y a des choses
à faire : tout le monde reconnaît qu'il y a un
certain nombre de freins pour les carrières professionnelles
des femmes alors qu'il y a un potentiel disponible bien réel.
Notre rôle s'inscrit dans la durée : on va conduire
des études récurrentes afin de vraiment voir
les changements. Et parallèlement nous sommes là
pour apporter des réponses aux jeunes diplômées.
Et ces jeunes diplômées, comment voient-elles
l'avenir ?
Je suis assez impressionnée par leur profil actuel....
Il y a deux catégories de jeunes femmes diplômées
: celles pour qui tout va bien et qui pensent qu'il n'y a
pas de problèmes, car elles ont été élevées
dans la mixité. Elles découvriront le problème
quand elles auront 30/ 35 ans. Et il y a celles qui qui voient
un peu trop de problèmes, qui ont trop d'"à
priori" et pensent que faire carrière et avoir
une vie de famille est une mission impossible. Le danger vient
du fait qu'elles ont parfois tendance à se bloquer,
à se mettre des barrières alors qu'elles ne
sont même pas encore entrées dans la vie professionnelle,
donc que les questions ne se sont mêmes pas encore posées.
C'est là que nous avons un rôle à jouer
et cela est une vraie préoccupation pour nous.
Les réseaux doivent être une mine d'or pour les recruteurs,
non ?
Oui je pense qu'ils y voient certainement un intérêt.
Mais notre politique a d'emblée été de
travailler avec les entreprises : nous sommes à la
fois un réseau de femmes actives qui réfléchit
et qui travaille avec les entreprises ayant montré
un intérêt pour le sujet. Nous restons vigilants
dans le suivi afin de s'assurer que les entreprises partenaires
sont actives. Néanmoins, ces entreprises sont certainement
conscientes de ce vivier de recrutement que représentent
les femmes.
Quels avantages une entreprise peut-elle aujourd'hui retirer
de la présence d'un regroupement féminin ?
Cela représente d'abord un avantage managérial
d'avoir des équipes mixtes, car on prend de meilleures
décisions s'il y a des profils différents autour
de la table. Ensuite, les femmes représentent la moitié
des talents diplômés donc les entreprises ont
intérêt à aller chercher dans 100 % des
meilleurs profils disponibles, plutôt que dans la moitié...
Quel est la position des hommes par rapport à votre réseau
?
Il y a les très convaincus, qui considèrent
que le profil féminin est indispensable autour d'une
table pour prendre les bonnes décisions. Ils aident,
font avancer le sujet : ce sont un peu nos têtes de
pont ! Ensuite, il y a les contraints, ceux qui suivent. Et
il y a ceux qui n'ont pas envie que ça change. L'entreprise
est déjà un monde de compétition dans
lequel les hommes essaient de se faire une place et ce n'est
pas toujours facile. Alors si on rajoute des femmes, cela
augmente la compétition tout simplement... Telle est
leur vision.
Comment voyez-vous la situation des femmes dans 10 ans ?
Le fait incontournable est que les femmes arrivent en nombre,
et cela s'amplifie au fil du temps. C'est une tendance de
fond dont il faut tenir compte. Historiquement, l'entreprise
a été calquée sur des modèles
et des comportements masculins, puisqu'il n'y avait que des
hommes. Aujourd'hui, les attentes et les ambitions des femmes
doivent être entendu par les entreprises si elles veulent
intégrer ces femmes. Cela nécessite certaines
évolutions dans le vie et de la culture de l'entreprise.
Et cela va prendre du temps, car cela remet en cause des choses
profondes, dans le coeur de l'entreprise. Et il faut être
vigilant pour s'assurer que cela se passe. Car s'il n'y a
pas de politique engageante et active sur le sujet, cela ne
se passera pas...
Globalement, êtes-vous optimiste ?
Optimiste et vigilante !
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