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Vie pro
28/07/2005
"Le temps partiel correspond à un modèle positif"
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Jean Viard, sociologue au CNRS, est spécialisé dans l'étude des temps de travail et des loisirs. Il nous explique pourquoi le temps partiel participe d'un phénomène général d'assouplissement de nos horaires... |
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SOMMAIRE |
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Qui est concerné par le temps partiel aujourd'hui ?
Jean Viard
Avant tout, il faut préciser qu'une grande partie des temps partiels sont subis, et que ces temps partiels contraints concernent surtout les femmes, en particulier des femmes seules avec leurs enfants et dont les situations sociales sont très difficiles. Maintenant, si l'on parle du temps partiel choisi, il est aujourd'hui majoritairement le fait de mères de famille. Le temps gagné reste ainsi pour une grande partie consacré aux enfants, même s'il peut arriver qu'une fois qu'on en a pris l'habitude, on puisse décider de conserver le confort du temps partiel même lorsque les enfants ont grandi. Le temps partiel (choisi) est à mon avis un phénomène complémentaire du plein temps, c'est-à-dire que c'est un passage, une parenthèse à l'intérieur du plein temps, dédié à l'enfant.
En France, quel rapport a-t-on avec le temps partiel ?
La plupart des pays européens fonctionnent selon le modèle suivant : les hommes font 35 h ou plus, et les femmes sont pour la plus grande partie à temps partiel, notamment à cause du manque d'aide à la petite enfance. Ce modèle compte deux exceptions. D'une part la Hollande, qui compte 30 % de gens à temps partiel y compris des hommes, parce qu'il s'agit vraiment d'un temps partiel choisi, et que c'est beaucoup plus facile en Hollande de passer du plein emploi au temps partiel et inversement. Et d'autre part la France, qui a le taux de temps partiel le plus faible de toute l'Europe, parce que nous sommes un pays égalitaire : notre modèle, c'est "monsieur et madame 35 heures".
Alors pourquoi le temps partiel reste-t-il globalement féminin ?
Même si l'égalité est acquise sur le plan des droits, elle n'est pas encore vraiment rentrée dans les mœurs. Dans un ménage, le revenu de l'homme est encore souvent supérieur à celui de sa compagne : donc, lorsque l'un des deux doit passer à temps partiel, c'est souvent la femme, car le budget s'en trouvera moins réduit. Et puis, la mentalité à l'intérieur des couples est l'une des choses qui évolue le plus lentement dans notre société. Le temps de travail officiel légal est régi par des lois ; mais à l'intérieur d'un couple, le fait de s'occuper d'un bébé, de faire un biberon, d'assurer les courses… relève de l'intime, et les mutations sont donc beaucoup plus lentes que dans la sphère publique.
Mais les mentalités sont bien en train de changer ?
Absolument. Rendez-vous compte en 1974 encore, une femme sur deux ne travaillait pas ! Ce n'est que depuis une trentaine d'années que la majorité des femmes sont rentrées dans la vie active. Le modèle de la femme à la maison n'est plus valorisé. Je crois que c'est là le changement fondamental, même s'il y a encore plus de 20 % des femmes qui sont dans ce statut. Aujourd'hui, dire "je suis une femme au foyer" est même assez difficile à assumer en société : les gens vous regardent en pensant que vous passez votre journée à faire le ménage… Au contraire, le temps partiel est plutôt bien vu : il correspond à un modèle positif, celui de la maman qui travaille : n'oublions pas que la société française aime beaucoup les enfants, puisque nous sommes le pays d'Europe dont la natalité est la plus haute (l'Irlande exceptée, mais son cas est différent puisque ce pays interdit l'avortement).
Pourtant, certains préjugés persistent…
C'est vrai que, par exemple, une femme qui demande un temps partiel pour s'occuper de ses enfants n'aura souvent pas de problème ; alors qu'un père qui fait la même chose risque d'être soupçonné de paresse…
Le temps partiel, c'est l'avenir ?
Oui, ou plus exactement, l'avenir c'est le temps choisi. Nos sociétés vont voir apparaître des modèles de travail irrégulier. Vous allez travailler énormément à certaines périodes, beaucoup moins à d'autres, soit parce que vous avez un enfant, soit parce que vous avez pris une année sabbatique, soit tout simplement parce que vous avez envie de prendre l'air… Je crois que nous devrons tous faire le même nombre d'heures dans notre vie, mais on pourra très bien décider d'en faire 45 heures par semaine pendant dix ans, et après de ne faire que 15 heures pendant les années suivantes… Je pense qu'on va vers cette souplesse généralisée du temps de travail.
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