Dossier
 
25/06/2007

"Il faut savoir s'entourer des bonnes personnes"

Sophie Chénel Sophie Chénel, Présidente des Procédés Chénel International, 40 ans, a deux jeunes enfants et dirige la PME familiale depuis une dizaine d'années. Elle gère aujourd'hui une équipe de 20 salariés dans le domaine du développement et de la distribution de matériel de décoration. Retour sur son parcours.
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Devenir chef
 

Racontez-nous votre parcours

J'ai un BTS secrétaire trilingue et j'ai longtemps été assistante de direction. C'est en 1994 que j'ai décidé de rejoindre l'entreprise familiale. J'ai commencé dans le secteur commercial, puis dans l'export et enfin dans le management. Mon père a quitté ses fonctions de dirigeant en 1997 et depuis, c'est moi qui gère la PME

Comment une femme peut-elle accéder à un poste de dirigeante ?

Mon cas est particulier car j'ai repris l'entreprise de mon père. Ce qui est d'ailleurs un peu frustrant car ce n'est pas moi qui est à l'origine de la création. Mais, étant issue d'une famille de professionnel, j'avais une certaine légitimité. J'ai aussi eu plus de temps, plus de chance. Je n'étais pas menacée. Ce qui n'enlève rien au fait que j'étais passionnée. Selon moi, si une femme veut diriger une entreprise, tout du moins une PME, elle doit maîtriser les techniques, savoir vendre et développer les produits, et bien sûr manager. Une femme a aussi besoin de s'épanouir. Elle doit donc aimer les gens avec qui elle travaille et tous les considérer comme des maillons importants de la chaîne.

Quel est le principal frein que rencontrent les femmes lorsqu'elles veulent accéder à un poste à haute responsabilité ?

La peur du manque de disponibilité par rapport à la vie de famille. Alors qu'être manager et mère de famille est très complémentaire.

Quelles sont les étapes à franchir ?

Cela dépend beaucoup de la structure. Pour les PME, le fait de devenir chef passe souvent par une création d'entreprise. C'est donc une vraie prise de risque. Dans d'autres types de sociétés, il faut plus jouer des coudes et faire un peu de politique.

Quels sont les avantages et les difficultés d'un tel poste ?

La liberté, voilà le principal côté positif. Cela implique aussi qu'il faut aimer prendre des responsabilités et accepter la remise en question.

Quelle particularité une femme dirigeante peut-elle apporter à son entreprise ?

Je ne gère qu'une petite entreprise mais malgré cela, je peux dire que la particularité essentielle d'une femme à ce genre de poste est qu'elle mène en général de front une vie de famille et une vie professionnelle. Pour ma part, cela provoque une sorte de schizophrénie positive. Le fait d'avoir des enfants me permet aussi de prendre pas mal de recul. Je pourrais ajouter que les femmes ont moins d'égo et qu'elles sont de vraies battantes.

"Mon éducation m'a appris à ne jamais arriver en terrain conquis"

Votre entreprise a-t-elle mis en place des initiatives pour développer la présence de femmes à des postes de management ?

Non, pas spécialement. J'ai une équipe assez féminine. La moitié de mes salariés sont des femmes. Et mon bras droit est une femme. Mais c'est surtout une question d'opportunité.

Avez-vous été confrontée à des problèmes d'autorité ?

Oui, par manque d'expérience. J'ai laissé trop de place à une personne et cela a fini par me nuire. Diriger, c'est avant tout déléguer et contrôler. Mais il faut apprendre à sanctionner. Dans mon cas, j'ai dû aussi m'imposer et sortir de l'ombre de mon père, qui était un patron charismatique. Mais on apprend tout cela grâce à l'expérience. Il faut du temps même si l'on est tenté de brûler les étapes.

Quelles ont été les réactions de vos proches et de vos collègues lors de votre promotion?

Mes parents étaient très heureux même s'ils ne me l'ont pas dit directement. En ce qui concerne les collègues, j'estime qu'ils ne sont pas là pour vous apporter de l'affection. Alors, c'est vrai, qu'au début, ils étaient méfiants, et n'ont pas été pas forcément très chaleureux. Mais mon éducation m'a appris à ne jamais arriver en terrain conquis. J'ai prouvé que j'étais capable de tenir ce poste. Je n'ai pas souffert de jalousie et personne ne veut prendre ma place

Quels sacrifices avez-vous dû faire sur le plan familial ?

Le plus grand sacrifice est de ne pas voir mes enfants à la sortie de l'école. Mais j'ai appris à déléguer. De temps en temps, j'aimerais être avec eux lorsque je suis au travail et vice versa. Lorsque je passe un mois de vacances avec ma famille, je suis contente de reprendre le travail. Finalement, c'est une alternance assez agréable.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui veulent devenir chef ?

Il faut savoir s'entourer des bonnes personnes, écouter et pas simplement s'écouter. Evidemment, il faut travailler deux fois plus que ce que l'on vous demande, tout du moins au début. Je conseille aussi aux femmes de parler plusieurs langues. Cela est très positif et dénote une certaine ouverture d'esprit. Dans l'univers des PME, on recherche aussi la polyvalence. D'où l'importance de s'intéresser à la finance, au management, au commercial. Par contre, je ne crois pas aux relations extraprofessionnelles entre patrons et salariés. Il faut être surtout communicatif et pratiquer l'autocritique. Et puis, ne pas hésiter à envoyer des CV car il y a une demande de la part des entreprises.

 

 


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