Interview
 
08/06/2007

"Retrouver le positif et croire en soi"

Monique de Kermadec Monique de Kermadec est psychologue et travaille auprès d'adultes à haut potentiel. Elle nous livre ses conseils pour les femmes qui souhaitent relancer leur carrière professionnelle, après une longue absence.
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Quel est votre parcours professionnel ?

Je suis psychologue et psychanalyste. J'ai une double formation, anglo-saxonne et française, et j'ai obtenu un doctorat aux Etats-Unis. Je travaille avec des enfants précoces et des adultes à haut potentiel, sous forme d'entretiens individuels et d'ateliers de groupe. En ce moment, j'exerce mon métier plus spécifiquement avec des femmes afin de les aider à mieux réussir. Je vais d'ailleurs animer un atelier en juin sur le thème " Réussir son retour, une affaire d'intelligences" lors de la conférence de l'European Professional Women's Network à Paris.

Justement, comment une femme peut-elle relancer sa carrière après une longue absence?

Il faut faire un état des lieux durant lequel on prend conscience de ses atouts. C'est un moment d'auto-évaluation où il faut clarifier ses compétences, savoir si l'on doit acquérir une nouvelle formation, réévaluer ses attentes professionnelles. Il faut retrouver le positif et croire en soi. Il est aussi très important de renouer les contacts avec l'extérieur, être visible et apprendre à se vendre. Cette période-là n'est pas seulement une période d'incertitude. C'est une période qui permet de redistribuer les cartes. On va jouer une nouvelle partie ! Certaines personnes licenciées font d'ailleurs des choses qu'elles n'auraient jamais faites auparavant. On reprend en main les rennes de sa vie. Cela change beaucoup de la position de l'étudiant que l'on a en début de carrière et durant laquelle on ne donne pas forcément son avis. De plus, il faut avoir beaucoup d'énergie, de souplesse et d'humour.

A quelles difficultés peuvent être confrontées les femmes qui doivent réintégrer leur entreprise après une longue absence ?

Il y a tout d'abord les contraintes liées à votre hiérarchie qui peuvent se traduire par une stagnation du salaire ou une promotion manquée. Sur ce point, j'ai connu une femme qui, juste avant son départ en congé maternité, avait eu une promotion. A son retour, elle avait toujours le titre et la fonction mais pas le salaire qui allait avec. Ensuite, il y a les contraintes liées aux collègues de travail. Certains peuvent très mal percevoir cette absence. Pour certains, les jaloux et les mesquins, ce congé peut s'avérer être un terrain de jeu privilégié. Certains de vos collègues peuvent en effet profiter de votre absence pour essayer de prendre votre place. Et puis, il peut aussi arriver que l'on ne souhaite pas que vous reveniez. Pour celles qui ont été malades, la crainte de la rechute peut être assez présente dans l'esprit de l'employeur. Officieusement, la personne est donc perçue comme plus vulnérable

Que ressentent les femmes lors d'un arrêt de travail dû à un congé maternité ou à une maladie ?

Pour ce qui concerne la maternité, la durée du congé est assez déterminante. Il y a les femmes qui ne vont pas s'arrêter très longtemps, seulement quelques semaines et qui, pendant ce temps d'absence, vont téléphoner, envoyer des mails, se tenir au courant de la vie de l'entreprise. Et puis il y a celles qui partent plusieurs mois. Pour ces femmes, la perte d'identité professionnelle est importante. Le sentiment d'avoir perdu des compétences, de ne plus être à niveau, de ne plus être capable d'entrer en compétition avec ses collègues, sont autant d'éléments qui font que l'on doute de soi. Et puis il y a une culpabilité à l'égard de son entreprise et de sa famille. L'on a peur d'être mal jugée et de ne pas être reconnue comme une professionnelle sérieuse. Pour les arrêts maladie, je dirais qu'il n'y a pas de différences sensibles mais il est vrai que le sentiment de vulnérabilité est accru. Il arrive pourtant que chez certaines personnes, la maladie provoque un renouvellement de force et un réajustement des valeurs. Par contre, lors de son retour dans l'entreprise, la personne qui a été malade va être en attente d'une grande compréhension de la part de ses employeurs.

Est-ce différent lors d'un licenciement ?

Les doutes sur soi sont plus forts. La personne peut considérer qu'elle a été mise à l'écart à cause de ses compétences. C'est assez dur narcissiquement. Cela peut aussi s'avérer difficile vis-à-vis du conjoint et des enfants.

Quels sont les cas où il est le plus difficile de relancer sa carrière ?

Les cas les plus difficiles sont ceux où la personne a un travail interchangeable. En d'autres termes, plus vous avez des compétences précises, plus on aura besoin de vous. Sinon, l'entreprise se dispensera de vous plus facilement. Mais concrètement, si il existe une certaine inégalité des chances, elle est plus liée aux facteurs psychologiques. En clair, si vous n'êtes pas positive, vous aurez moins de chance de relancer votre carrière.

Est-ce plus difficile pour les femmes de reprendre leur carrière en main ?

Non, au contraire. Pour les femmes, le travail ne représente pas tout. Lors d'un licenciement, l'hémorragie narcissique est moins importante que chez les hommes. Et puis, les femmes choisissent des voies qui vont les satisfaire personnellement, et, où le salaire ne sera pas le moteur principal. Il est aussi important de noter qu'à partir d'un certain âge, le diplôme devient moins important. Les employeurs sont plus en recherche de compétences liées à l'intelligence émotionnelle et sociale, qui sont des qualités typiquement féminines.

Pour les femmes qui n'ont jamais travaillé, que conseillez-vous ?

Il faut connaître ses acquis et pourquoi pas s'orienter vers la création d'entreprise. Des femmes, mères au foyer, qui étaient très bonne gestionnaires mais qui n'avaient pas de compétences universitaires ont ouvert leur société de garde d'enfants, de service à domicile, leur boutique…J'ai aussi connu des femmes, qui, arrivées à un certain âge, décident de faire un test de QI et découvrent que leur quotient intellectuel est très élevé. Rassurées sur leur capacité, elles foncent et se lancent dans des études, même après 40 ans.

Finalement, quels sont les pièges à éviter quand on veut relancer sa carrière?

Ne pas désespérer, croire en ses aptitudes et persévérer. Et ne pas forcément chercher conseil auprès de ses proches. Il vaut mieux se faire aider par une personne avec qui il n'y a aucun enjeu affectif. Cela peut être un professionnel, une personne de l'entreprise ou un coach.

 

En savoir plus Voir le site de Monique de Kermadec et celui de la conférence Epwn Paris



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