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Interview
29/10/2008
Christophe Till Geissler : "Le coprin chevelu et le poisson blanc forment un mariage délicieux !"
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots... Je suis né en 1959 à Paris. J'ai passé mon enfance à Palaiseau où les forêts permettaient de nombreuses balades. Mon père m'emmenait à la découverte des champignons car il avait quelques connaissances empiriques. Ce qui m'a frappé en
premier, c'est la différence entre les champignons et l'univers végétal. Le fait aussi qu'ils ne sont pas "domesticables". A mes 6 ans, on m'a offert mon premier manuel : un guide simple mais où je découvrais un monde extraordinaire avec des noms magiques comme le bolet satan ou l'amanite panthère et un univers mystérieux et coloré. Vous vous êtes donc plongé dans cet univers... Vers mes 15 ans, je me suis penché sur les champignons d'une façon un peu plus scientifique, en rejoignant la société mycologique de France (dont je suis toujours membre aujourd'hui). Une société savante dont les locaux étaient situés au Jardin des plantes dans un lieu hors du temps fait de boiseries, de grandes bibliothèques et de microscopes. Elle organisait des excursions le week-end à la suite desquelles nous nous lancions dans la détermination des champignons. Chaque lundi, c'était séance d'identification. Observer un champignon au microscope, c'est très beau, on voit des formes invraisemblables, ce qui ouvre des perspectives à tout esprit un peu rêveur !
Vous êtes devenu un expert ? Non, car je je n'y passe pas ma vie. Mais je participe toujours à quelques séances du lundi et les champignons m'émerveillent toujours. Savez-vous que l'on continue à en découvrir de nouveaux, et à un ryhtme qui s'accélère ? C'est un peu comme si, à titre comparatif, on découvrait un nouveau mammifère chaque semaine ! Comment vous est venue l'idée d'écrire un roman avec pour toile de fond les champignons? J'avais envie de rendre compte de ce monde qui m'intrigue, mais pas sous un angle scientifique. Je voulais partager mon émerveillement, faire sentir ce mystère porteur de magie. J'avais envie de parler de lamelles de vie (le titre est à double sens), un peu comme des instantanés, des moments familiaux ou des circonstances particulières ayant à chaque fois un rapport avec les champignons. Le tout est construit comme une projection de diapositives.
Votre ouvrage comporte quelques recettes... Vous aimez vous mettre aux fourneaux ? Oui, petit, je voulais être cuisinier ! Je suis très sensible aux odeurs (un sens très important par ailleurs dnas la détermination des champignons). J'aime mélanger saveurs et textures. Par exemple, pour un bon risotto, l'important, c'est le bouillon. Il est la note de fond de la recette. On peut le préparer avec une poule, du fenouil et de l'anis étoilé, par exemple et mélanger les textures en mettant dans ce risotto des
asperges vertes et des gésiers grillés... J'aime aussi les plats de viande qui mijotent très longtemps. Une fois, j'ai désossé un pigeon, une cane et une oie. J'ai farci le pigeon avec une truffe, puis j'ai farci la cane avec le pigeon et j'ai mis à son tour la cane dans l'oie. J'ai laissé cuire le tout 3 heures avec du monbazillac. Le résultat ? Une sorte de ballon de rugby à découper en tranches, mais très bon ! Des conseils pour se mettre à la cueillette ? Pour démarrer, il faut se munir d'un manuel pas trop compliqué qui explique les comestibles, à emporter sur place, c'est-à-dire pas un bel ouvrage volumineux mais plutôt un guide de poche, qui recense 100 à 300 champignons au maximum. Si l'on a le temps, des sociétés de naturalistes organisent des sorties le week-end. Sinon, on peut se fixer des objectifs comme reconnaître 2 à 3 champignons par sortie, y aller petit à petit. Il faut
bien faire attention à chaque détail : plus on regarde et on est attentif, plus certaines différences sautent aux yeux. Il faut se familiariser avec les espèces dangereuses et s'adresser aussi à des personnes qui s'y connaissent bien. Peut-on conserver le fruit de sa cueillette ? Oui. Pour les cèpes et les morilles par exemple, on peut les faire sécher. Mais cette opération est plus facile à réaliser dans le Sud ou en Italie, car le soleil est plus présent, on peut alors les mettre sur des nattes en bambou, c'est la méthode la plus facile. Sinon, on peut les mettre à four très doux, en faisant très attention. La congélation fonctionne aussi, mais on cuit alors les champignons avant, car ils rendent beaucoup d'eau. Ensuite, on les congèle dans des sachets. Enfin, on peut les mettre en bocaux, comme c'est le cas pour le confit de poule aux cèpes, par exemple. Ainsi on retrouve les champignons en plein hiver, avec beaucoup de plaisir !
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