Pourquoi
avoir écrit un livre côté Crillon, côté maison ?
Jean-François Piège
Je voulais présenter aux gens ma cuisine au Crillon mais aussi montrer
comment un chef peut entrer dans une cuisine, celle de monsieur et
madame Tout-le-monde. Les recettes proposées sont rapides à préparer
et uniquement avec des ingrédients que l'on trouve dans le placard.
Avez-vous écrit
toutes les recettes ?
Oui, bien sûr !
Les recettes ont-elles
été beaucoup retravaillées pour coller au grand public ?
Non, absolument pas. Ce sont les recettes du Crillon. Pour celles côté
maison, je n'ai pas voulu juste simplifier les recettes côté Crillon
car cela aurait donné des avatars de la cuisine des Ambassadeurs. Chez
moi, je ne passe pas 3 heures en cuisine, alors côté maison,
il fallait des recettes simples, faciles et rapides à faire.
À qui s'adressent
les recettes côté Crillon ? Et celles côté maison ?
Les premières s'adressent aux amateurs éclairés et aux professionnels.
Leur but est de faire rêver. Elles sont organisées comme des fiches
techniques que l'on fait ou défait à l'image d'un jeu de Lego.
Par exemple, si vous avez besoin d'une recette de sauce poivrade, allez voir
la recette de chevreuil de chasse, compression d'une sangria / émulsion
de gratin de potiron, la sauce poivrade y est expliquée séparément.
Et c'est ainsi pour les différentes recettes composant tous les plats,
vous n'êtes pas obligé de prendre la recette du plat en entier mais
seulement la partie dont vous avez besoin. Quant aux recettes côté
maison, elles s'adressent à tout le monde !
Quelqu'un qui ne s'y connaît
pas vraiment en cuisine peut-il réaliser vos recettes côté
maison ?
Sans problème ! C'est une cuisine du quotidien tout à fait
réalisable. Dans ce livre, j'ai choisi de mettre à la portée
de tous la cuisine du Crillon. J'ai mis l'accent sur la capacité de tous
à faire chaque recette. Il s'agit de faire sienne la cuisine du Crillon
avec ce livre, de créer sa propre histoire de cuisine.
Dans le livre, quelle
est votre recette côté maison préférée ?
Je dirais un recette du cur. Celle de ma maman : le gâteau à
l'orange de mon enfance.
Et la recette côté
Crillon dont vous êtes le plus fier ?
Le bar de ligne, tapioca d'huître / fleur-feuille de bourrache. C'est l'histoire
d'une région, la Bretagne, conjuguée avec la façon dont
on mange les huîtres aujourd'hui.
| "Ma cuisine est actuelle :
je cuisine des produits d'autrefois avec des techniques modernes" |
Cela fait 3 ans que
vous êtes le chef des Ambassadeurs. Est-ce une consécration pour
vous ?
La consécration, c'est de faire le bonheur des autres.
Qu'avez-vous apporté
à ce restaurant ?
J'ai marqué une histoire de la cuisine sur la carte du restaurant, après
d'autres. En fait, j'essaie de créer mon histoire à travers le
restaurant.
Décrivez-nous une
journée type au Crillon.
C'est une journée de plaisir, rythmée par les services de midi
et de 20 heures.
Quelles sont vos influences
culinaires ?
Les influences culinaires viennent du monde dans lequel on vit. Ma cuisine est
actuelle avec des produits qui existaient déjà autrefois, travaillés
avec des techniques d'aujourd'hui. Par exemple, j'utilise le teppanyaki qui permet
une cuisson moins grasse avec un résultat croustillant. Selon moi, la
construction visuelle que l'on se fait d'une recette est différente suivant
les perceptions de chacun. Les influences, c'est aussi la culture : le goût
s'échange lors des voyages.
Quels sont les aliments
que vous préférez travailler ?
Je les aime tous !
Pouvez-vous
nous dévoiler le menu de Noël des Ambassadeurs pour cette année ?
Bien sûr ! Tout d'abord, pour patienter, sur l’idée d’un plateau télé :
salade de carottes râpées en limonade, gâteau de foie blond selon Lucien Tendret
version 2007, cromesquis de pizza, variation croustillante d’un jambon/fromage
et bonbon, beurre de truffe noire à tartiner. Puis comme une tarte de Saint-Jacques/polonaise
caviar osciètre. Puis homard bleu/ravioli de parmesan/bouillon de tétragone/tartufi
di Alba. Côté viande, chevreuil de chasse façon Rossini. Côté
fromage, brie de Meaux/salade de truffe noire. Enfin, pour le dessert, boule
de Noël choco/marron/whisky et comme une omelette flambée, ananas/noix de coco.
Pour
les internautes, quel menu de Noël, à la fois simple et gourmet,
proposez-vous ?
Côté
Crillon, je leur propose : langoustines variation d'un tempura, turbot / galettes
de Bretagne / cèpes, poularde de Bresse / sushi de légumes au pot
/ sauce Albufera, et choco-café grillé en chaud-froid. Et côté
maison, que diriez vous de ceci : foie gras pour Noël en terrine, comme
à la maison, noix de Saint-Jacques en coquille au beurre demi-sel, magret
de canard cuit en feuilles de figuier, épices douces (en remplaçant
les feuilles de figuier par une autre variété de feuilles), et
pour finir, soufflé chaud à l'orange.
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