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Déco
24/02/2006
"J'observe nos manières évolutives de vivre pour proposer d'autres objets"
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Le Salon du Meuble vient de couronner le travail de Matali Crasset, une designeuse hors normes qui avoue détester les meubles. Questions à la créatrice à la coupe au bol. |
Pourriez-vous vous décrire en trois mots ?
Matali Crasset Pour aller du général au particulier : femme, mère et designer industriel. Je suis avant tout une femme, et depuis peu une maman. C'est, je crois, mon plus beau rôle. Et il y a aussi mon métier, designer industriel, qui est mon occupation principale et mon hobby.
Vous arborez une coupe de cheveux originale, est-ce votre marque de fabrique ?
Ce ne l'était pas au début. J'ai essayé une multitude de coiffures avant de trouver une coupe dans laquelle je me sente bien. Lorsque j'ai adopté la coupe au bol, un ami graphiste s'en est inspiré pour créer mon logo. On s'est beaucoup amusé autour. Lorsque j'avais la grippe, on rajoutait un cache-col au pictogramme. Et puis les gens ont accroché et c'est devenu ma marque de fabrique.
Pourquoi créez-vous ?
Je ne fais pas une chaise pour refaire une chaise. Mon objectif est d'ajouter une intention à l'objet. Ainsi je vais y insuffler la notion de partage ou de cohabitation. Dépasser les codes d'une société et rajouter une intention à un objet sont les principaux moteurs de ma créativité. Néanmoins, je dois préciser que l'intention prime toujours sur le dessin. Je me méfie de la forme d'un objet car elle est appréhendée différemment d'une civilisation à une autre. C'est la raison pour laquelle je préfère travailler autour des rites domestiques. Ce qui me motive c'est l'idée de faire bouger les choses, d'avancer, de m'épanouir et de partager. J'observe nos manières évolutives de vivre, pour proposer d'autres solutions plus adaptées et plus conviviales.
La majorité de vos créations reflètent un esprit ludique. Vos enfants sont-ils votre source d'inspiration ?
La naissance de mes deux petits m'a responsabilisée, m'a aidé à voir la vie d'un autre côté et à relativiser. Mais je n'ai pas attendu de faire des enfants pour faire des créations ludiques. Car je ne pense pas que les objets ludiques doivent être réservés aux enfants. Pour moi, faire du ludique, c'est s'approprier des choses différentes en s'affranchissant des codes culturels de la société dans laquelle on vit. Dans ce contexte, le mot ludique n'est pas synonyme de régression infantile.
Le prix du créateur de l'année 2005 au Salon du Meuble vient de couronner votre travail, que ressentez-vous ?
Je ne le vis pas comme une consécration. Et je ne le prends pas comme une récompense individuelle. Je perçois ce prix comme la reconnaissance non seulement de ma démarche mais aussi de l'ensemble des designers qui ont suivi cette perspective singulière, audacieuse et prospective ; à savoir caser les codes qui nous enferment, toujours avec l'idée d'acquérir plus de liberté dans nos logiques de vie.
Quels sont vos projets pour 2006 ?
Ils sont nombreux. Je me lance prochainement dans la scénographie avec l'objectif de montrer l'évolution des conditions de la femme au foyer. Ce sera le salon "Diable au foyer" à Milan. Je prépare également une exposition plus personnelle au Cooper-Hewitt National Museum of Design de New York. Je propose une réflexion sur les zones dédiées aux sons dans la maison. Elle sera à l'image de celle que j'avais déjà présentée au centre Georges Pompidou à Beaubourg (Paris). En ce qui concerne les commandes, je travaille en ce moment avec Pierre Hermé pour Laguiole. Nous concevons un couteau qui sera à la fois une pelle et un couteau à tarte. Il sera mis en vente à partir de mai 2006. Avec Guy Degrenne, nous imaginons une nouvelle collection intitulée 'City Brunch'. Elle aura pour mission de casser les codes de l'art de la table. Ainsi la théière, la cafetière et les Mugs sont détournés de leur fonction première. Je m'occupe également de la décoration d'intérieur de chambres d'hôtes en Espagne. Je réfléchis sur la logique de l'espace dans l'habitation. Ce sera un endroit hors normes, hors conventions où les espaces seront modulaires, multifonctionnels et organisés selon des typologies très différentes. Pour que chacun s'approprie l'espace.
Avez-vous des conseils déco pour nos lectrices ?
Ouvrir et surtout déspécialiser les espaces. On le voit aujourd'hui avec la cuisine qui n'est plus seulement un lieu de préparation des aliments. C'est aussi un lieu de convivialité. Idem pour la salle de bains, elle n'est plus seulement réservée à l'hygiène, mais c'est aussi un espace de détente. Bref ayez l'esprit loft. Pour ma part, j'habite dans une vieille imprimerie réhabilitée en loft à plusieurs étages. La petite originalité : plus on monte, plus on entre dans des pièces intimes. Nos chambres sont donc au dernier étage.
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En savoir plus
Le site de Matali Crasset : www.matalicrasset.com
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