Dossier
22/09/2006
"L'habitat de demain sera mobile"
Pourquoi avoir écrit "Maisons vivantes" ? Véronique Willemin Simplement pour répondre à un besoin. Aujourd'hui les étudiants en architecture n'ont plus de références sur l'habitat alternatif. Il fallait que je leur transmette mon expérience. J'ai participé pendant plus de dix ans au Groupe de recherches et d'échanges technologiques et à de nombreuses missions de développement de l'habitat en Inde, au Brésil, et dans le Pacifique Sud. En 1987, j'ai créé avec des ingénieurs, des économistes, des médecins et des industriels, le groupe de recherches Tropical Wood Housing, basé sur l'innovation technologique, la mobilité, l'urgence et l'éloge du vivant. L'objectif était de montrer aux populations locales que l'on pouvait construire des maisons en bois de cocotier à moindre coût. "Maisons vivantes" est en quelque sorte une synthèse de mon parcours et une réflexion sur l'avenir de la construction alternative. Pensez-vous que les habitats occidentaux actuels correspondent à nos besoins ? Non. Face au stress permanent, beaucoup d'entre nous sont séduits par un mode de vie différent, privilégiant un nouveau type de nomadisme. Partir avec sa maison sur la route, vivre dans une roulotte ou encore habiter au cœur même de la nature, ne sont plus des démarches marginales. La maison atypique, nomade ou vivante, les gens en rêvent. Ils trouvent cela génial mais pensent inévitablement que c'est trop cher et qu'il faut être architecte, et par conséquent avoir des connaissances techniques pour prétendre à ce genre d'excentricité. Est-ce réellement plus cher qu'une maison traditionnelle ? Construire une maison atypique n'est pas forcément plus cher. Une maison en voile de béton est moins coûteuse qu'un habitat traditionnel. Et puis, il faut réfléchir sur la durée. Un habitat étudié pour ne consommer que très peu d'énergie, sera certes plus cher à l'achat, mais très rentable sur le long terme. Malheureusement il faut un architecte et les gens en ont une phobie. Les chiffres le prouvent : sur 200 000 maisons individuelles construites chaque année, seulement 5 % ont été conçues par un architecte. De plus, la profession se désintéresse de plus en plus de l'habitat individuel notamment à cause du manque d'innovation.
Est-il aujourd'hui possible de construire ce que l'on veut où l'on veut ? En France, c'est impossible ! C'est dommage car nous avons des services de recherches géniaux, des nouveaux matériaux époustouflants, et on peut quasiment tout construire. Mais les autorités refusent l'évolution. Je pense notamment à Philippe Starck et ses maisons en bois vendues sur le catalogue des 3 Suisses, il y a quelques années. Le designer avait mis en vente des maisons en bois, alternatives, écologiques et en kit, qui avaient rencontré un franc succès. Cependant, sur les milliers de vendues, seulement 5 ont été achevées ; les acheteurs rencontraient de gros problèmes avec l'Etat français pour obtenir leur permis de construire. Existe-t-il d'autres projets d'habitats atypiques concrétisés sur le sol français ? Tous les projets décrits dans "Maisons vivantes" ont été réalisés. Je pense notamment à Joël Unal, qui a réalisé en autoconstruction de 1973 à 2003, dans le sud de l'Ardèche, une maison en coque sur les plans de l'architecte Claude Hausermann-Costy. Cette maison en voile de béton, construite en harmonie avec son environnement - aucun arbre de couper, ni de rocher déplacé - avait pour objectif d'être un habitat le plus autonome possible. Cette création a reçu le label Patrimoine du XXe siècle par le gouvernement français. Amusant quand on sait qu'elle a été réalisée sans permis de construire et donc illégalement. Dans le même ordre d'idées, il existe la maison bâtie dans la roche de Antti Lovag, qui s'est vendue des milliers d'euros dernièrement. D'après vous, comment vivrons-nous demain ? Je suis persuadée que l'habitat de demain sera très mobile, notamment pour des raisons professionnelles : on parcourt des distances de plus en plus grandes pour aller travailler. Sa structure sera souple, telle une seconde peau, une combinaison qui s'adapte à vous. Les maisons du futur ne consommeront plus d'énergies. Elles créeront elles-mêmes leurs lumières ou leurs chauffages. Ce seront des îlots autonomes.
Dossier réalisé par Lucie Paris-Legret
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