Christophe Pillet

En savoir plus

 

Designer, architecte d'intérieur, scénographe ou, depuis peu architecte... Christophe Pillet possède de nombreuses casquettes et travaillent sur des projets très différents les uns des autres. Avec une constante pourtant : raconter des histoires et charger émotionnellement les objets pour qu'ils parlent au public. Retour sur la carrière de ce créateur touche-à-tout devenu un acteur incontournable du monde du design.

 

Christophe Pillet
 
Christophe Pillet
 
"Les objets doivent raconter un imaginaire, une histoire qui séduira les gens"

Votre rencontre avec le monde du design s'est faite par hasard. Pouvez-vous nous expliquer vos débuts ?

En effet, plus jeune, je n'avais qu'une envie : faire de la musique. J'habitais à Saint-Raphaël et je faisais partie d'un groupe de musique. On avait même commencé à faire des disques. Mais mes parents en avaient marre et ne voyaient pas cela d'un très bon œil. Ils m'ont dit que puisque j'étais un peu artiste, je devrais faire les Arts Déco. J'ai eu le concours et cela m'arrangeait, j'étais à Nice, loin de mes parents et je pouvais alors continuer à faire de la musique ! Puis un jour, je suis tombé sur un article dans le magazine Actuel qui parlait du groupe Memphis (ndlr : mouvement de design et d'architecture influent fondé en Italie dans les années 1980). C'est là que je me suis vraiment dit que je voulais faire pareil. Je me suis alors consacré au design. Je suis ensuite parti en Italie où je suis resté trois années durant lesquelles j'ai obtenu un Master à la Domus Academy de Milan. C'est d'ailleurs en Italie que mes premières créations ont été éditées. Au bout d'un moment, je me suis ennuyé. Martine Bedin avec qui je travaillais à l'époque était rentrée à Paris pour accoucher. En lisant le journal Libération, j'ai alors lu une annonce de Philippe Starck qui recherchait du monde pour travailler avec lui. J'ai appelé juste pour savoir ce qu'il en était. On m'a demandé qui j'étais. Peu après, on m'a rappelé pour me dire que Philippe Starck voulait me voir le lendemain. Ce n'était alors pas possible puisque je travaillais à Milan. La réponse a été : "Si vous pouvez être là lundi, c'est bon". C'est comme ça que j'ai intégré l'équipe de Starck.

Justement que retenez-vous de ces années passées dans l'équipe de Starck ?

Je pensais y rester quelques mois, j'y suis resté cinq ans, de 1988 à 1993 ! Il ne faut pas se voiler la face, cela vous apporte tout en termes de compétence, d'accumulations diverses et variées. C'est une expérience de haut niveau. Vous êtes à l'époque chez la seule personne reconnue dans le monde du design. On se dit du coup que l'on n'est pas trop mauvais et cela offre aussi des facilités lorsque l'on en sort. Parallèlement, je continuais aussi un travail personnel, j'ai d'ailleurs dessiné mes premiers guéridons et chaises XO alors que je travaillais chez Starck. Mais je ne voulais pas être assistant jusqu'à 70 ans. En 1993, j'ai donc décidé de fonder ma propre agence pour travailler à mon nom, en tant qu'indépendant.

Quelle est votre conception du design ? Selon vous, qu'est ce qu'un designer ?

Le design est un domaine en perpétuelle évolution. Le contexte et la pratique ont tellement évolué que la définition actuelle n'est plus la même qu'il y a quelques années. Finalement mon travail n'est pas très loin de celui d'un romancier ou d'un cinéaste. Je raconte des histoires, non pas avec des images ou des mots, mais avec des meubles, des objets… A l'heure actuelle, on choisit un designer car c'est celui qui sera le mieux placé pour faire raconter aux objets un imaginaire, une histoire qui séduira les gens.
Pendant très longtemps, on achetait des objets par besoin. La nécessité était alors la principale motivation. La relation entre le consommateur et un produit se confrontait à une notion d'utilité. Le design était finalement assez proche du métier de l'ingénieur. Mais aujourd'hui les choses ont évolué. Nous sommes dans une société où tout le monde a tout et où tout marche très bien. On achète parce que l'on a envie, par simple désir. Les objets sont alors chargés affectivement. On se demande "Pourquoi je l'achète ?", "Qu'est-ce qu'il m'apporte ?" Alors que, dans les années 1970, on remettait en cause un contenu technologique dans chaque nouvelle création, le designer doit de nos jours raconter un univers. On achète une chaise parce qu'on l'aime, parce qu'elle nous parle, nous raconte quelque chose…

Canapé "Elysées" chez Edra
 

Canapé modulable "Elysée" chez Edra

Ses autres créations en images

 

Comment définiriez-vous votre style ?

Comme une absence de style justement. Je ne cherche pas à avoir un style précis. Ce n'est pas du tout une question de snobisme. Ma tête et mes mains évoluent elles aussi au fil des années. Mon travail change en fonction des différents projets, des demandes, des gens... Je ne vois donc pas comment je pourrais répondre à tout cela de manière systématique. Cependant, il est vrai que j'aime les choses simples, faciles à comprendre. Si je faisais des choses plus compliquées, je pense qu'elles seraient alors moins bien comprises. J'opte donc, aussi par goût personnel, pour la simplicité. J'ai également la coquetterie de vouloir être trop jeune pour avoir un style.

Quelles sont vos véritables sources d'inspiration ?

Tout m'inspire. J'ai parfois l'impression d'être une éponge. Les voyages, les rencontres… ce sont un million de détails que j'aspire souvent de manière inconsciente. Mon cerveau absorbe tout et finalement cela donne l'essence de mes projets. Mais je n'ai pas de source principale d'inspiration.

Vous êtes également architecte d'intérieur, scénographe et même architecte. Comment gérez-vous ces différentes fonctions ? Sont-elles indissociables les unes des autres ?

On a effectivement souvent du mal à comprendre qu'un designer puisse avoir de multiples casquettes : scénographie, design de produit industriel… Il faut avant tout bien comprendre que l'architecture, le design, le stylisme… toutes ces pratiques artistiques étaient au départ définies par des savoir-faire techniques propres à chacune d'entre elles. Mais aujourd'hui, les savoir-faire sont tellement vastes qu'ils sont confiés à des bureaux d'études, des ingénieurs. Personne ne peut désormais connaître toutes les techniques. Quelle différence reste-t-il alors entre ces disciplines ? Un point de vue sur les choses, une sensibilité plus mentale que technique. Je suis capable d'imaginer des gens qui vivent dans un espace, de raconter une histoire. Il faut de l'inventivité. Et puis, je suis entouré d'une équipe compétente, je ne travaille pas en solitaire. Je n'interviens pas sur la partie technologique même mais sur la relation avec les gens. Et les choses évoluent au fur et à mesure. Par exemple, je vais dessiner un service de petites cuillères. Les personnes vont aimer ce que cela raconte et me demander de réaliser le magazine qui va les présenter et ainsi de suite… Ce n'est pas de l'hyper-compétence mais une réelle évolution de la définition du design. Travailler sur des choses très diverses, des projets hétéroclites est aussi très excitant. On arrive dans des milieux pour lesquels on n'a aucune compétence, cependant on nous donne les clefs pour essayer. C'est très enrichissant.

Projet Ideo Bain
 
Le projet pour Ideo Bain de Christophe Pillet
 
"J'aime les choses simples, faciles à comprendre "

Dernièrement, vous avez participé au lancement de la marque Neology et reçu le grand prix de la salle de bains d'hôtel lors du dernier salon Idéo Bain. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Pour Neology, on continue à suivre le plan que l'on avait établi au départ. J'ai dessiné plusieurs modèles et actuellement on recherche de nouveaux designers afin de créer des produits pour la marque. La prochaine étape sera le salon de Courtrai en octobre prochain.
Pour le prix de la salle de bains, on m'a appelé un jour pour me dire qu'on me l'attribuait cette année. Cela fait essentiellement référence au travail que j'ai réalisé en 2005 pour l'hôtel Sezz à Paris. J'ai donc dessiné ma salle de bains idéale où priment la beauté des matériaux et la sobriété du décor, qui a été exposée au dernier salon Idéo Bain. L'univers de la salle de bains est aujourd'hui un monde qui s'exprime de plus en plus dans le luxe, le progrès, la technologie. On assiste à une débauche de la surenchère : les salles de bains font 300 m², des hammams apparaissent… Je trouve que l'on pourrait exprimer autrement cette idée d'innovation. C'est ce que j'ai voulu faire ressortir en créant cette salle de bains. Tout le monde ne possède pas 300 m² pour cette pièce et je voulais montrer que même avec 10 m², la salle de bains pouvait être agréable et fonctionnelle. J'ai donc joué sur les lumières qui expriment un certain climat, une ambiance. Les cubes de verre jouent également le jeu de la transparence. Il fallait faire ressortir le plaisir du moment que l'on y passe et non celui de la possession.

Quels sont vos projets ?

Je travaille actuellement sur quatre hôtels, 2 en France, 1 en Inde et 1 au Maroc. Parallèlement, on va ouvrir des nouvelles boutiques de mode pour Catherine Malandrino à Las Vegas, Los Angeles et Istanbul. Je travaille aussi avec le styliste de mode John Richmond. Sinon, les prochains projets concernent également : des stands pour Renault, une télé pour LG, des accessoires de salle de bains, des lampes industrielles pour des Japonais… Je travaille beaucoup mais je ne suis pas tout seul. Il faut laisser aux autres les choses ennuyeuses et garder uniquement ce qui fait plaisir ! Ce n'est pas un travail comme les autres, j'aime ce que je fais et je ne fais rien d'autre à côté. J'aime quand ça ne s'arrête pas, que les projets rebondissent sur de nouvelles choses.

Avez-vous des références, des modèles parmi les designers d'hier et d'aujourd'hui ?

Je les aime tous ! Ce sont tous des modèles. Effectivement certains m'ont plus marqué que d'autres. Plus par le passé que dans le présent d'ailleurs. C'est le cas du designer japonais Shiro Kuramata ou encore de l'Italien Andrea Branzi qui a aujourd'hui 70 ans. Je ne l'aime pas pour ce qu'il fait mais pour sa manière de penser. Actuellement, je citerais aussi Nato Fukasawa. Mais il n'y a pas que les designers qui m'inspirent, certains musiciens aussi. Ce sont, en fait, plutôt des démarches, des manières de construire un ressenti… qui me touchent. Ma première passion, la musique continue de jouer un rôle important dans ma vie. Je ne cherche pas la nouveauté du monde de la création dans le domaine du design, mais davantage dans le cinéma, la littérature, la musique. C'est plus facile d'aller voir ailleurs. Je suis trop dans mon truc, alors j'ai aussi besoin de regarder dans d'autres domaines.

 

Ses créations en images

En savoir plus www.christophepillet.com



Magazine Déco Envoyer Imprimer Haut de page