Au bureau
En attendant la clim'
Alerte en vue au bureau : il est revenu le temps de la canicule… Revoilà l'époque des doigts moites qui trempent le clavier de l'ordinateur, du cerveau ramolli par la chaleur, sans parler de la douce odeur qui émane des collègues affligés d'hypersudation (pudique mot technique pour désigner les personnes transpirant excessivement). Le long des couloirs désertés de l'entreprise, les rescapés se traînent vers la fontaine à eau. Autour de cette fragile oasis, un unique sujet de discussion a cours chez les naufragés de l'été : mais à quand l'installation de la clim', bon sang ! L'un de vous, généralement le plus virulent - car le plus loin placé du ventilateur de secours - a visiblement étudié la question à fond. Il fait remarquer qu'un très sérieux rapport de l'INRS (Institut national de recherche et de sécurité), a noté l'année dernière "les effets psychologiques de la chaleur". Il vous lit même un extrait dudit rapport : "De nombreuses études ont mis en évidence l'augmentation du temps de réponse ainsi que celle des erreurs ou omissions lors de l'exposition à la chaleur". "C'est-à-dire", s'exalte sa voisine, "que c'est la faute de la canicule si ma productivité de l'été frise le zéro absolu ?". Un frémissement parcourt l'assemblée, qui commence à entrevoir des perspectives inespérées.Le délégué du personnel propose de déposer illico sur le bureau de la direction un rapport prouvant la nécessité de l'installation de la clim'. "vous savez qu'aux Etats-Unis, 80 % des bureaux sont climatisés ? On a encore du chemin à faire en Europe, où l'on n'en est qu'aux alentours de 30 %…", ajoute-t-il. "Remarque, au moins tout le monde est logé à la même enseigne", répond la commerciale en sirotant son eau glacée. Elle a des fonctionnaires dans sa famille, raconte-t-elle, et donc bien placée pour savoir que presque aucun ministère de l'Etat français n'est climatisé, "sauf Bercy". Sacré Sarko. Une exception qui devrait quand même bientôt disparaître vu le rythme d'enfer auquel les Français, traumatisés par l'été 2003, dévalisent les entreprises spécialisées et le rayon "climatiseurs portables" de chez Darty.Mais tout d'un coup l'allergique de la compta s'enflamme : "mais vous êtes fous,la clim' c'est le plus sûr moyen de tomber malade". "Et de ruiner la planète",renchérit la secrétaire branchée écolo. C'est vrai que le "syndrome du lundimatin" - ce n'est pas une blague, mais une réelle dénomination - frappe souventfort dans les entreprises où descend le thermostat. Il provoque coups de fatigue,rhinites et angines à répétition… Sans parler de la maladie du légionnaire-non,non, elle ne frappe pas que des gros baraqués- qui court dans les tuyaux.Des maladies dûes soit à un réglage trop frais, soit à un mauvais entretien del'appareil qui accumule les poussières. Or prendre froid quand le thermomètre affiche 35 degrés à l'ombre, c'est quand même ballot…. Quant aux effets paradoxaux de la climatisation sur le réchauffement de la planète, ils sont malheureusement avérés. L'assemblée est un peu ébranlée par ces arguments de poids. Mais finalement, tous les participants du débat du jour parviennent à un compromis : promis, juré, s'ils arrivent à la faire installer, ils se souviendront que qui veut travailler bien ménage sa clim'.
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