Au bureau
L'art du bronzage en terrasse
Vous passez au moins une partie de votre été au bureau ? Attention au syndrome du "malheureux travailleur enfermé". Ses caractéristiques : alors que vos amis triomphants arborent un teint pain d'épices, ou parfois un délicat coloris "homard passé à l'eau bouillante", le forçat (ou la forçate) du bureau, enfermé derrière ses stores baissés pour tromper la canicule, n'a pas décollé de la nuance "aspirine". Au bord de la déprime, vous envisagez différents moyens de tricher pour éviter la sempiternelle remarque : "Je te trouve une petite mine, t'es toute pâle…" de la part de la copine qui revient du Lubéron. Première option : la cabine. Bombardée de rayons UVA, dont on sait maintenant qu'ils ne sont pas inoffensifs, votre peau rougit, ternit, et à long terme ne vous dit pas merci. Echaudée, vous passez au plan B : l'autobronzant. Ici la question n'est pas celle du risque, mais de l'esthétique. Après avoir joué au zèbre radioactif une semaine durant -le temps que disparaissent les gracieuses rayures orangées grâce auxquelles on vous repérait de loin- vous jetez à la poubelle le lait dernier cri dont l'étiquette vantait la "facilité d'application" et le "résultat hâlé naturel". Pas de panique, il reste la solution de secours : la bonne vieille terrasse de café. Vous aviez failli l'oublier ? Quelle erreur. Que vous soyez en ville ou à la plage, c'est bien le même soleil qui vous éclaire, non ? Aux beaux jours, snobez donc la cantine en sous-sol, et foncez sur la terrasse la plus agréable du coin. En pratiquant assidûment le programme suivant qui ne demande qu'un effort minime, et en le complétant si besoin par un week-end à Paris plage ou ailleurs (d'autres opérations similaires ont lieu dans plusieurs villes de France, par exemple à Toulouse ou à Besançon), le résultat est garanti : un léger hâle de bon ton, permettant enfin de crâner devant les copains cramés. Le plus ardu, comme partout, c'est de se faire une place au soleil. Mais une fois que vous aurez convaincu le serveur de vous réserver la table la plus lumineuse, il ne reste plus qu'à dégainer la crème solaire et les lunettes noires, et à savourer le moment. Bon, l'unique tomate de votre salade est peut-être un peu fade et la rondelle de mozzarella qui l'accompagne caoutchouteuse… mais avec un petit effort de concentration, le ronronnement des voitures dans le lointain semble presque le bruit des vagues se brisant sur la grève. Les yeux clos, vous songez béatement que vous échappez au sable collant, aux attaques-surprise des pistolets à eau et au parasol d'à côté qui s'effondre sur votre nez. Vous regrettez les sourires du beau voisin de serviette ? Pas grave, vous allez découvrir qu'il existe aussi de charmants voisins de terrasse.
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