Interview
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| Il y a de plus en plus de livres sur les façons d'éduquer les enfants. Cela vous semble-t-il justifié ? Frédéric Kochman Cela m'apparaît d'autant plus justifié que de nombreux parents sont en difficulté, voire désemparés, dans l'éducation quotidienne de leurs enfants et qu'ils remplissent aujourd'hui les salles d'attente des pédopsychiatres. Il y a une génération de cela, nos parents n'étaient à mon avis ni pires ni meilleurs que nous, mais ils possédaient un atout fondamental : ils avaient des certitudes, au risque de les appliquer avec trop de rigidité, que nous n'avons plus aujourd'hui. |
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EN SAVOIR PLUS |
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Et comment sont les parents aujourd'hui ?
Aujourd'hui les parents ne sont plus sûrs de rien, voire parfois
complètement perdus, face à des basiques de l'éducation :
"faut-il donner la fessée aux enfants ?", "il ne veut
pas manger de légumes : dois-je céder ?", etc... Beaucoup
trop d'enfants aujourd'hui restent dans la toute-puissance
et estiment que le monde tourne autour de leur nombril. Ce
phénomène, normal à la naissance, doit vite être contrecarré
par l'éducation. Dans beaucoup de familles, il existe une
inversion grave des rôles : ce sont les enfants qui imposent
et les parents qui cèdent. Le problème est que ces
enfants auront davantage de mal à s'insérer
dans la société car ils auront été bercés dans
l'illusion qu'ils en sont les maîtres...
A partir de quel âge les parents peuvent-ils décider
de donner de l'argent de poche à leurs enfants ?
L'argent de poche est un moment éducatif important et symbolique.
Il est bien de commencer vers 6 ans, c'est-à-dire en phase
d'apprentissage des bases d'arithmétique, quand l'enfant est
en CP-CE1. Certaines conditions sont nécessaires : poser clairement
les principes et s'y tenir, par exemple donner x euros tous
les samedi. Lorsque l'enfant a dépensé son argent et réclame
un rajout, il devra attendre strictement le prochain versement,
afin qu'il apprenne les rudiments de la gestion financière
: plus d'argent, plus d'achat. Et pas de crédit...
Y a t-il un risque à laisser un enfant trop longtemps
devant la télévision ou l'ordinateur ?
La moyenne de temps passé devant la télé aujourd'hui pour
les 6-14 ans est de 3h50 par jour, d'après une étude
de la Sofres. Et selon une étude américaine récente, le temps
effectif passé par un parent avec ses enfants est de 7 minutes
par jour. Les chiffres parlent d'eux-mêmes... La télévision
s'apparente à une forme d'hypnose induisant passivité et dépendance.
Par ailleurs, le visionnage de scènes violentes à répétition
entraîne une certaine banalisation de la violence, qui sera
ensuite reproduite plus activement dans certains jeux vidéos.
Le risque est d'entraîner un "syndrome accompassionnel", c'est-à-dire
une anesthésie de la capacité d'empathie ou d'éprouver des
émotions pour les autres. La télé et les jeux vidéos,
comme tout autre mode d'addiction, doivent donc être
consommés avec modération et ne pas nuire à tous les autres
facteurs de développement d'un enfant. Il est mille fois préférable
de développer ses talents sociaux et amicaux en faisant un
foot dehors avec des copains, qu'en étant scotché 4 heures
sur un jeu vidéo de foot seul contre son ordi.
A quel âge faut-il aborder les sujets délicats comme la
sexualité, le tabac ou la drogue ?
Il n'y a pas d'âge précis. L'important est d'être à l'écoute
et de répondre tout simplement, avec des termes adaptés à
l'âge, aux questions de nos enfants, sans tabous. Ce qu'il
faut à tout prix éviter, c'est le mensonge, qui peut faire
souffrir un enfant. Par exemple, dire à une enfant "ta grand-mère
est partie en voyage" lors de son décès, expose à une reconnaissance
inévitable du mensonge des parents, avec le risque grave d'entraîner
un effondrement de l'estime de soi de l'enfant qui se dira
"toute ma famille est au courant du décès de ma grand-mère
sauf moi à qui on a menti : je suis donc exclu de la tribu
familiale et indigne d'être aimé sinon on ne m'aurait pas
caché la vérité".
Quelles sont les demandes des parents qui viennent vous
voir en consultation ?
Elles sont multiples. Les parents demandent de plus en plus
de conseils éducatifs. Face à des enfants qui ont pris
le pouvoir à la maison, ils ne savent plus comment réagir
et sont souvent en désaccord entre eux. Ensuite, viennent
les demandes concernant des pathologies psychiques de l'enfant,
allant des troubles anxieux, comme les troubles obsessionnels-compulsifs
(TOCs), à la dépression, avec tentatives de suicide, ou à
l'hyperactivité.
Et quels sont les principaux problèmes dont souffrent
les enfants que vous rencontrez ?
En pédopsychiatrie, nous recevons des enfants et adolescents
âgés de 0 à 20 ans, les pathologies sont donc très variées.
Les idées et tentatives de suicide sont de plus en plus nombreuses,
ce qui est logique puisque les jeunes dans la toute-puissance
ne tolèrent pas les premières frustrations de l'adolescence
puisqu'ils n'ont jamais eu de frustrations auparavant : tout
leur a été donné en fonction de leurs desiderata. Je vois
également beaucoup d'enfants et ados souffrant de troubles
obsessionnels-compulsifs (TOCs) et d'hyperactivité.
Quels conseils simples donneriez-vous aux parents pour
éduquer leurs enfants ?
Lorsqu'ils ont un doute quant à leurs principes éducatifs,
se poser la question : "Qu'auraient fait mes propres parents,
mes grand-parents dans cette situation ?" Cela aide à relativiser
face à des principes éducatifs qui existent depuis la nuit
des temps. De plus, accepter la responsabilité d'être les
garants des cadres et des lois : l'enfant ne doit pas se croire
autoriser à faire la loi dans la vie de famille. Ce
sont les parents qui commandent avec beaucoup d'amour et une
fermeté bienveillante...
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