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Interview

"Les parents doivent accepter la responsabilité d'être les garants des cadres et des lois"

Il y a de plus en plus de livres sur les façons d'éduquer les enfants. Cela vous semble-t-il justifié ? Frédéric Kochman Cela m'apparaît d'autant plus justifié que de nombreux parents sont en difficulté, voire désemparés, dans l'éducation quotidienne de leurs enfants et qu'ils remplissent aujourd'hui les salles d'attente des pédopsychiatres. Il y a une génération de cela, nos parents n'étaient à mon avis ni pires ni meilleurs que nous, mais ils possédaient un atout fondamental : ils avaient des certitudes, au risque de les appliquer avec trop de rigidité, que nous n'avons plus aujourd'hui.

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SOMMAIRE
EN SAVOIR PLUS
  • "Mieux vivre avec… Un enfant hyperactif" de F.Kochman Editions Arnaud Franel - 95 pages - 8,50 euros. Consulter les libraires

Et comment sont les parents aujourd'hui ?
Aujourd'hui les parents ne sont plus sûrs de rien, voire parfois complètement perdus, face à des basiques de l'éducation : "faut-il donner la fessée aux enfants ?", "il ne veut pas manger de légumes : dois-je céder ?", etc... Beaucoup trop d'enfants aujourd'hui restent dans la toute-puissance et estiment que le monde tourne autour de leur nombril. Ce phénomène, normal à la naissance, doit vite être contrecarré par l'éducation. Dans beaucoup de familles, il existe une inversion grave des rôles : ce sont les enfants qui imposent et les parents qui cèdent. Le problème est que ces enfants auront davantage de mal à s'insérer dans la société car ils auront été bercés dans l'illusion qu'ils en sont les maîtres...

A partir de quel âge les parents peuvent-ils décider de donner de l'argent de poche à leurs enfants ?
L'argent de poche est un moment éducatif important et symbolique. Il est bien de commencer vers 6 ans, c'est-à-dire en phase d'apprentissage des bases d'arithmétique, quand l'enfant est en CP-CE1. Certaines conditions sont nécessaires : poser clairement les principes et s'y tenir, par exemple donner x euros tous les samedi. Lorsque l'enfant a dépensé son argent et réclame un rajout, il devra attendre strictement le prochain versement, afin qu'il apprenne les rudiments de la gestion financière : plus d'argent, plus d'achat. Et pas de crédit...

Y a t-il un risque à laisser un enfant trop longtemps devant la télévision ou l'ordinateur ?
La moyenne de temps passé devant la télé aujourd'hui pour les 6-14 ans est de 3h50 par jour, d'après une étude de la Sofres. Et selon une étude américaine récente, le temps effectif passé par un parent avec ses enfants est de 7 minutes par jour. Les chiffres parlent d'eux-mêmes... La télévision s'apparente à une forme d'hypnose induisant passivité et dépendance. Par ailleurs, le visionnage de scènes violentes à répétition entraîne une certaine banalisation de la violence, qui sera ensuite reproduite plus activement dans certains jeux vidéos. Le risque est d'entraîner un "syndrome accompassionnel", c'est-à-dire une anesthésie de la capacité d'empathie ou d'éprouver des émotions pour les autres. La télé et les jeux vidéos, comme tout autre mode d'addiction, doivent donc être consommés avec modération et ne pas nuire à tous les autres facteurs de développement d'un enfant. Il est mille fois préférable de développer ses talents sociaux et amicaux en faisant un foot dehors avec des copains, qu'en étant scotché 4 heures sur un jeu vidéo de foot seul contre son ordi.

A quel âge faut-il aborder les sujets délicats comme la sexualité, le tabac ou la drogue ?
Il n'y a pas d'âge précis. L'important est d'être à l'écoute et de répondre tout simplement, avec des termes adaptés à l'âge, aux questions de nos enfants, sans tabous. Ce qu'il faut à tout prix éviter, c'est le mensonge, qui peut faire souffrir un enfant. Par exemple, dire à une enfant "ta grand-mère est partie en voyage" lors de son décès, expose à une reconnaissance inévitable du mensonge des parents, avec le risque grave d'entraîner un effondrement de l'estime de soi de l'enfant qui se dira "toute ma famille est au courant du décès de ma grand-mère sauf moi à qui on a menti : je suis donc exclu de la tribu familiale et indigne d'être aimé sinon on ne m'aurait pas caché la vérité".

Quelles sont les demandes des parents qui viennent vous voir en consultation ?
Elles sont multiples. Les parents demandent de plus en plus de conseils éducatifs. Face à des enfants qui ont pris le pouvoir à la maison, ils ne savent plus comment réagir et sont souvent en désaccord entre eux. Ensuite, viennent les demandes concernant des pathologies psychiques de l'enfant, allant des troubles anxieux, comme les troubles obsessionnels-compulsifs (TOCs), à la dépression, avec tentatives de suicide, ou à l'hyperactivité.

Et quels sont les principaux problèmes dont souffrent les enfants que vous rencontrez ?
En pédopsychiatrie, nous recevons des enfants et adolescents âgés de 0 à 20 ans, les pathologies sont donc très variées. Les idées et tentatives de suicide sont de plus en plus nombreuses, ce qui est logique puisque les jeunes dans la toute-puissance ne tolèrent pas les premières frustrations de l'adolescence puisqu'ils n'ont jamais eu de frustrations auparavant : tout leur a été donné en fonction de leurs desiderata. Je vois également beaucoup d'enfants et ados souffrant de troubles obsessionnels-compulsifs (TOCs) et d'hyperactivité.

Quels conseils simples donneriez-vous aux parents pour éduquer leurs enfants ?
Lorsqu'ils ont un doute quant à leurs principes éducatifs, se poser la question : "Qu'auraient fait mes propres parents, mes grand-parents dans cette situation ?" Cela aide à relativiser face à des principes éducatifs qui existent depuis la nuit des temps. De plus, accepter la responsabilité d'être les garants des cadres et des lois : l'enfant ne doit pas se croire autoriser à faire la loi dans la vie de famille. Ce sont les parents qui commandent avec beaucoup d'amour et une fermeté bienveillante...


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