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Famille
10/02/2005
"C'est une relation passionnelle et violente"
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Maryse Vaillant, psychologue spécialiste de l'adolescence, et sa fille, Judith Leroy, ont écrit ensemble "Vivre avec elle". Le sujet de ce récit : leur relation de mère à fille au moment de l'adolescence (difficile) de Judith. Interview à deux voix. |
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SOMMAIRE |
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Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?
Maryse Vaillant : En tant que psychologue spécialisée dans l'adolescence, cela fait longtemps que j'avais envie d'écrire pour raconter "les coulisses". Je voulais montrer que, même après avoir écrit plein de bouquins sur le sujet, lorsqu'on est face à sa propre histoire, cette connaissance ne sert à rien. Moi aussi, j'ai dû me battre pour garder contact avec ma fille, j'ai fait des erreurs, j'ai déprimé… J'ai voulu rassurer les mères aussi, et leur dire que l'adolescence est un moment difficile, mais qui se termine bien.
Judith Leroy : C'était amusant de montrer l'envers du décor. Nous avons écrit chacune de notre côté ; on ne pouvait pas rédiger "en miroir", car en rassemblant nos souvenirs, nous nous sommes rendu compte que nous n'avions pas du tout vécu la même chose.
Pourquoi le rapport mère-fille est-il particulier ?
La projection de la mère sur sa fille est immédiate. Les mères élèvent leurs filles avec beaucoup plus d'exigences que leurs fils, parce qu'elles savent ce que leur fille va avoir à traverser. Elle savent qu'en tant que femme, la fille devra se battre, qu'elle aura le poids de la vie puisqu'elle devra enfanter, et qu'elle aura le poids des morts puisque dans notre culture ce sont les femmes qui s'occupent des décès, des peines et des chagrins. L'exigence est énorme : "tu seras mieux que moi", dit la mère à sa fille.
Et la fille, qu'est-ce qu'elle attend de sa mère ?
M.V : La relation mère-fille est une relation passionnelle et violente. Avec beaucoup d'affection, et beaucoup de reproches. La fille attend de sa mère à la fois la protection et la liberté. Elle va donc forcément être déçue, et lui reprocher soit de la protéger trop, soit pas assez, soit de lui donner trop ou pas assez de liberté.
Quand je vois la manière dont ma mère s'est comportée pendant mon adolescence, qui a été difficile, je me dis que j'aurai toujours une espèce de manuel de savoir-vivre inscrit à l'intérieur de moi. J'admire la façon dont elle a su à la fois maintenir la distance et le contact.
Qu'est-ce qui se transmet d'une mère à une fille ?
M.V : La mère transmet à sa fille son identité de genre, de femme.
Ma mère m'a surtout transmis une éthique, un code moral auquel je ne déroge jamais et que je m'efforcerai de transmettre à mes enfants. Et puis, même si ce n'est pas à elle que je demanderais comment on change une couche, c'est grâce à elle que j'ai une image positive de la mère, que j'ai moins d'angoisses quant à l'éducation et à la maternité.
Elle lui transmet aussi la féminité ?
M.V : La féminité, c'est le croisement entre le modèle de la mère et le regard du père. C'est le père qui va voir dans la fille la féminité qui lui vient de sa mère et des autres femmes.
La féminité, ce n'est vraiment pas auprès de ma mère que je l'ai appris ! Elle me transmettait tout, il fallait bien qu'il y ait une chose qu'elle ne me transmette pas. Et la féminité, on l'acquiert seule de toute façon.
Et lui transmet-elle également la maternité ?
Le rapport mère-fille nous renvoie bien sûr à nos mères, à cette lignée maternelle qui nous habite. Pour éviter ce huis clos entre femmes, n'y a pas d'autre issue que d'en passer par les hommes. Ce qui sauve une fille de sa mère, ce sont les hommes : son père d'abord, puis ses hommes à elle ensuite.
Ce n'est un cadeau ni pour la mère, ni pour la fille, que d'avoir une relation trop fusionnelle. Je pense que, sans revenir aux relations froides entre parents et enfants du siècle dernier, il faut laisser à l'enfant sa dimension d'individu, et ne pas en faire une extension de la mère. C'est très important, et pour la fille, et pour la mère, pour qu'elle n'oublie pas que sa maternité n'est pas tout dans sa vie. Et pour cela, un tiers séparateur, masculin, entre la fille et la mère est essentiel.
Que pensez-vous des pubs qui jouent sur la proximité mère / fille ?
M.V : Petites, les filles veulent ressembler à leur mère, et lorsqu'elles sont grandes, ce sont les mères qui veulent ressembler à leurs filles… Ce genre de pub sert à flatter les mères. Aujourd'hui, la société intime à la femme de rester jeune. C'est donc le rêve des mères qu'on les prenne pour quelqu'un de la génération de leur fille. Mais en tant que psychologue, je dis et je répète qu'une mère ne doit pas être la copine de sa fille. C'est peut-être agréable pour la mère, mais c'est mauvais pour la fille. Le clivage générationnel est essentiel.
Esthétiquement, c'est un filon indiscutable ; on est toujours pris à jouer au jeu des ressemblances. Mais je trouve que c'est dangereux, ça ne me plaît pas du tout. Ce genre de pub joue sur le jeunisme et les apparences à tout prix, au mépris des différences entre individus. En tant que mère, je ferai tout mon possible pour me dissocier complètement de mes enfants.
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