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Famille
14/05/2005

"Les prénoms deviennent cosmopolites"

Serge Sautreau, écrivain et poète, est l'auteur du "Livre mondial es de prénoms". Il décrypte pour nous les tendances des prénoms, aussi bien en termes d'étymologie que de sonorité...

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SOMMAIRE
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Pourquoi vous être intéressé aux prénoms ?
Serge Sautreau Le sujet est passionnant en lui-même, d'abord parce que cela fait faire un tour du monde culturel, ensuite parce que chaque prénom a un sens et une histoire à décrypter. Dans nos civilisations occidentales, nous avons oublié ce que chaque prénom signifie ; alors que les Orientaux sont beaucoup plus directs. Par exemple, "Nour" en arabe signifie lumière, et tout le monde le sait instantanément, alors qu'en français on ne sait pas que "Robert" est un éclat de gloire… L'étude, même sommaire, des étymologies ainsi que des personnages qui ont porté tel ou tel prénom dessine une sorte d' "aura", de personnalité, pour chaque prénom. Cela m'intéresse d'autant plus que je suis frustré de la signification de mon propre prénom : en effet, si "Serge" vient de l'étrusque, on ignore ce que cela veut dire… Bref, l'univers des prénoms est extrêmement intrigant.

Comment avez-vous fait votre tri ?
J'ai laissé de côté un certain nombre de prénoms qu'on ne pourrait plus donner aujourd'hui tellement leur son est devenu ridicule. J'ai même pensé un moment faire un autre livre, avec uniquement les prénoms importables. En revanche, j'ai quand même inclus des prénoms très rares mais qui pourraient revenir, car ils ont une jolie sonorité. Or la définition du prénom rejoint celle de la poésie : c'est un rapport de son et de sens. Et comme aujourd'hui le sens est souvent ignoré, la sonorité prime.

Avez-vous fait de jolies découvertes ?
Je me suis beaucoup amusé avec les prénoms tahitiens, comme Amata, Eéva, Maïré… qui ont très souvent des jolies sonorités, mais aussi, en y regardant de plus près, un sens très chatoyant. Ils dégagent une sorte de fraîcheur poétique. Et le tout dernier prénom du livre, Zyrmîn ("petite fleur", un prénom asiatique), m'amuse beaucoup, car je doute qu'un dictionnaire puisse aller plus loin. Je suis content de n'avoir pas terminé, comme les autres ouvrages, sur Zoé !

Peut-on déceler des tendances ?
Il y a des modes, des vogues, mais très irrationnelles. En la matière, je pense qu'une prétention scientifique serait aléatoire et pédante... Cependant, on peut voir une tendance à élargir son horizon, à donner des prénoms de toute la planète. Par rapport à la mondialisation économique qui nous est imposée, cet espèce de cosmopolitisme souriant qui consiste à aller piocher des prénoms ailleurs est bien plus sympathique. C'est le signe d'une liberté d'esprit. On peut aussi constater qu'il y a un certain retour vers d'anciens prénoms. C'est une tendance de retour au sources qui revient régulièrement, de même qu'il y a souvent des vagues de fascination pour certains prénoms régionaux (comme les prénoms bretons à une époque). Mais le succès de certains prénoms romains ou grecs est aussi dû à leur dimension musicale. Les prénoms en deux syllabes ont la cote, car ils introduisent d'emblée une petite musique. Cette harmonie est impossible avec une seule syllabe, et plus difficile avec trois.

Pourquoi est-ce si important, un prénom ?
Ce n'est pas anodin de nommer quelqu'un. Ces quelques syllabes vont vous suivre toute une vie… Pensez aux gens qui veulent changer de prénom parce qu'ils ont l'impression que cela ne leur va pas, comme un vêtement dans lequel ils ne rentreraient pas. On peut subodorer une personnalité à partir d'un prénom. Les parents essaient de choisir un prénom qui soit bénéfique pour leur enfant, qui lui porte chance. Le prénom possède un pouvoir mystique et mystérieux chez beaucoup de peuples. En Inde, on attend six mois avant de donner un prénom aux bébés, pour éviter d'attirer les mauvais esprits…

Qu'est-ce qui entre en jeu dans le choix d'un prénom ?
Un prénom, c'est ce qui fait qu'on est vraiment individuel ; qu'on est d'une lignée, d'une famille, mais qu'on se différencie en tant qu'individu. Ça explique aussi pourquoi les pouvoirs publics accordent tant d'importance à la chose, pourquoi notre législation a mis tant de temps à se libéraliser : il a fallu attendre 1993 pour qu'on puisse respirer un peu. Même si on a assisté à quelques bizarreries, au bout du compte les excès sont rares. Certains parents inventent. D'autres font des variations dans l'orthographe : c'est une liberté un peu plus subtile, qui ne s'entend pas, mais permet à l'individu de marquer son originalité graphiquement. Choisir un prénom, c'est un jeu entre les contraintes, le bienséant, la liberté et l'originalité.

A quoi faut-il faire attention lorsqu'on choisit un prénom ?
Pratiquement n'importe quel prénom peut donner lieu à un calembour ou à un jeu de mots. Mais il y en a certains qui sont pires que d'autres, et qu'il vaut mieux éviter. Il y a également des alliages entre le prénom et le nom qui sont peu heureux… Enfin, lorsque le prénom est porteur d'un sens immédiat comme "Harmonie", par exemple, il sonne comme une obligation morale. Cela peut donc être un peu difficile à porter. Imaginez une petite "Mélodie" qui chanterait horriblement faux…

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