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Programmes scolaires Interview cycle 2
"Le CP est une coupure : on demande des efforts et de l'attention"
Enseignante en CP et directrice de l'école Georges Brassens à Saint-Ciers sur Gironde, Anne-Marie Plisson recommande aux parents de s'intéresser au travail de l'enfant, sans lui mettre la pression.   (08/10/2005)

Le CP, c'est l'entrée à la grande école. L'adaptation est difficile ?
Anne-Marie Plisson C'est vrai qu'il y a beaucoup de changements ! Déjà au niveau de l'accueil des enfants, il y a des différences : les assistantes maternelles ne sont plus là. Si en maternelle on fonctionne avec des ateliers (dînette, peinture, dessin...), en CP, on travaille avec la classe toute entière. C'est beaucoup plus rigide. Et puis au niveau des apprentissages, il y a une sacrée coupure ! On demande aux enfants des efforts, de l'attention. Ce qui nous aide, c'est que les enfants sont contents d'être à la grande école, ils viennent avec l'envie d'apprendre. Mais la journée est parfois longue...

Justement, êtes-vous favorable aux devoirs à la maison ?
De toute manière, je n'ai pas le choix car les devoirs écrits sont interdits. Et je suis tout à fait d'accord avec ce principe, même si les parents réclament souvent des exercices. J'essaye de leur faire comprendre que leur enfant a déjà bien travaillé à l'école en leur demandant s'ils apprécieraient que leur patron leur donne du travail à faire chez eux après leur journée au bureau. D'ailleurs, les devoirs écrits à la maison creusent les différences entre les élèves car certains parents font travailler leur enfant une heure le soir tandis que d'autres élèves se débrouillent tout seuls. Cela accentue les écarts sociaux, alors que l'école repose sur l'égalité des chances.

Quelle doit être l'attitude des parents ?
S'il n'y a pas de devoirs écrits, en revanche, il y a des petites leçons à apprendre. Ils peuvent donc les faire réciter. L'essentiel reste de suivre l'enfant, de lui faire parler de son vécu à l'école. Il ne faut surtout pas lui faire faire des lignes d'écriture, cela peut le dégoûter. Les parents ont tendance à vouloir aller trop vite en se basant sur leurs propres apprentissages, alors que les enseignants abordent les choses de façon séquentielle, en douceur.

Du CP et du CE1, quel est le niveau le plus difficile ?
Le CP peut sembler compliqué, car c'est la découverte du codage de la langue, des signes écrits. Mais au CE1, on aborde véritablement le fonctionnement de la langue française, avec la grammaire, l'orthographe, les règles à apprendre. L'apprentissage des conjugaisons par exemple est très difficile. Une fois qu'il sait lire et écrire, l'enfant croit qu'il est débarassé. En fait, les problèmes ne font que commencer...

Pourquoi la grande section, le CP et le CE1 sont-ils regroupés dans un même cycle ?
Parce que ces trois niveaux ont pour fil conducteur l'apprentissage de la lecture. La grande section en marque le début, avec une approche de la langue et du codage de l'écrit : on demande aux enfants de repérer les sons, de regarder, d'écouter. Cette observation permet d'aller plus loin en CP, avec l'apprentissage en lui-même, et le CE1 marque la fin du cycle avec la consolidation des acquis.

A quelles capacités fait appel cet apprentissage ?
Pour apprendre à lire, l'enfant doit avoir la structure mentale qui permet la combinatoire de deux sons. Comprendre que "b" et "a" font "ba" demande d'avoir une certaine maturité psychologique. Cependant, l'apprentissage ne dépend pas que de la structure intellectuelle de l'enfant, mais aussi de l'environnement. Trois éléments sont fondamentaux : la structure familiale, le milieu médical et l'école. Si l'un de ces éléments ne fonctionne pas bien, l'apprentissage se complique.

Est-il lié à l'écriture ?
Absolument. Il faut toujours faire fonctionner la lecture et l'écriture ensemble. L'écriture permet à l'enfant de s'approprier le mot car il y a un mouvement, elle lui permet en somme de le toucher. On passe ainsi de l'abstrait au concret.

Qu'est-ce qui a changé depuis 2002 dans les programmes du CP et du CE1 ?
L'accent a été mis sur la maîtrise de la langue française. Avec les photocopies, on avait tendance à moins faire écrire les élèves. Aujourd'hui, on travaille deux heures et demies par jour autour de la lecture et de l'écriture, avec des contes, des oeuvres de littérature pour la jeunesse, des comptines... En maths, le calcul mental a été remis au goût du jour. Les mathématiques restent d'ailleurs une matière importante : en CP, on apprend à écrire et comprendre les nombres, on aborde le sens de l'opération avec l'addition et la soustraction.

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Propos recueillis par Claire Sassonia
 
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