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Famille
Juin 2006
"Mettez l'accent sur des règles de bonne conduite"
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Professeur de sociologie et de sciences de l'éducation, Sylvie Cadolle est spécialiste de la famille recomposée. Elle décrypte ce nouveau modèle familial et nous livre les clefs pour fonder un foyer heureux. |
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On parle de plus en plus des familles recomposées. Est-ce la fin du modèle familial traditionnel ?
Sylvie Cadolle Non ce n'est pas la fin. Cependant nous sommes entrés dans une époque où l'on ne se marie plus pour le meilleur et pour le pire, mais surtout pour le meilleur. On assiste donc à une banalisation de la séparation : aujourd'hui, un enfant sur trois voit ses parents se séparer. Des personnes de plus en plus jeunes reviennent sur le "marché du couple" après une première union. Cette tendance s'accentue depuis les dix dernières années, on relève une augmentation de 11 % du nombre de familles recomposées. Il va certainement y avoir un tassement, mais je ne pense pas que cela diminue.
Est-ce un phénomène qui touche toutes les couches sociales ?
Oui, et particulièrement les milieux populaires. Dans les classes favorisées, les femmes recomposent moins souvent car elles sont indépendantes financièrement. Elles préfèrent le conjugalité non cohabitante. Par ailleurs, les femmes recomposent moins que les hommes, car le nombre d'enfants et l'âge rendent la recomposition plus difficile : alors que les hommes en vieillissant conservent l'avantage du pouvoir économique, les femmes perdent leur capital physique.
Que reste-t-il à faire au niveau juridique ?
Il n'existe pas de statut spécifique pour le beau-parent. Pour la simple et bonne raison que la plupart des couples en familles recomposées ne sont pas mariés. Pour qu'il y ait un statut, il faudrait qu'il y ait une alliance. D'après moi, la création d'un statut n'est pas souhaitable, car cela irait à l'encontre du parent extérieur en marquant une certaine rivalité. D'ailleurs, les associations de pères divorcés s'y opposent parce qu'ils ont peur d'être supplantés.
Est-ce forcément compliqué de former une famille recomposée ?
Tout d'abord, il faut que l'on se mette d'accord sur la définition : il y a famille recomposée quand il y a des enfants. Il existe différents cas de familles recomposées. Lorsqu'il y a des enfants d'une seule union, c'est plus simple. Mais quand chaque conjoint a des enfants d'un premier lit, cela se complique, car cela crée forcément des rivalités et des jalousies, et c'est tout à fait normal. Bien sûr, dans toutes les familles il existe des jalousies entre frères et soeurs, mais dans la famille recomposée, la jalousie n'est pas compensée par l'affection : de véritables frères et soeurs sont très attachés les uns aux autres.
Et pour les adultes ?
C'est difficile pour eux également. Car il n'y a pas de lune de miel pour le couple, les conjoints sont immédiatement mis en présence des enfants. Ces enfants qui arrivent avec un passé et un autre parent auquel il sont très attachés, qui ont souffert du divorce. Parfois, ils en veulent au beau-parent parce qu'ils le jugent responsable de la rupture. C'est plus simple lorsque les enfants sont très jeunes, ou bien quand ils sont proches de l'autonomie. Dans ce cas, les parents leur payent une chambre pour éviter les tensions. Statistiquement, les enfants en famille recomposée quittent le foyer plus tôt que les autres enfants.
Comment préparer les enfants à la recomposition ?
Il n'y a pas de recette. Les enfants doivent comprendre que leur parent a besoin de quelqu'un, qu'il est triste lorsqu'il est tout seul. Car les enfants ne sont pas seulement égoïstes, ils veulent le bonheur de leurs parents. C'est pourquoi ils ont souvent envie de remarier leur père ou leur mère, et c'est un atout pour le beau-parent. Le second atout, c'est quand le beau-parent arrive avec des enfants du même âge. Ils deviennent alors compagnons de jeux.
Quelle doit être l'attitude du beau-parent à l'égard des enfants ?
C'est difficile de traiter de la même façon ses enfants et ses beaux-enfants. Surtout en terme d'affection. Par exemple, ce n'est pas évident de leur faire le même câlin du soir. Il y en a toujours un qui va se sentir jaloux, frustré. Parce qu'il existe un risque de partialité.
Pourtant, il ne s'agit pas de se comporter comme le père ou la mère, car le beau-parent ne doit pas usurper sa place.
Et quand certains membres de la famille ne s'aiment pas ?
Le parent qui emménage avec un conjoint doit anticiper que ce sera difficile. Il ne doit pas se faire d'illusions et imaginer que ce sera naturel, que son conjoint aimera forcément ses enfants. Aussi est-il important de prévenir les enfants et leur beau-parent qu'ils ne sont pas obligés de s'aimer, mais qu'ils doivent se montrer courtois et corrects. Il convient donc avant tout de mettre l'accent sur des règles de bonne conduite et de civilité. Le beau-parent doit se montrer bienveillant à l'égard des enfants de son conjoint. Et s'ils s'aiment, c'est tant mieux.
Comment gérer l'autorité ?
C'est une question délicate. En réalité, il n'y a pas de règle, cela dépend surtout d'un accord entre les adultes. Le parent doit bien y réfléchir : veut-il que le conjoint ait de l'autorité sur ses enfants ou pas ? S'il lui délègue une autorité, il faut s'assurer que le parent extérieur est d'accord, pour qu'il ne sabote pas l'autorité du beau-parent. Une fois la décision prise, il importe de dire à l'enfant que la mère délègue l'autorité à son conjoint. Ce n'est pas évident. En règle générale, la majorité des beaux-pères ne se mêlent pas d'autorité.
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