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Famille
Juin 2006

Il était une fois, une famille recomposée...

Stéphanie, 42 ans, a connu les hauts et les bas de la famille recomposée. Récit du parcours typique de la belle-maman.

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SOMMAIRE

"En 2003, j'ai fait la rencontre de celui qui devait devenir mon compagnon. Mon fils Jules a 15 ans, et lui a deux fils, Dylan et Clément, 14 et 11 ans. Nous avons décidé d'emménager tous ensemble en juillet 2005, après bien des discussions et hésitations. Mon compagnon a la garde alternée de ses deux fils qui passent la moitié de la semaine ainsi qu'un week-end sur deux avec nous. Il est divorcé depuis 2000. Le père de mon fils habitant aux Etats Unis, mon fils est avec nous presque en permanence. Nous nous sommes séparés en 1994".

"Au moment de notre installation tous les cinq, nous avons rencontré des difficultés - d'ordre pratique principalement - liées au fait que nous étions limités dans notre choix de quartier : il ne fallait pas trop s'éloigner de l'école du plus jeune. Parce que les appartements comprenant quatre chambres sont rares et chers à Paris, il a fallu faire accepter que notre fils (avec nous 100 % du temps) aurait sa chambre à lui, alors que les deux fils de mon compagnon partageraient une chambre. Chez leur maman, ils ont chacun leur chambre. Ils se sentent donc moins "chez eux" lorsqu'ils sont chez nous. Leur maman était très réticente à l'idée de notre emménagement. Elle craignait que le plus jeune ne soit perturbé, mais la suite des événements lui a heureusement donné tort".

Mon fils était partagé entre deux sentiments contradictoires"

"Les choses se sont faites progressivement. Mon fils a appris a connaître mon compagnon. Comme il arrive souvent dans les relations monoparentales mère-fils, nous avons un lien très fort, et il est naturellement très protecteur à l'égard sa maman. Après ma séparation d'avec son père, j'ai eu une relation importante dont la rupture m'avait laissée très fragilisée, et mon fils m'a vu souffrir. Au moment de l'entrée de mon ami dans ma vie, je pense qu'il était partagé entre deux sentiments contradictoires : la joie de me voir vraiment heureuse, avec un homme profondément bon et droit, et l'obligation de devoir partager sa maman avec un autre homme. Ça n'était pas facile, et ses résultats scolaires en ont souffert. Je l'ai emmené chez une psychanalyste spécialiste des enfants, il a eu avec elle quelques séances qui lui ont fait le plus grand bien".

"Nous avions un énorme atout du fait que les garçons se sont immédiatement plu et qu'ils s'entendent très bien. Lorsque nous avons commencé à passer des week-ends ensemble, mon fils était toujours triste lorsqu'il fallait les quitter le dimanche soir. Je pense que nous sommes privilégiés à ce niveau, car un certain nombre de familles recomposées rencontrent de gros problèmes de rivalités et jalousies. Quant à Dylan et Clément, au début, ils ne me prenaient pas au sérieux : après son divorce, leur père avait eu une série de petites amies, qu'il leur avait toutes présentées. J'étais donc juste, en quelque sorte, la N° 6. Mais j'avais l'avantage d'être moi-même une maman, ce qui me donnait une certaine crédibilité. De manière générale, j'aime profondément les enfants, ce qu'ils sentent très facilement. J'ai un style de vie et des priorités qui ne sont pas les mêmes que ceux de leur maman ; par exemple, je ne fais pas la cuisine de la même façon. Heureusement, leur père me soutient sur ces choix, et nous espérons que c'est un bon apprentissage pour les enfants d'être confrontés à d'autres façons de voir les choses.

Je n'aurai jamais l'importance et la place de leur maman dans leur vie."

"Je pense qu'aujourd'hui, après un an de cohabitation, j'ai fait mes preuves, mais je sais très bien que je n'aurai jamais la place et l'importance de leur maman dans leur vie. C'est très bien comme ça. Néanmois, je pense sincèrement avoir un rôle positif dans la perception que les garçons ont de leur papa : son image a été abîmée par l'attitude de leur mère, et je pense contribuer à améliorer le respect qu'ils ont pour leur père. Au moment de la décision d'emménager ensemble, j'ai souhaité rencontrer la maman de Dylan et Clément pour discuter plus officiellement de la part que j'allais prendre dans la vie de ses enfants, de ses craintes, etc. Je pense qu'elle a apprécié ce geste. Ensuite il y a eu quelques incidents mineurs de différences d'opinion, mais fort heureusement c'est une personne intelligente et je pense que le système fonctionne".

"Pour vivre tous en harmonie, il n'y a pas de recette miracle mais il faut user de bon sens et d'un minimum de sensibilité aux besoins de chacun, et une bonne dose d'humour. Je pense qu'il faut prendre le temps de dire à son enfant : "J'aime cette personne avec qui je choisis de vivre. Il y aura certainement des moments difficiles pour toi, ça n'est pas forcément ce que tu souhaiterais, mais c'est mon choix de femme". J'applique quelques principes de base : par exemple, parler des choses qui dérangent directement aux enfants, sans passer par leur père et le mettre au milieu d'un triangle inconfortable. Lorsque j'ai une remarque à faire à l'un de mes beaux-fils, je m'adresse directement à lui, sans passer par son père. J'use autant que possible de l'humour : "Ah, super, c'est aujourd'hui ta douche mensuelle ? Hourra !" J'ai de la chance, mes deux beaux-fils ont un excellent sens de l'humour et c'est une méthode qui passe très bien entre nous. J'aime beaucoup rire et les enfants le savent, parfois c'est à celui qui fera la plaisanterie la plus drôle, nous rions beaucoup tous ensemble, et c'est un grand plaisir. Il est important également de laisser la possibilité au papa d'avoir des moments seuls avec ses enfants (week-ends, petites vacances), et de se garder du temps seul avec ses enfants".

Etre belle-mère, c'est pas mal de frustrations mais de grandes joies aussi : Clément, le plus jeune, nous a demandé : "Quand vous vous marierez, je pourrai être l'enfant qui tient le voile derrière vous ?". A la suite de son dernier spectacle de théâtre, Dylan a eu un commentaire qui m'a fait plaisir : "Quand j'étais sur scène et que je récitais ma partie, il y avait une personne qui riait, c'était Stéphanie, heureusement qu'elle était là."

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