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Dossier
07/07/2007
Christel Petitcollin : "Régler les malentendus dans les 6 heures directement avec la personne concernée"
Comment prendre un bon départ pour ces vacances en famille ? Il faut absolument clarifier le maximum de choses dès le début. Le budget investi, l'organisation sur place, les activités prévues, le nombre de personnes présentes, les règles de vie quotidienne, etc. Plus on aura abordé dans le détail les attentes de chacun, moins il y aura de place pour les mauvaises surprises pendant le séjour. Qu'est-ce qui rend les relations compliquées en vacances ? Quand une famille se réunit sous le même toit pour plusieurs jours, les conflits larvés peuvent refaire surface. Le plus fréquent oppose les frères et soeurs adultes toujours en rivalité depuis l'enfance. La jalousie ( "il/elle gagne plus que moi"), les reproches ("tu ne sais pas éduquer tes enfants") ternissent largement l'atmosphère. Autres membres touchés : les beaux-frères et belles-soeurs que l'on nomme parfois "pièces rapportées". Ceux-là ne partagent pas la culture familiale, les souvenirs, les codes. Ils sont donc très vite exclus du noyau dur et cela peut poser des problèmes. Les grands-parents, quant à eux, courent le risque de prendre trop de place dans l'éducation des petits ou de se mêler d'un peu trop près de la vie de couple de leurs enfants. Bref, chacun doit savoir rester dans son rôle. Comment s'y prendre si des conflits éclatent entre les membres de la famille ? Il faut régler le problème avec la personne concernée dans les 6 heures qui suivent la "crise". Cela permet de ne pas laisser de rancoeurs s'installer et de limiter les attitudes revanchardes, les conversations "dans le dos d'un tel" et donc les phénomènes de clans. En évitant les intermédiaires, on limite les risques de déformer les idées et les propos et donc d'envenimer la querelle. A ce moment-là, il faut toujours partir du principe que l'agression dont on a été victime n'était pas intentionnelle. Elle doit s'expliquer par un malentendu : une parole ou un acte qu'on a dirigé contre l'autre sans en mesurer l'impact. Cette mise au point désamorce le conflit et permet au dialogue de s'installer. Il ne servirait à rien de formuler des reproches sur la route du retour... On peut aussi veiller à ne pas déclencher les conflits en évitant les sujets de conversation qui fâchent : convictions politiques, religion, argent et tout ce qui demeure tabou dans la famille. L'éducation des enfants provoque aussi souvent des tensions, pourquoi ? En vacances et en particulier face à plusieurs adultes et en compagnie d'autres enfants, les bambins redoublent d'énergie pour tester les limites de l'autorité. Ils se disent : "Tiens, chez tonton et tata, on a le droit de manger des bonbons. Peut-être que ça pourrait devenir une règle chez nous aussi ?". Au-delà de ce phénomène, les parents supportent mal l'idée que leur méthode d'éducation, qu'ils considèrent comme étant la meilleure, ne soit pas employée par les autres. L'agacement s'avère d'autant plus grand pour les parents qui doutent inconsciemment de leur efficacité en la matière. Les parents plus sûrs d'eux ne ressentiront pas le besoin de prouver quoi que ce soit à leurs congénères. C'est encore plus vrai pour les parents de plusieurs enfants, échaudés par l'expérience et de moins en moins susceptibles quand on leur oppose de grandes théories sur l'éducation. Comment procéder pour que, sur ce point, la situation ne dégénère pas ? La première chose à savoir, c'est qu'en dehors des règles de vie basiques (consignes de sécurité), les parents présents doivent exercer leur autorité parentale sur leurs propres enfants. Si d'autres interviennent, c'est la complication assurée. Les parents doivent rester maîtres et affirmer avec force leurs principes d'éducation quand ceux-ci sont menacés au regard des principes des autres. Du moins sur les points importants à leurs yeux : politesse, comportement, alimentation, etc. La règle pour ne pas que les désaccords deviennent des conflits : on a le droit de dire "ce n'est pas ma manière de faire ou de penser", mais surtout pas "ta manière de faire ou de penser n'est pas la bonne". En somme, on réaffirme sa position sans jamais agresser l'autre. Je conseille aussi aux parents de savoir rester souple sur les détails. Exemple : les cousins ont le droit de se coucher à 22 heures et votre couvre-feu est fixé à 21 h 30. Pas la peine de batailler, vous pouvez céder sur ce point sans crainte. Pourquoi les familles persistent-elles à partir en vacances ensemble si cela s'avère aussi compliqué ? Je crois que le fantasme de la "famille Ricoré" y est pour beaucoup. On se dit que sous le soleil, l'entente sera parfaite, les querelles de l'année (et même des vacances précédentes !) n'auront plus lieu. Mais les gens, par nostalgie peut-être, cherchent aussi à retrouver l'ambiance de leur enfance avec ses chamailleries pleines de charme ! Là, ce sont les pièces rapportées qui ont du mal à suivre car d'un point de vue extérieur, certaines joutes verbales peuvent paraître extrêmement violentes ! Pourtant, aux yeux de la tribu, elles sont rassurantes et même revigorantes. Chacun retrouve sa place. Selon vous, les vacances en famille requièrent donc une bonne dose de compromis ?
Il faut en effet rester vigilant. Veiller à une communication fluide, à une organisation qui ne dessert personne. Je pense aux membres de la famille qui se coltinent les corvées pendant que d'autres (toujours les mêmes) se dorent la pilule à la plage. Dans ce genre de cas, il s'agit de réagir de suite. Pour exercer cette surveillance, le mieux reste de désigner un leader, un référent. Ce peut être le chef de famille, le propriétaire des lieux, le plus âgé, le plus charismatique, peu importe, pourvu qu'il bénéficie de l'assentiment de ses moussaillons pour mener le bateau à bon port. Cette personne aura donc toute la légitimité nécessaire pour formuler un reproche en cas de besoin. Deuxième recommandation : savoir s'éloigner du groupe de temps à autre. Seul ou accompagné d'un, deux ou trois membres plus proches, on s'extrait de la vie en communauté et des contraintes qu'elle implique pour une journée ou quelques heures. Cela permet de souffler et aussi d'avoir plein de choses à partager en revenant ! N'existe t-il pas des familles où la vie en communauté s'organise naturellement de manière sereine ? Si bien sûr ! Celles-ci ont ce que j'appellerais "l'instinct tribu" et savent exactement comment procéder pour vivre ensemble sans se marcher dessus ni s'ignorer. C'est culturel. Ces personnes le vivent comme ça depuis l'enfance et n'ont absolument aucun effort à fournir. Les volontaires, ceux qui ont souffert de ce manque par exemple, peuvent bien sûr apprendre et gagner cet instinct petit à petit. Quels sont les avantages à partir en vacances tous ensemble ? On peut se lancer dans une activité de groupe : sport, jeux de société, dîner de gala... Cela peut donner lieu à des souvenirs délirants. Pour les enfants, c'est l'occasion d'apprendre la vie en société et de découvrir l'autre dans sa différence. C'est aussi un bon moyen pour eux de reprendre leur véritable place. Il arrive que des parents trop protecteurs ne laissent jamais la possibilité à leur petit de vivre son insouciance. Dans un cadre de vacances en famille, les bambins sont entre eux, ils peuvent enfin jouir de leur liberté. Quant aux parents, qui dans une société aussi individualiste que la nôtre peinent à remplir leur quota de relations humaines dans l'année, ce genre de vacances, c'est un vrai bonheur ! Ils peuvent enfin échanger et retrouver le plaisir authentique de la vie en groupe. Sommaire du dossier
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