Donnez-vous de l'argent de poche à votre enfant ? Quel âge a-t-il et combien lui accordez-vous ?
J'étais contre l'argent de poche, considérant que moi, si je voulais de l'argent, il fallait que je fournisse un travail. Leur papa était pour la remise d'argent de poche, considérant qu'il fallait apprendre aux enfants à faire des choix et à gérer. Nous avons trouvé une solution qui s'est avérée vraiment efficace en respectant nos 2 valeurs : le "smic" argent de poche, viré tous les mois sur un compte bancaire au nom de l'enfant, qui avait une carte de retrait. A l'époque, cela devait être quelque chose comme 10 ou 20 francs, ils avaient entre 9 et 12 ans, avec un passage à 50 F en classe de seconde. Les enfants pouvaient donc choisir d'économiser pour mettre au bout pour un vêtement par exemple s'ils voulaient de la "marque", car on leur donnait pour cela la somme équivalente à ce que nous achetions pour nous. Ils pouvaient choisir. Ils pouvaient également faire des petits boulots à la maison pour améliorer cette petite somme de base. Et ce petit boulot devait être autre chose que des bonne notes, que faire sa chambre ou mettre ou débarrasser la table, choses qui appartenaient au partage normal des tâches de la vie quotidienne et ce dès l'âge de la marche, à leur mesure, bien sûr. Cela a été très payant car ils n'ont jamais rechigné à donner un coup de main et nous savions par contre être plus que généreux lorsqu'un véritable effort était fourni, sans qu'on n'ait eu besoin de le demander. Là nous remettions de l'argent liquide ou un chèque selon la somme, pour qu'ils le voient et le sentent comme une conséquence d'un effort... Nous avons toujours eu beaucoup de compliments de cette éducation et ils ont su nous dire plus tard que nous leur avions inculqué de bonnes valeurs. Ils sont devenus des hommes très appréciés par leur environnement social et professionnel.
En quoi trouvez-vous important d'en donner ou non ?
Un minimum pour apprendre à gérer et apprendre à faire des choix, sans pour autant nourrir toutes leurs envies et surtout, au grand jamais, que les enfants reçoivent cet argent comme un dû... Notre conception était de ne pas "voler" leur bonheur en allant au devant de leur désir. C'est le désir qui apprend à être heureux. Rien ne remplace le plaisir d'avoir ce que l'on a fortement désiré.
Qu'est-ce que cela a changé dans vos relations avec votre enfant ?
Une excellente relation avec les garçons qui ont aujourd'hui 24 et 28 ans que nous envie notre entourage. Nous n'avons jamais eu de "crise" à la pré adolescence ou à l'adolescence, même s'ils ont manifesté des moments de besoins de "prendre du large". On leur a laissé faire leurs expériences, notre devise était : beaucoup de dialogue, toujours les avertir des risques tout en les encourageant à prendre des risques mais en connaissance de cause et ce, dès lors que nous jugions que leur maturité était suffisante. Si celle-là ne l'était pas eh bien, c'était un "non" ferme, sans être brutal, mais expliqué. Ils savaient alors que ce n'était pas la peine d'insister car nous ne céderions pas et ils avaient confiance en nous. Notre but était de les éclairer mais pas de voir à leur place... Nous avons vécu 2 étapes dans notre travail de parent : un premier temps, construire des repères avec une certaine discipline mais en douceur, où notre but était de les enseigner et de les protéger, même si c'était dur, nous savions dire non. Un second temps où, préparés, nous les avons en quelque sorte "offerts" à la vie, c'est-à-dire que nous avons accepté de les "lâcher" pour faire leurs propres expériences... Ils travaillent tous les deux, ont une compagne avec lesquelles nous avons aussi une relation de complicité et de connivence... Ils se sentent respectés et nous respectent également. Il y a beaucoup beaucoup d'amour chez nous mais nous n'étouffons pas. Leurs copains et amis nous apprécient et viennent nous voir, ils disent aux garçons qu'ils ont de la chance d'avoir des parents comme nous, quel plus beau compliment ?