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Comment vous êtes-vous documentée pour réaliser ce livre ?
Marie-Paule Dousset J'ai commencé par passer une annonce
et attendu les réponses des lectrices. Puis, j'ai fait une
enquête en rencontrant des femmes dans les entreprises, dans
les associations et dans les divers réseaux. J'ai aussi beaucoup
lu de livres spécialisés sur la question...
Qu'est-ce que l'image en couverture de votre livre ?
C'est Rosie "the riveter", une image qui a servi
de publicité à l'armée américaine pour inciter les femmes
à participer aux efforts de guerre en allant travailler dans
l'industrie lourde. On a créé ainsi une icône, très connue
des Américains. Le slogan qui remplace le titre de mon livre
était "We can do it", nous pouvons le faire, qui vous rappellera
certainement un slogan publicitaire...
Quelles sont en moyenne les différences de salaires entre
les hommes et les femmes ?
Les différences varient de 7 à 27 % suivant les métiers et
les secteurs... Et je n`ai pas inventé les chiffres, bien
sûr ! Ils proviennent de l'Insee et du ministère du Travail...
Quelles sont les entreprises françaises qui font la meilleure
part aux femmes ?
Il n'y a malheureusement pas de "meilleures" entreprises....
Il y a seulement quelques pistes à suivre pour ne pas trop
se faire avoir par les entreprises dans lesquelles on postule
ou on travaille...L'écart de salaire entre les hommes et les
femmes, par exemple, peut-être connu facilement !
Je trouve que le titre de votre livre peut-être interprété
de manière misogyne, pourquoi l'avoir choisit ?
Je ne comprends pas pourquoi. Pouvez-vous m`expliquer votre
remarque ?
Je le trouve un peu misogyne selon le ton avec lequel on
le lit ! Ca fait un peu genre : allez, réveillez-vous
les feignantes ! Il serait temps de se mettre au boulot au
lieu de paresser.
Oui, cela peut se lire comme cela, mais ce n'est pas l'idée
du livre !!! Il s`agit plutôt de le lire comme "les filles
au travail".
Existe-t-il des pays modèles pour l'égalité homme/femme
?
On parle de la Suède bien sûr, mais aussi curieusement du
Portugal. La France n'est pas mal placée.
Quelle est la règle pour la féminisation des noms de métiers
?
Le ministère de l'Emploi et de la Solidarité a publié une
brochure intitulé "les noms de métiers se disent aussi au
féminin", que je reprends dans le livre et qui donne quelques
indications : par exemple, les mots finissant par "dant",
"pert", "rent", "tant" vont prendre un "e" au féminin. Cela
donnera la correspondante, l'agente, l'experte, la référente...
Toutes ces données ont été édictées par une circulaire qui
date de 1986. Malheureusement, ce texte n`est pas toujours
appliqué !
Je me fais systématiquement sabrer dans mes évaluations
par mon boss au motif que je suis trop émotive. Que dois-je
faire selon vous ?
Très intéressant, Charlotte ! Il y a une différence de
communication entre les hommes et les femmes... Les enfants,
garçons et filles, lorsqu'ils sont petits, jouent dans des
univers séparés. Les filles avec les filles, les garçons avec
les garçons. Pas de problèmes sauf qu'ils ont des manières
différentes de se situer par rapport aux autres. Les garçons
jouent entre eux, les filles ont une ou deux grandes copines
à qui elles parlent des heures (voir les notes de téléphone !).
Les garçons font partie d'une bande, d'un gang, d'un groupe,
les filles non. Les garçons vont se reconnaître dans la parole
du chef, les filles vont chercher une certaine égalité avec
leurs copines. Le problème est qu'en travaillant, les filles
vont devoir travailler dans des entreprises conçues et gérées
par des hommes, où c'est le statut du groupe qui prévaut plutôt
que celui de la relation aux autres. Là où une femme va vouloir
dire "Je ne sais pas si je suis capable de devenir directrice
du marketing", en espérant que son interlocuteur lui
dise, "mais si", un homme va entendre "Je ne peux
pas assumer cette chose là" !
Vous étiez journaliste avant d'écrire ce livre, pour quel
média ?
La liste est tellement longue que je vais bloquer le site
si je réponds... Vu mon grand âge !
Avez-vous des filles ?
NON
Parité : pour ou contre ?
Pour.
Que pensez-vous du mouvement "Les chiennes de garde" ?
Je ne les connais pas bien.
Pour votre enquête, les entreprises ont-elle collaboré
facilement ?
Pas toujours ! Dès que l'on demande des chiffres, les
entreprises se ferment.... Rester dans des généralités pour
dire qu'elles sont merveilleuses, cela se passe bien. Dès
que vous demandez des chiffres, vous devenez moins sympathique !
Comment voyez-vous l'évolution du féminisme ? Positive
ou non ?
Pas très bien partie si nous ne nous mobilisons pas en croyant
que tout est acquis.
Pourquoi y a t-il plus de femmes à des postes de responsabilité
aux Etats-Unis qu'en France ?
Parce que les lois ont imposé un certain nombre de femmes.
Puis on s'est rendu compte que la diversité était un facteur
de développement de l'entreprise, alors on a continué...
Qu'est-ce que vous appelez "Girlcott" ?
Le boycott est un interdit moral contre des biens ou un refus
de participer. L'appel au boycott est interdit par la loi
en France. Pourquoi alors ne pas "girlcotter" les
produits. Puisque les femmes sont les principales consommatrices,
pourquoi ne pas acheter les produits des entreprises qui respectent
les femmes ?
Les femmes managers sont-elles moins misogynes que les
patrons ?
Je ne sais pas. Il y a de tout, le même pourcentage de misogyne
chez les hommes que chez les femmes, mais je dirais que, parmi
les plus jeunes générations, elles sont moins misogynes.
Comment a été accueilli votre livre par les entreprises
(si vous avez eu des retours) ?
Les entreprises qui m'ont contacté l'ont fait parce qu'elles
le trouvaient bien. Donc j'interviens dans quelques grands
groupes où j'essaye de prêcher la bonne parole de la mixité
sociale et sexuelle, l'égalité des salaires, le mélange des
genres. Les autres, pas un mot !
Avoir des responsabilités et des enfants... Est-ce vraiment
compatible ?
Bien sûr ! regardez Jean-Marie Messier. Il avait les
deux !
Etes vous en faveur des quotas homme/femme sur les listes
de candidats aux électoralions ?
Oui.
Trouvez-vous que la publicité donne une image dégradante
de la femme ?
Par moments, oui. Si cela vous intéresse vous pouvez aller
voir le site de la meute (http://lameute.org.free.fr),
qui reprend toute une série de pub et les décortique.
Qu'est-ce que les femmes peuvent apporter de particulier à
une entreprise que n'apportent pas les hommes ?
De la couleur sur les vêtements et une autre façon de voir
les choses.... Nous sommes des consommatrices, nous voyons,
achetons les produits, nous pouvons conseiller sur ces domaines
mieux que bien des experts. Nous apportons un autre rapport
aux autres, nous sommes multitâches... et bien d'autres choses.
Que faire lorsqu'on ne s'entend pas avec ses collègues
masculins ?
Essayer de les comprendre, ne pas prendre tout ce qu'ils disent
comme une agression, et en même temps, essayer de vous faire
comprendre d'eux. Là où un homme dit "je", une femme dit "nous".
Lorsqu'un homme dit "je ", il n'agresse pas, c'est sa façon
de parler... Et puis si cela ne va pas, s'ils sont idiots
(pour ne pas dire pire !) soit vous devenez leur chef,
soit vous demandez à changer de secteur !!!
Que pensez-vous de la loi sur le harcèlement moral ? Elisabeth
Badinter est contre semble-t-il au motif que cela pousse au
conflit avec les hommes si j'ai bien compris.
Le harcèlement moral n'est pas de mon ressort.... Il est mixte.
Il paraît même qu'il y a eu autant de plaintes envers les
femmes qu'envers les hommes...
Existe-t-il un pays où il fait bon être une femme (en entreprise
j'entends bien) ?
La Suède, dit-on, si on aime le froid !
Combien de temps a duré votre travail de recherche pour
réaliser ce livre ?
Dix-huit mois.
Quels sont vos conseils pour s'affirmer et oser prendre
le pouvoir ?
Prendre conscience de sa place en tant que femme dans l'entreprise.
Ecouter la manière dont on vous parle, dont vous parlez aux
autres. Et puis faire savoir ce que vous faites en faisant
votre propre pub.
Vous avez travaillé dans quelles entreprises avant d'écrire
votre livre ?
Dans un groupe de presse, dans une société de marketing.
Pourquoi les femmes minimisent-elles le travail qu'elles font
?
C'est presque culturel.... Une petite fille n'aime pas se
faire remarquer. Une grave insulte est "mais pour qui elle
se prend celle-là ?". Et cela nous poursuit plus tard.
Nous fonctionnons sur l'égalité et le consensus, même si cela
reste de la façade, donc la prise de parole et la prise de
pouvoir nous sont difficiles.
Pourquoi avez-vous choisi d'écrire ?
Parce que c'est sympa, non ? et puis c'est un métier
merveilleux : je choisis mes sujets, je passe un à deux ans
dessus, le livre paraît et je vais à la rencontre des lecteurs.
Plus de patron, plus d'horaires, plus de transports, sauf
pour venir chater avec vous, mais cela je ne le regrette pas !
Où en êtes-vous de vos ventes ?
Et vous voulez ma déclaration fiscale, pendant que vous y
êtes ? Galopin, va !
Faut-il des "syndicats de femmes" dans les boites selon
vous ? On n'a pas l'impression que le combat des femmes intéresse
beaucoup les syndicalistes traditionnels...
La loi Génisson va imposer aux entreprises de mettre en place
une commission de l'égalité professionnelle. Et vous avez
raison, le combat des femmes n'est pas très populaire au sein
des syndicats, dirigés par des hommes.
A combien d'éditeur avez vous proposé votre livre
avant qu`il soit accepté ?
Aucun. Je publie tous mes livres, pour le moment, aux Editions
du Seuil. Je leur parle de mes projets, ils acceptent et il
ne me reste plus qu'à les écrire...
Quand je recrute je constate que les filles ont des CV d'enfer
et passent très bien à l'entretien. Les garçons, eux, sont
des vraies loques. Donc c'est pour vous [les filles NDLR]
juste une question de temps, je pense. Dans 20 ans on aura
dégagé des états-majors. Pas d'accord ?
Pourvu que non !!! Il faut de tout pour faire un monde, des
hommes et des femmes, des blancs et des noirs, des handicapés
et des valides.... Comme les clients des entreprises, leurs
fournisseurs et les prescripteurs !
En dehors de vous-même, quelle femme auriez-vous voulu
être ? Et éventuellement quel homme ?
Femme ? Marguerite Duras, Colette, Simone Veil, Hannah
Arendt, Edith Piaf... Homme? Diderot, Homère.
Vous vous considérez comme journaliste ?
Oui, malgré le fait que j'écrive aujourd'hui très peu dans
les journaux. Je trouve que l'on peut faire un meilleur travail
"journalistique" dans un livre que dans un magazine entièrement
noyauté par la régie publicitaire.
Cela vous tenterait-il de faire de la politique ? Est-ce
que c'est déjà un peu le cas ?
Non. je n'aime pas beaucoup les tribunes, et écrire est une
activité qui convient très bien à mon caractère solitaire
(pendant les heures de travail uniquement). Mais j'ai des
positions politiques affirmées.
Ton roman préféré ?
"L'Odyssée".
Que pensez-vous de la loi sur la parité signée en 2002
?
Très bien. Elle fait avancer les choses. Il n'y a aucune "pente
naturelle" vers la parité, ou c'est la même qui a conduit
les hommes à s'occuper de la cuisine, du repassage ou du lavage
de la salle de bains...
Avez-vous déjà le sujet de votre prochain livre ?
Ce sera la septième réédition du guide des magasins d'usine,
"chic en stock". Toutes les bonnes adresses pour
pouvoir acheter vêtements, arts de la table, chaussures...
partout en France. Il sortira en avril 2004. Après j'ai bien
une idée mais je reviendrai vous en parler plus tard...
Que faites-vous exactement au quotidien ?
J`écris des livres !
C'est quoi vos opinions politiques affirmées ?
C'est ce que je mets dans une enveloppe dans l'isoloir.
Est-ce que vous avez encore l'espoir de changer le monde ?
Bien sûr ! Je crois beaucoup aux gestes du quotidien
et aux gestes individuels. Si l'entreprise se dit citoyenne,
nous sommes ses électeurs, et notre bulletin de vote est notre
porte-monnaie. Donc, je n'achète pas n'importe quoi, pas n'importe
où. Je ne lis pas n'importe quoi, je n'écoute pas n'importe
quoi, je pense que nous sommes en partie responsable de ce
qui nous touche. En passant, si les questions de distribution
vous intéressent, je vous recommande la lecture des "Coulisses
de la grande distribution" de Christian Jacquiau, aux Editions
Albin Michel. Je ne le connais pas, mais son bouquin, si.
Et il est édifiant.
Marie-Paule Dousset : Bonsoir et merci pour vos questions.
Peut-être à bientôt sur un Salon du livre ou ailleurs.
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