Accueil Interviews
 

Reine-Marie ParisReine-Marie Paris : "Camille Claudel, orgueilleuse, pensait pouvoir s'en sortir seule"
Petite-nièce de Camille Claudel, spécialiste des œuvres de l'artiste, Reine-Marie Paris vient de publier un livre sur cette sculptrice maudite, dans la jolie collection "Découverte" de Gallimard. (Janvier 2004)

Qu'est ce que cela fait d'être la petite-nièce de Camille Claudel ?
Reine-Marie Paris Au début, dans ma famille, nous n'en parlions pas : la folie était un sujet tabou. Et puis un jour, dans le cadre de la société Paul Claudel, un marchand m'a proposé de racheter des œuvres de Camille. C'est ainsi, vers 25 ans, que j'ai commencé à collectionner ses œuvres. Et puis, plus tard, vers 35 ans, j'ai voulu savoir ce qui se cachait derrière ses sculptures et j'ai commencé des études d'histoire de l'art. J'ai fait mon mémoire de maîtrise sur l'œuvre de Camille Claudel. Elle m'a beaucoup apporté, du bonheur et du tracas, mais l'ensemble est très positif.

Il y a eu de nombreux livres publiés sur Camille Claudel. Qu'apporte de plus celui que vous venez de publier ?
J'ai écrit deux catalogues raisonnés sur l'œuvre de Camille Claudel et j'ai publié en 1984 une grande biographie de l'artiste ("Camille Claudel", Gallimard) qui reste ma référence. Le livre qui vient de paraître dans la collection Découverte de Gallimard, est le livre qui manquait sur Camille Claudel. C'est un résumé de sa vie et de son œuvre. Il est petit, pas cher et se lit vite. Il est destiné au grand public.

Pourquoi le sous-titre "Le génie est comme un miroir" ?
L'idée n'est pas de moi, mais d'Hélène Pinet, co-auteur de l'ouvrage. C'est une phrase tirée du "Livre de Christophe Colomb" de Paul Claudel, ça a plu à l'éditeur Gallimard. Le "miroir", c'est à la fois la lumière et l'envers, le côté triste, pas beau à voir, ce qui se cache derrière le génie et ses apparences de gloire. Personnellement, comme titre, j'avais pensé à "L'artiste défiguré" ou "L'or qu'elle trouve est bien à elle", une phrase très connue de Rodin.

Dans un questionnaire de Proust, à la question "your idea of misery", Camille Claudel répond "d'être mère de nombreux enfants". Elle ne souhaitait donc pas avoir d'enfants ?
Qui sait ce que cela signifie... Camille Claudel était très railleuse, elle avait un don féroce pour la moquerie. On sait qu'elle a avorté au moins une fois. Mais en même temps, elle a fait des portraits d'enfants, comme "La Petite Châtelaine".

Qu'a apporté la rencontre avec Rodin à la carrière de Camille Claudel ?
Cette rencontre est capitale. Elle lui a mis le pied à l'étrier. Rodin l'a présentée à de grands critiques, à des commanditaires, il l'a introduite dans de prestigieux salons.

Combien de temps a duré leur relation ? Comment s'est-elle terminée ?
Leur liaison a duré environ cinq ans, de 1884 à 1890. Camille Claudel est partie car elle voulait travailler pour elle seule, sans subir l'influence du maître.

Sur les photos qu'on a de Camille Claudel, elle a un air triste. A-t-elle connu des moments de bonheur ? Comment a t-elle sombré dans la folie ?
Camille Claudel a sûrement été heureuse dans les débuts de sa relation avec Rodin, lorsqu'elle a été introduite dans l'atelier du maître. Elle avait du travail, de la terre glaise, des outils… Rodin et elle travaillaient de connivence. Elle a sombré dans la folie pour plusieurs raisons : le manque d'argent et de matériel, le manque d'amour (Rodin ne lui a jamais proposé de l'épouser), l'avortement, le manque de reconnaissance... Orgueilleuse, elle pensait pouvoir s'en sortir toute seule.Elle s'est enfermée dans sa solitude et s'est fourvoyée.

Que pensez-vous du film qui a été tourné sur la vie de l'artiste en 1987, avec Isabelle Adjani et Gérard Depardieu ? Avez-vous participé au projet ?
J'aime beaucoup le film, Adjani est formidable. Dans la deuxième partie, quand elle est seule dans son atelier, elle est belle, émouvante, très proche de la réalité, je pense. Adjani s'est complètement investie dans le rôle, elle a compris l'âme de Camille Claudel, elle manque peut-être juste d'un peu de violence. Pour le film, j'étais la conseillère historique et j'ai beaucoup travaillé en amont avec Bruno Nuytten, le réalisateur.

Y a t-il une facette que l'on ne connaît pas de Camille Claudel ?
Elle a passé les trente dernières années de sa vie internée. Je regrette que personne n'ait essayé de la faire sortir. Elle avait besoin d'être soignée et, à l'époque, il n'y avait pas tout l'arsenal d'antidépresseurs qui existent aujourd'hui. Pour finir, elle s'est enfermée en elle-même.

Parmi ses sculptures, lesquelles préférez-vous ?
"La Valse" est un poème d'amour. C'est le grand amour qui va s'effondrer, le couple est très penché, ce sont les derniers pas de la vie. Il date de 1892, la fin de la liaison de Camille avec Rodin. Il y a aussi "La Petite Châtelaine", un très beau portrait d'enfant. Et puis, "La Vague" qui représente trois petites femmes qui vont être englouties par une vague en onyx. Il y a une inspiration japonaise, Camille aurait voulu aller en Extrême-Orient. Dans cette sculpture de 1898, c'est Camille qui se voit engloutie, absorbée par la nature.

 


LE LIVRE
camille claudelCamille Claudel
Découverte Gallimard
127 pages, 13 €

Consulter les libraires

LE LIVRE
camille claudelCamille Claudel
Découverte Gallimard
127 pages, 13 €

Consulter les libraires

 

Propos recueillis par Emilie Godineau
 
 
Toutes les Interviews Envoyer à un ami Haut de page