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Qu'est ce que cela fait d'être la petite-nièce de Camille
Claudel ?
Reine-Marie Paris Au début, dans ma famille, nous n'en
parlions pas : la folie était un sujet tabou. Et puis
un jour, dans le cadre de la société Paul Claudel, un marchand
m'a proposé de racheter des œuvres de Camille. C'est ainsi,
vers 25 ans, que j'ai commencé à collectionner ses œuvres.
Et puis, plus tard, vers 35 ans, j'ai voulu savoir ce qui
se cachait derrière ses sculptures et j'ai commencé des études
d'histoire de l'art. J'ai fait mon mémoire de maîtrise sur
l'œuvre de Camille Claudel. Elle m'a beaucoup apporté, du
bonheur et du tracas, mais l'ensemble est très positif.
Il y a eu de nombreux livres publiés sur Camille Claudel.
Qu'apporte de plus celui que vous venez de publier ?
J'ai écrit deux catalogues raisonnés sur l'œuvre de Camille
Claudel et j'ai publié en 1984 une grande biographie de l'artiste
("Camille Claudel", Gallimard) qui reste ma référence. Le
livre qui vient de paraître dans la collection Découverte
de Gallimard, est le livre qui manquait sur Camille Claudel.
C'est un résumé de sa vie et de son œuvre. Il est petit, pas
cher et se lit vite. Il est destiné au grand public.
Pourquoi le sous-titre "Le génie est comme un miroir" ?
L'idée n'est pas de moi, mais d'Hélène Pinet, co-auteur de
l'ouvrage. C'est une phrase tirée du "Livre de Christophe
Colomb" de Paul Claudel, ça a plu à l'éditeur Gallimard. Le
"miroir", c'est à la fois la lumière et l'envers, le
côté triste, pas beau à voir, ce qui se cache derrière le
génie et ses apparences de gloire. Personnellement, comme
titre, j'avais pensé à "L'artiste défiguré" ou "L'or qu'elle
trouve est bien à elle", une phrase très connue de Rodin.
Dans un questionnaire de Proust, à la question "your idea
of misery", Camille Claudel répond "d'être mère de nombreux
enfants". Elle ne souhaitait donc pas avoir d'enfants ?
Qui sait ce que cela signifie... Camille Claudel était
très railleuse, elle avait un don féroce pour la moquerie.
On sait qu'elle a avorté au moins une fois. Mais en même temps,
elle a fait des portraits d'enfants, comme "La Petite Châtelaine".
Qu'a apporté la rencontre avec Rodin à la carrière de
Camille Claudel ?
Cette rencontre est capitale. Elle lui a mis le pied à l'étrier.
Rodin l'a présentée à de grands critiques, à des commanditaires,
il l'a introduite dans de prestigieux salons.
Combien de temps a duré leur relation ? Comment s'est-elle
terminée ?
Leur liaison a duré environ cinq ans, de 1884 à 1890. Camille
Claudel est partie car elle voulait travailler pour elle seule,
sans subir l'influence du maître.
Sur les photos qu'on a de Camille Claudel, elle a un air
triste. A-t-elle connu des moments de bonheur ? Comment
a t-elle sombré dans la folie ?
Camille Claudel a sûrement été heureuse dans les débuts de
sa relation avec Rodin, lorsqu'elle a été introduite dans
l'atelier du maître. Elle avait du travail, de la terre glaise,
des outils… Rodin et elle travaillaient de connivence. Elle
a sombré dans la folie pour plusieurs raisons : le manque
d'argent et de matériel, le manque d'amour (Rodin ne lui a
jamais proposé de l'épouser), l'avortement, le manque de reconnaissance...
Orgueilleuse, elle pensait pouvoir s'en sortir toute seule.Elle
s'est enfermée dans sa solitude et s'est fourvoyée.
Que pensez-vous du film qui a été tourné sur la vie de
l'artiste en 1987, avec Isabelle Adjani et Gérard Depardieu ?
Avez-vous participé au projet ?
J'aime beaucoup le film, Adjani est formidable. Dans la deuxième
partie, quand elle est seule dans son atelier, elle est belle,
émouvante, très proche de la réalité, je pense. Adjani s'est
complètement investie dans le rôle, elle a compris l'âme de
Camille Claudel, elle manque peut-être juste d'un peu de violence.
Pour le film, j'étais la conseillère historique et j'ai beaucoup
travaillé en amont avec Bruno Nuytten, le réalisateur.
Y a t-il une facette que l'on ne connaît pas de Camille
Claudel ?
Elle a passé les trente dernières années de sa vie internée.
Je regrette que personne n'ait essayé de la faire sortir.
Elle avait besoin d'être soignée et, à l'époque, il n'y avait
pas tout l'arsenal d'antidépresseurs qui existent aujourd'hui.
Pour finir, elle s'est enfermée en elle-même.
Parmi ses sculptures, lesquelles préférez-vous ?
"La Valse" est un poème d'amour. C'est le grand amour qui
va s'effondrer, le couple est très penché, ce sont les derniers
pas de la vie. Il date de 1892, la fin de la liaison de Camille
avec Rodin. Il y a aussi "La Petite Châtelaine", un très beau
portrait d'enfant. Et puis, "La Vague" qui représente trois
petites femmes qui vont être englouties par une vague en onyx.
Il y a une inspiration japonaise, Camille aurait voulu aller
en Extrême-Orient. Dans cette sculpture de 1898, c'est Camille
qui se voit engloutie, absorbée par la nature.
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LE
LIVRE |
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