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"Dans le design, les femmes ont une approche plus intuitive"
India Mahdavi, créatrice française d'origine irano-égyptienne, vient d'ouvrir son showroom à Paris. Elue "créatrice de l'année" au cours du salon Maison et Objets, elle nous raconte son métier et ses créations. (Février 2004)

Vous venez d'être élue "créatrice de l'année" par le salon Maison et Objets. Qu'est-ce que cela représente pour vous ?
India Mahdavi Je suis très contente. D'abord, parce que c'est une reconnaissance de mon travail de designer, alors que jusque là on me connaissait surtout pour mon travail d'architecte d'intérieur. Ensuite, parce que c'est une reconnaissance de Paris, alors que je travaille surtout à l'étranger, aux Etats-Unis, au Mexique, en Egypte… Mon showroom parisien est ouvert depuis moins d'un an.

De plus en plus de femmes se lancent dans le métier de designer, comment l'expliquez-vous ?
Je ne sais pas, peut-être parce qu'aujourd'hui les femmes s'impliquent de façon plus complète dans leur travail. La vie professionnelle des femmes est souvent plus interrompue que celle des hommes. Or le travail de designer demande une certaine maturité : ça prend du temps de trouver son style, de savoir ce qu'on a envie de raconter. D'un autre côté, depuis une dizaine d'années le métier de designer est à la mode, c'est donc normal qu'on y trouve de plus en plus de femmes.

Qu'apportent les femmes au monde de la création ?
Les femmes sont plus intuitives. Je pense que dans l'architecture d'intérieur, elles apportent un côté plus pratique et dans le design quelque chose de plus ludique.

Quels sont les formes et les matériaux qui vous caractérisent le plus ?
Ce sont les matériaux auxquels j'ai accès à travers mes artisans et fabricants : les lattes, le métal pour les lampes, les tapisseries, le velours pour les canapés, la céramique en ce moment… En fait, ce ne sont pas les matériaux qui me caractérisent, mais la façon dont je les associe : je joue la balance entre le masculin et le féminin, le chaud et le froid, le mat et le brillant, le structuré et le déstructuré... Je recherche l'équilibre entre des choses rigoureuses et des choses plus douces. Dans les formes, j'aime le côté charnel, je travaille beaucoup le rapport à la surface, au corps, au toucher.

Vous êtes architecte d'intérieur, comment concevez-vous l'aménagement d'une maison ?
Je suis à l'écoute de mes clients. J'essaie de comprendre la façon dont ils vivent, ce qu'ils cherchent à montrer. D'un autre côté, je suis aussi à l'écoute de l'espace, la structure et la perspective guident mes choix. J'essaie de tirer le meilleur de ce dont je dispose.

Quelles sont vos sources d'inspiration ?
Mes inspirations viennent de mes contraintes : les clients, les lieux, les projets. Je travaille dans des endroits très différents à Hong-Kong, à Mexico, à Londres, à New-York, en Egypte, en Suisse… Alors, je pioche dans les choses que je vois autour de moi et je ré-interprète. Tout peut m'inspirer, je ne suis pas à mettre dans une catégorie particulière.

Qu'est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ?
Ce que je trouve excitant c'est l'élaboration d'un projet, quand tout d'un coup ça prend forme, quand j'envoie mes dessins pour que les prototypes reviennent. Ce que j'aime c'est le processus de création, le recommencement. Le changement, et la nouveauté aussi, m'amusent.

Quels sont les designers que vous admirez ?
Les frères Bouroullec, des designers pointus, qui ont une démarche intelligente et savent utiliser les matériaux justes. Philippe Starck est génial dans la diversité des produits, du bas au haut de gamme.

Quel est le pays le plus intéressant en matière de design selon vous ?
En Italie, ce qui est intéressant, c'est qu'il y a une vraie industrie qui suit derrière. La France est intéressante du point de vue de la création. Aux Etats-Unis, c'est plus catégorisé, avec d'un côté ceux qui ont une formation de designer et, de l'autre ceux, qui ont une formation d'architecte d'intérieur.

Quels conseils donneriez-vous à une jeune fille qui voudrait se lancer dans le design ?
De commencer par travailler chez quelqu'un dont elle aime le travail et de voir après si elle peut se lancer. C'est difficile de commencer seul, à moins d'avoir une très forte personnalité. Mais tout est possible…

Quels sont vos projets actuellement ?
Un hôtel à Mexico et à New-York, une galerie d'art à Londres, une maison en Egypte…

Vous devez être tout le temps en train de voyager…
Non, je travaille à Paris et je fais en moyenne quatre déplacements par projet. Sachant qu'un projet dure une année, je fais environ un voyage par mois.

Vous n'avez pas de site Internet. Est-ce en projet ?
Oui, peut-être cette année... En 2003, j'ai fait beaucoup de choses : j'ai ouvert mon showroom rue Las Cases, déménager mon bureau… Chaque chose en son temps !

En savoir plus :
Showroom (IHM Interiors), 3 rue Las Cases, 75007 Paris, tél : 01.45.55.67.67

 

Propos recueillis par Emilie Godineau
 
 
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