|
Interview
Isabelle Lardeux-Gilloux : "Les femmes sont plus réceptives à la protection de la planète"
 |
sabelle
Lardeux-Gilloux, gagnante du Trophée "Terre de Femmes" 2004 de la Fondation
Yves Rocher, se bat pour garder les orang-outans dans leur habitat naturel
de Bornéo, menacé par la déforestation. Parcours d'une femme utile. (Mars 2004) |
D'où vient l'intérêt que vous portez pour l'île
de Bornéo et pour les orang-outangs en particulier?
Isabelle Lardeux-Gilloux J'ai toujours souhaité travailler avec les
animaux. Lors de ma dernière année d'études scientifiques
en Angleterre, j'ai dû faire un dossier de recherche au zoo de Londres.
Le sujet était "L'enrichissement de l'environnement captif des
grands singes". Je connaissais déjà les gorilles car j'ai
vécu au Rwanda avec mes parents. Beaucoup de recherches avaient été
faites sur les chimpanzés et il n'y avait pratiquement rien sur les
orang-outangs. C'est pourquoi je me suis intéressée aux orang-outangs
et à l'île de Bornéo où l'on trouve cet animal.
Quand avez-vous créé l'association "BOS France"
? Et quel est son but exactement ?
Je l'ai créée en 1998 afin d'avoir une structure légale
et juridique pour pouvoir collecter des fonds. Il s'agissait au départ
de subventionner une partie du projet qui allait m'employer en Indonésie.
On n'a jamais réussi à le faire aboutir. Et en même temps,
le but était de relayer l'information de l'association indonésienne
"BOS" pour "Balikpapan Orang-utan Society".
Qu'est-ce que le projet Samboja Lestari ? Qui le finance ?
Le premier but est de diminuer la pression des hommes sur la forêt.
En travaillant pour nous, ils ne sont plus contraints à couper les
arbres. Le projet Samboja Lestari se trouve sur des terres qui ont été
brûlées lors des grands incendies de 1998. Plus personne ne veut
de ces terres. Les quelques paysans qui ont des terres là-bas ne peuvent
même pas les utiliser, ils sont vraiment dans une misère totale.
Ce que l'on propose à travers ce projet est un programme "d'agro-foresterie"
; les paysans locaux plantent des bois tropicaux qui donneront des forêts
dans 30, 40 ans et, entre les arbres, ils plantent des papayes, des ananas
etc., qui leur permettent de vendre des fruits sur le marché et d'avoir
un revenu immédiat. Ensuite, une partie des hectares que nous achetons
permet de créer des sanctuaires pour les espèces menacées,
et notamment pour les orang-outangs. Nous réintroduisons également
les ours à miel. Le projet est financé sur fonds privés,
grâce à des dons publics. Nous somme aujourd'hui 12 association
BOS dans le monde.
Quels résultats avez-vous obtenus ?
A l'heure actuelle, nous avons acheté plus de 1 500 hectares.
En me rendant sur place dernièrement, j'ai vu l'arboretum où
les bois tropicaux ont été plantés. Les paysans commencent
à s'intéresser vraiment au projet et viennent visiter les zones
d'agro-foresterie où l'on a bâti les îlots pour les orang-outangs.
Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?
Dans certains endroits, l'achat de terres est difficile, c'est l'aspect commercial
: si quelqu'un est intéressé, les prix augmentent... L'autre
problèmatique est la protection contre les incendies. Je suis sapeur-pompier
volontaire sur Valensole depuis 5 ans et je me suis associée aux "Pompiers
sans Frontières" de Marseille. Nous sommes en train de créer
un projet d'aménagement de protection d'incendie pour cette zone. Le
souci premier est d'avoir du matériel performant sur place.
Combien de temps passez-vous à Bornéo ? Y allez-vous régulièrement
?
J'y vais à peu près tous les deux ans. Je n'y vais pas aussi
souvent que ce que je voudrais mais je pense qu'il est plus utile de faire
un travail de fond que de se payer des voyages sur place. Personnellement
j'aimerais y aller tous les jours !
Votre mari vous aide t-il dans l'association?
Oui, il en est le trésorier.
Avez-vous des enfants ? Vous accompagnent-ils à Bornéo?
J'ai deux enfants. Ils ne m'accompagnent pas car nous n'avons pas les fonds
nécessaires et aussi parce que les zones que je visite sont des zones
de quarantaine, il faut donc des permis spéciaux. Par contre, en 2002,
nous avons payé ce voyage à nos enfants car nous tenions à
leur faire voir ce qu'est l'île de Bornéo.
Pourquoi êtes vous devenue sapeur pompier?
Parce que je m'ennuyais ! J' avais l'impression d'être inutile,
j'ai donc frappé à leur porte en leur demandant s'ils voulaient
bien de moi ! Je ne connaissais pas du tout le monde des pompiers ni celui
du volontariat en France, je l'ai découvert de cette manière.
Que vous apportent les orang-outangs ?
Une réflexion perpétuelle. Est-ce que l'on fait les choses correctement
dans ce monde ? Ne peut-on pas améliorer quelque chose ?
Pensez-vous que les femmes sont plus particulièrement attachées
à la préservation de la planète ?
Elles sont plus réceptives. Elles ne regardent pas les choses en fonction
de ce qu'elles peuvent lui apporter, contrairement aux hommes... C'est plus
instinctif.
Comment-avez vous réagi lors de votre sélection pour le
Trophée "Terre de Femmes" d'Yves Rocher ?
J'étais très contente. Cela m'a fait énormément
plaisir car quand vous n'avez pas la pêche, que vous en avez marre d'être
devant votre ordinateur avec cette impression que ce que vous faites ne sert
à rien; recevoir une petite médaille, un petit quelque chose
qui vous rappelle qu'un jour quelqu'un a déterminé que ce que
vous faisiez était bien vous redonne vraiment le moral.
Que peut vous apporter cette manifestation ?
J'espère un coup de pouce pour monter notre nouveau projet, c'est
à dire travailler plus avec les écoles en développant
des contenus que l'on mettra à la disposition des enseignants. On espère
aller jusqu'à une reconnaissance au niveau national pour pouvoir diffuser
des CD-Roms dans les écoles et, à travers notre site orangoutan.org,
qu'ils aient connaissance de la problématique du développement
durable et des espèces menacées. La cerise sur la gâteau
serait qu'ils créent leurs propres projets pour lever des fonds et
les renvoyer sur l'Indonésie.
Isabelle Lardeux-Gilloux, 36 ans, est titulaire d'un doctorat d'anthropologie
biologique. Elle a eu plusieurs emplois temporaires : conseillère scientifique
et assistante de tournage pour des documentaires animaliers, chargée
de mission NTIC auprès de la Chambre Régionale des Métiers
de PACA, administratrice d'une société coopérative artisanale,
webmaster-traductrice d'un site galerie marchande B2C des artisans... Elle
est la maman de Franck, neuf ans, et de Charlie, 4 ans. Elle vit dans le village
de Valensole (Alpes de Haute Provence).
[an error occurred while processing this directive]
|