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Interview
"Mon conseil aux parents : ayez confiance dans l'avenir de vos enfants"
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Le professeur
Marcel Rufo, pédopsychiatre renommé, vient de publier "Tout ce que vous ne
devriez jamais savoir sur la sexualité de vos enfants" (Anne Carrière). Il
va diriger à partir de septembre la Maison des adolescents de l'hôpital Cochin
à Paris. Rencontre. (Mars 2004) |
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EN SAVOIR PLUS |
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- Tout ce que vous ne devriez jamais savoir sur la sexualité de
vos enfants
Anne Carrière, 2003, 230 pages, 17 €. Consulter
les libraires
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Les parents sont plus préoccupés qu'avant par la façon d'éduquer leurs
enfants. Est-ce justifié ?
Marcel Rufo Oui, les parents essaient de comprendre leurs enfants, ils discutent
plus avec eux. Avant, la force de la parole paternelle était invraisemblable…
Aujourd'hui, les parents sont plus démocrates et c'est très bien.
Vous avez une fille de 24 ans. Que changeriez-vous dans son éducation si
vous le pouviez ?
Je m'en occuperais plus que je l'ai fait… Je ne lui ai pas consacré assez
de temps, je me suis trop investi dans mon métier et j'ai manqué de belles
années avec elle.
Cela fait 35 ans que vous soignez les enfants. Quel type d'adultes la
société nous prépare-t-elle ?
Je suis optimiste. Les adultes de demain auront plusieurs vies, plusieurs
familles, même si je pense que dans la société à venir, la famille restera
une valeur forte. Les jeunes rêvent d'une famille idéale et en même temps,
il y a de plus en plus de familles recomposées. Mais si l'on change, c'est
la preuve que l'on cherche toujours mieux. On va vers une civilisation de
l'image et l'image est un support de rêve. Je pense que la société de demain
donnera plus de place à l'imaginaire. Le risque vient plus, selon moi, de
la mondialisation des attitudes, de la perte de références culturelles. Il
faut faire attention à ne pas vivre que dans le présent et la consommation.
Je cite souvent cette phrase de Fernand Braudel : "on n'a pas d'avenir si
on n'a pas de passé".
Pour vous, à quel âge se termine l'adolescence ?
Je peux dire quand elle commence, mais pas quand elle finit. Ca commence à
l'entrée au collège en 6ème, ça éclate entre 13 et 16 ans et ça se termine
quand on n'emmène plus son linge à laver chez ses parents. Avant, les parents
disaient "trouve du travail". Aujourd'hui, les études se prolongent de plus
en plus tard. On est passé en peu de temps à "Trois hommes et
un couffin" à "Tanguy".
A quel âge faut-il aborder les sujets délicats (la sexualité, le tabac,
la drogue) avec ses enfants ?
Il faut les aborder quand l'enfant est concerné. Ca ne sert à rien de parler
du tabac ou de la sexualité à un enfant de 10 ans. On peut parler du tabac
à un enfant à partir de 12 ans, leur dire que c'est terrible, qu'un jeune
qui fume a une chance sur cinq de mourir d'un cancer à 35 ans. Pour la sexualité,
à partir de 15 ans, on peut passer par un tiers (planning, médecin…), parler
de l'amour et ne pas utiliser de mots crus qui choqueraient l'enfant, leur
dire de se protéger. Pour le cannabis, on peut en parler lors des premières
sorties le samedi soir, leur dire qu'on peut s'amuser sans avoir besoin de
prendre des produits…
Dans votre livre, vous dites que la sexualité est un mystère pour les
enfants et doit le rester. Pourquoi ?
Ce qui nous protège, c'est la méconnaissance de la sexualité de nos parents.
La sexualité est quelques chose d'intime, c'est une conquête de soi, de sa
liberté.
Comment répondre à un enfant qui demande comment on fait les bébés ?
"Tu vas en discuter avec le médecin et après, on en reparle ensemble si tu
veux".
Quels sont les principaux problèmes des enfants que vous rencontrez ?
Je rencontre des enfants qui sabordent leur scolarité, qui ont des capacités
mais refusent de travailler à l'école ; des enfants qui souffrent de troubles
de l'attention (retard au niveau du langage, de l'écriture, de l'apprentissage…),
de peur qui se prolongent (mort, microbes…), du divorce de leurs parents qui
traîne…
Quels conseils basiques donneriez-vous aux parents pour éduquer leurs
enfants ?
Ayez confiance dans l'avenir de vos enfants, gardez l'espérance, faites vous
aider au besoin. Aller consulter un pédopsychiatre : c'est naturel,
même si ce n'est que pour prévenir un problème, comme un vaccin.
Vous êtes médecin et auteur de livres à succès. Comment faites-vous pour
concilier ces deux "métiers" ?
Mon secret : ma maison de Tende dans une vallée merveilleuse. J'y vais assez
souvent pendant deux jours avec du lait de chèvre, du pain et un poêle à bois
et j'en ressors, selon que j'ai fait beaucoup de balades ou non, avec 3/4
pages ou 10/15 pages. Après chaque consultation, pour chaque enfant que je
rencontre, je prends des notes. Ensuite, je reprends ces notes, j'analyse
et je publie un livre tous les deux ans environ.
En septembre 2004, vous allez diriger la future Maison des adolescents
à l'hôpital Cochin de Paris. Ca ne va pas être trop dur de quitter Marseille ?
Il y a le TGV. Je retournerai souvent à Marseille, à Tende et sur mon bateau.
Je travaillerai à Paris tout en restant exotique. Je pense aussi que j'ai
assez de capacité de rêverie pour être à Marseille en étant à Paris. Et puis,
je quitte un paradis pour un autre. La Maison des adolescents de l'hôpital
Cochin a beaucoup de moyens et est située dans un très bel endroit.
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