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Interview
Laura Flessel : "Les sportives de la nouvelle génération tiennent à garder leur féminité"
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Deux mois après, quels souvenirs gardez-vous des JO d'Athènes ? Laura Flessel Je garde le souvenir d'une grande solidarité dans l'équipe, et puis bien sûr d'une razzia de médailles pour l'escrime française. En ce qui me concerne, je suis contente d'être quintuple médaillée olympique. |
Mais sur le moment, vous avez pleuré… C'est vrai. On travaille quatre ans en vue du jour J, et durant tout ce temps on ne vise qu'une chose : l'or. Alors quand on perd en finale, on est forcément déçue. Mais après, j'ai relativisé. Je suis quand même vice-championne olympique, ce n'est pas si mal ! Etes-vous plutôt d'Artagnan, Zorro, ou le Masque de fer ? Plutôt Fanfan la Tulipe ! En fait, petite fille, j'étais fascinée par les films de cape et d'épée. Et comme j'étais dans les Caraïbes, j'avais aussi un faible pour les corsaires… J'aimais les deux versants, d'une part le côté conventionnel, avec les mousquetaires, d'autre part la pointe de marginalité avec les pirates. Et puis, j'ai vu une compétition de sabre à la télé, et ça a été le déclic. Quels sont vos projets ? A court terme, je reprends l'entraînement pour les championnats du monde, qui auront lieu à Leipzig en 2005. A long terme, ma reconversion professionnelle est déjà entamée : je travaille depuis 6-7 ans maintenant dans l'organisation d'événements et de manifestations sportives, pour les enfants dans les quartiers difficiles. Vous menez une vie de famille en parallèle ? J'ai toujours jonglé entre sport, carrière et vie familiale, et lorsque moi et mon compagnon avons décidé de connaître les joies parentales, on a juste rajouté un bout de chou en plus. Tout est une question d'organisation ! Votre fille est-elle une future championne ? A 3 ans et demi, elle a déjà trois sabres en mousse, une raquette de tennis, des clubs de golf, et elle fait de la danse… C'est une touche-à-tout. Pour l'instant, quand on lui demande ce qu'elle veut faire plus tard, elle répond : "de l'escrime". Mais je lui inculque que les médailles, comme le reste, se méritent par le travail. Je suis très "famille". C'est ma première passion, avant la mode, le cinéma et la gastronomie. Etre sportive et aimer la mode, est-ce compatible ? Pendant longtemps, quand on parlait de sportives, on imaginait une fille avec une moustache, pas épilée, 90 kilos, habillée uniquement en survêtement. Mais ce temps a disparu ! Bien sûr, il y a toujours des garçons manqués. J'en ai fait partie quand j'étais plus jeune. Et puis je me suis retournée vers la mode, j'ai voulu ressembler à ma sœur et ma mère, qui sont très coquettes. J'ai donc quitté les baskets pour les bottes à talons. Les résultats d'escrime aidant, ça m'a permis de côtoyer des grandes marques comme Lanvin, Paco Rabanne, Gaultier… Dès que je quitte mon entraînement, je me douche et je me transforme ! Pourtant, l'escrime paraît peu accessible à la mode : toutes les tenues se ressemblent, sans parler du masque… Même si les tenues ont l'air identiques, les connaisseurs arrivent à les différencier. Moi, je travaille avec mes équipementiers pour personnaliser ma tenue et la rendre plus seyante : je tiens à me sentir belle, et ce n'est pas parce que je fais du sport que je dois obligatoirement ressembler à un boudin. La nouvelle génération, dont je fais partie, a revalorisé l'image de la sportive : nous cherchons à garder notre féminité. Que pensez-vous du boom des inscriptions dans les salles d'escrime ? C'est l'effet JO, bien connu ! Sur quinze jours, on donne aux téléspectateurs énormément de sport, et les compétitions d'escrime se passent en plus la première semaine. Les enfants se retrouvent dans ce sport de combat qui réussit aux Français. La nouveauté, depuis trois olympiades, c'est que les adultes s'y mettent aussi. Cette rentrée scolaire, on voit beaucoup de 30-45 ans qui viennent à l'escrime. Qu'est-ce que l'escrime peut leur apporter ? C'est un sport complet, un bon mélange de puissance musculaire, de psychologie et de tactique. Ça défoule. Mais c'est aussi un sport qui inculque des règles parfois un peu passées de mode, comme le fair-play, la sagesse, l'humilité. Le maître d'armes, on ne l'appelle pas par son prénom, on le nomme "maître". A l'escrime, les ados qui ont des difficultés avec l'autorité apprennent le respect. Avez-vous une préparation mentale particulière ? Non. Dans le domaine du sport, il y a beaucoup de gens qui se présentent comme "coachs de mental" ou quelque chose de ce genre… selon moi, ce sont des charlatans. Moi, je fais simplement confiance à mon entraîneur - il a 17 médailles olympiques et mondiales à son actif, je me dis donc qu'il ne doit pas être si mauvais ! - et à ma propre personnalité. De toutes façons, le mental, c'est un de mes points forts. Je suis une bosseuse, et j'adore la compétition et tout ce qu'elle draine : l'adrénaline, le stress, la gestion des émotions…
Etre championne semble très important pour vous ? Ce n'est pas vraiment d'être championne, c'est de faire le maximum. J'ai choisi un sport de confrontation où tout le monde peut gagner. Selon moi, la marque des grands champions, c'est de savoir utiliser leurs échecs pour arriver à la victoire. Dans le sport, il y a un vainqueur et un perdant, point. Je me donne juste les moyens d'être du bon côté. Le site officiel de Laura Flessel : www.lauraflessel.com
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