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Psycho
07/07/2005
Sophie Fontanel : "Fonelle est forcément moi, mais je ne suis pas que ça"
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Ecrivaine, ex-animatrice, chroniqueuse au magazine Elle et inventrice de l'inénarrable Fonelle, Sophie Fontanel a répondu à vos questions lors d'un chat en direct, exposant son point de vue sur l'amour, la littérature, la mode et la presse féminine... |
Les gens sont-ils sympas à Elle ?
Sophie Fontanel
Je n'y vais jamais parce que c'est à Levallois. Mais je crois qu'en effet, moins on les voit tous les jours à la machine à café, plus ils sont sympas.
Pensez-vous que Fonelle reflète ce que sont les femmes aujourd'hui ?
Non, je crois que Fonelle ne ressemble qu'au fantasme qu'on pourrait avoir d'une femme libre. On n'est pas des femmes libres. Ou alors, on n'ose pas en être.
Je travaille actuellement sur l'écriture d'un roman, et je postule un peu partout en tant que chroniqueuse... J'aurais aimé savoir quels conseils vous donneriez à quelqu'un comme moi, qui partage cette même passion que vous ?
Merci. Restez comme vous êtes, à bientôt.
Je ne sais pas quoi vous dire. Quand j'écrivais, au début, je cherchais moi aussi des gens qui pourraient me conseiller. Mais finalement les seuls vrais conseils, je les ai trouvés dans les œuvres. Il faut lire, aller voir les films de Billy Wilder, écouter de la musique et pas seulement celle qui sort, il faut plonger dans le travail des gens géniaux, et essayer de prendre là-dedans quelque chose… L'inspiration ?
Je vous aimais bien à la télé, avec Taddéi et compagnie... Vous pensez y revenir un jour ?
Ça, je ne crois pas. J'ai aimé faire ce métier parce qu'il était facile, sur une chaîne facile, avec des gens bosseurs et intelligents. Mais maintenant, comprenez-moi, je travaille en pyjama chez moi sur mon ordinateur. Je pars en voyage quand je veux. Ça vaut de l'or. La télé est une prison.
Auriez-vous pu faire un autre métier ?
Vous avez un beau prénom, Ghita. J'aurais voulu être chercheuse en linguistique et j'ai même fait des études pour le devenir, mais c'était pas très très facile parce que je ne bossais pas assez. J'aurais voulu être psychanalyste, et à la place, j'ai fait une analyse. Je voudrais maintenant devenir cinéaste. En vrai, je crois qu'un métier non lié à l'art, je ne saurais pas le faire.
Où trouvez-vous l'inspiration pour écrire les aventures de Fonelle ? Puisez-vous dans votre propre vie ?
Eh oui, je puise dans ma vie, mais il faudrait s'entendre sur ce qu'on appelle ma vie. Je vis dans mes rêves. Il y a un plan de la réalité où je suis un peu une incapable, parce que je regarde au lieu de d'agir. Je regarde aussi beaucoup mes amies, plus délurées que moi, ou en tout cas allant jusqu'au bout de leurs délires. Moi, mes délires sont surtout dans ma tête, ou bien dans mes propos quand je parle.
Vous pensez quoi des séries comme Sex and the city ?
J'adore, et même je trouve que ça va loin dans la subtilité. C'est un coup de maître d'avoir réussi à parler de sexe sans être vulgaire et en appelant tout de même un chat un chat. En France, c'est impossible de faire des choses comme ça à la télé. Le degré de bêtise des gens de télé est tel que, si vous leur proposer Sex and the city, ils vous obligent à situer l'action à Dole.
Bonjour Sophie. Vous ne me croirez peut être pas, mais ça fait 10 ans (!) que j'attends ce moment, de pouvoir vous parler et voilà que je ne sais plus trop quoi vous dire... Vous venez de dire que vous souhaitiez être cinéaste... Vous avez déjà un projet concret ?
Alors, ça fait drôle que des gens suivent mon travail depuis tant de temps. Cinéaste... C'est Fonelle qui vient d'être achetée par UGC et donc on en fait un film, je fais le scénario et peut-être vais-je participer au tournage, en tout cas, c'est sûr, à toute l'élaboration. C'est fascinant car ce personnage, une fois incarné dans une actrice, prend une dimension qui me dépasse. Plus tendre.
Votre boîte préférée, c'est vraiment le Baron ?
Oui j'aime bien cette boîte, mais j'ai globalement un souci avec les boîtes c'est que je ne fume pas, et donc j'étouffe assez rapidement. Je ne bois pas, non plus. Donc, je vois petit à petit les amis devenir idiots, et baver. Et aussi, je ne drague pas, sauf pour rire, donc je me fais brancher par des gnous, et finalement vous comprenez, un moment, j'en ai juste ras le bol. Mais au Baron la musique est bien, c'est très ring my bell, disco and Stones. Ça vaut le coup, rien que pour ça. Mais sinon, c'est bourré de belles filles et de types grotesques.
Écrire toujours sur le thème de l'amour : une thérapie ?
T'es fine. Oui, c'est une thérapie, et derrière Fonelle et ses délires, derrière Arminé, l'héroïne du roman "Sublime amour", il y a toujours ma quête à moi, la foi que j'ai dans une femme immense et libre, idéaliste, une femme qui fasse rêver et pas une pouffiasse, une vraie personne très très grande qui rencontre l'amour très très grand.
Mireille me manque, elle revient quand ?
Moi aussi, elle me manque, je suis habituée à elle. Je voudrais faire : "Mireille vide son sac", avec tout ce que Mireille croit qu'il faut avoir comme sac et aussi dans son sac. Je voudrais faire "Mireille fait l'amour" avec tout ce qu'elle croit. Ça fonctionne à l'infini. Après, des filles m'écrivent au journal et me disent : je m'appelle Mireille. Ou bien : je suis Mireille. C'est une petite star.
Combien de temps ça vous prend, d'écrire un roman ?
Quand même, je constate qu'en tout, ça me prend trois ans. Mais surtout parce que je dois gagner ma vie à faire d'autres choses. Et aussi, pendant longtemps, j'avais une exigence qui frisait l'empêchement. Je voulais me projeter dans des choses compliquées, des écrits conceptuels. Maintenant, je suis plus simple. Je lis un livre sur Billy Wilder, en ce moment, et il dit qu'il ne voit rien de supérieur à la simplicité.
Dans le film projeté sur Fonelle, qui va jouer Fonelle ? Qui verriez-vous ?
Alors c'est justement toute la question. Donc, je pense à : Anna Mouglalis, parce qu'elle est très très belle et a une voix rauque élégante qui poserait Fonelle hors de toute vulgarité. Je pense aussi à Cécile de France mais c'est surtout parce que les gens m'en parlent. Je pense à Amira Casar qui est une fille très très drôle. Je pense à des bombes, pour jouer mon propre rôle et tout le monde se fiche de moi à cause de ça.
Qui est votre auteur préféré ?
J'ai une passion pour tant d'auteurs. Je ne peux pas vous en citer un. J'aime Gabriel Garcia Marquès pour son lyrisme. J'aime Camus pour sa vérité, j'aime Pasinetti pour son élégance quand il raconte Venise. J'aime j'aime j'aime, je lis sans cesse. En ce moment, je lis Henry James. Je lis aussi un ouvrage sur Chanel. C'est ma vie de lire, et d'écrire. Ce que je n'aime pas, en revanche, ce sont les livres qui ne donnent pas envie de vivre.
Quel est, selon vous, l'impact actuel de la presse féminine ? Est-elle plutôt libératrice ou au contraire normatrice ?
Ça c'est une question fondamentale. Je crois que les magazines racontent qu'ils parlent à une femme libre, uniquement par esprit commercial. En vrai, nous sommes, dans la presse féminine, complètement liés à la publicité. Je n'écris pas en pensant à Dior annonceur dans Elle, mais je sais que c'est là, dans la façon de nous convaincre qu'il faut maigrir pour vendre des produits, cette obsession de la nouveauté aussi, tout ça c'est du commerce, et maintenant les liftings deviennent à la mode, puisque les laboratoires y ont des intérêts et qu'ils font de la pub dans le journal. Je vois que tout ça est truqué. Et que c'est immonde. Alors il faut prévenir les gens et qu'ils prennent cette presse comme une distraction, c'est tout.
En vrai, vous passez votre temps à envoyer des mails ?
Non et non et non. Mon temps, je le passe à écrire, c'est tout différent. Et je fais aussi beaucoup la sieste. Pour dire toute la vérité. Et j'oublie le shopping, même si je n'achète rien j'aime regarder les beaux vêtements.
Connaissez-vous le livre "Le diable s'habille en Prada" ? Il décrit le milieu de la mode comme un monde futile où la taille de rigueur serait un 34-32...
Ce livre est fantastique, avec une limite, tout de même, je n'en peux plus de ces gens qui ne font que décrire un milieu. Il n'y a pas d'amour dans ce livre. Il n'y a qu'un règlement de compte, hilarant. Oui, les gens de la mode sont des caricatures, ils sont souvent incultes et mauvais coeur et tout ça, mais le travail d'un artiste c'est de transformer ça, pas de le livrer tel quel. Il faudrait un livre sur la grâce de ce monde, ce serait plus difficile, certes, mais ça serait aussi plus éternel.
Avec qui rêveriez-vous de collaborer ?
Ça, c'est facile : avec Polanski pour Fonelle, parce qu'il a l'élégance qu'il faut pour ça. Avec Henry Mancini s'il était encore vivant, c'est l'homme qui a fait la musique de tous ces beaux films avec Audrey Hepburn. Avec Woody Allen et puis en fait non, je préfère faire tout comme lui dans mon coin à la française.
L'émission avec Christophe Dechavanne sur les femmes est-t-elle un bon souvenir ?
Je n'ai gardé aucun souvenir. Sauf celui de Christophe faisant des blagues dans son bureau, son charme certains jours.
Vous vous voyez comment dans 5 ans ?
J'aurai 47 ans. Je me vois avec une maison quelque part dans le Sud, Italie, je pense. Ou Grèce. Je me vois voyager. Je me vois seule à écrire mais pas seule dans la vie, d'ailleurs je ne le suis pas. Je me vois en plein travail. Je me vois parlant anglais et italien.
Qu'est ce qui vous fait saliver chez un homme ?
Sa distinction. Sa bonne éducation. Sa grâce. Tout ce qu'il a en lui de subtil. Son talent s'il en a un. Son envie de vivre. Sa foi dans les femmes. Sa patience. Le fait qu'il n'ait pas peur des femmes. Un homme qui me dit qu'une fille est bonne, je m'en désintéresse sur le champ.
Vous croyez qu'on peut avoir plusieurs grands amours dans la vie ?
Eh oui, mais on a aussi le droit d'en avoir un seul. Ce n'est pas un échec si on aime plusieurs personnes. Toutefois, il faut avoir fait au moins une fois cette expérience, aimer une personne jusqu'à entrer en prière en la regardant. J'aime un homme et je vois son pouls battre sous ses paupières, parfois, je vois en lui en transparence je vois tout son mystère. Je l'aime, quoi. Si on ne connaît pas ça, c'est bien triste.
Prenez-vous au sérieux la critique littéraire ?
Je crois que c'est important, la critique. Rilke disait qu'il fallait s'en foutre. Mais maintenant, il y a la pub, donc il y a le mensonge, il y a la médiatisation, donc il y a la corruption, les amis d'amis, le copinage, les papiers de complaisance, donc la critique est nécessaire, sauf qu'elle est parfois elle-même régie par le copinage. Et puis, il y a tant de cas ou la critique a eu tort. Tant de cas.
Au fond Fonelle c'est un peu vous à minuit ?
Fonelle est forcément moi, mais je ne suis pas que ça. Mais attention, j'aime être ça. Ce que je préfère chez Fonelle, c'est son verbe, elle est un vrai tonton flingueur.
Votre expérience à Canal +, qu'en tirez-vous ?
Je n'ai maintenant plus besoin du regard des autres pour exister. Je l'ai eu, ce regard. En tout cas, je n'ai plus besoin du regard de tant de gens à la fois.
Que pensez vous de la mode actuelle ?
Je trouve que c'est très important, ce qu'on se met sur le dos. D'ailleurs, les moines font très attention, eux aussi. L'individu ne peut pas être nu. À partir de là, le vêtement me fascine. La mode actuelle, elle n'invente rien car tout a été inventé, pour le moment. Mais viendra un temps de nouvelles inventions, de nouvelles choses à réformer. J'ai une passion pour la mode et j'aime les films de Capra et de Blake Edwards aussi pour ça, pour la façon dont ils montraient les femmes.
Que pensez-vous des livres pour célibataires qui se dévorent entre deux stations le matin ?
C'est certes très narcissique, très complaisant, un piège et un miroir. Je préfère lire la vie de célibataire de Proust, personnellement.
Pour ne rien vous cacher, vous faites et vous vivez ce que nous aimerions vivre ! Ne serait ce que comme un fantasme ! Vous êtes un peu hors norme, "mai soixante-huitarde" diraient quelques amoureux des clichés ?..
Je suis hors norme parce que, quand je pense à des modèles féminins, je pense à Virginia Woolf, je pense à Georgia O'keefe, je pense à des femmes splendides et de grand talent. Le talent des femmes a été complètement nié. Elles-mêmes se niaient. Jane Austen écrivait et cachait ses manuscrits sous son oreiller. C'est tellement fantastique d'être une femme et de penser son épanouissement dans l'art. C'est tellement important que les femmes aillent dans ce domaine.
Le Elle Emmanuelle Béart 2005 (chaste) est il meilleur que la version 2004 ?
J'en sais fichtre rien. J'aime bien cette fille, elle est belle et a l'air d'avoir un monde à elle. Maintenant tout ça ne me fait un peu ni chaud ni froid. Je préférerais une couverture de Elle avec un bel homme, Clint Eastwood à 30 ans, par exemple. Ou Sagan.
Merci à tous. Sophie, un dernier mot pour les internautes ?
Merci à vous d'être venu butiner mes propos. Pour ceux qui ont l'oeil, j'ai une bronchite et donc personne ne doit juger ma mine sur son apparence aujourd'hui. En vrai, je suis sublime. Vous aurez rectifié de vous-même. Au revoir
En savoir plus
Pour mieux connaître Sophie Fontanel, lisez notre page de présentation du chat.
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