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Vie pro
19/09/2005
"Je me bats pour les femmes, car elles sont porteuses de vie"
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A 43 ans, Mona Chasserio décide de quitter foyer et famille pour vivre dans la rue. Deux ans plus tard, elle fonde Cur de Femmes, une association qui vient en aide aux femmes sans-abri. Dans "Coeur de Femmes, de l'inexistence à l'existence", elle raconte son engagement. |
Comment fonctionne l'association Cur de Femmes ?
Mona Chasserio C'est une grosse association, avec des équipes de rue qui vont à la rencontre des femmes, mais aussi des hommes. Ces volontaires travaillent les mains nus, c'est-à-dire sans rien à proposer. C'est le meilleur moyen d'instaurer une relation juste et équilibrée où peut s'installer la confiance. Nous possédons trois lieux d'accueil : la halte pour les femmes à la Gare de Lyon, qui est un lieu de survie, de passage. Elles y restent la journée et dorment à l'Hôpital d'Ivry ou à Crimée. Ensuite les femmes vont à la Maison. Là, elles font un travail individuel pour apprendre à se connaître à travers l'autre. Elles apprennent à manger autour d'une table, dormir dans un lit, s'occuper des tâches ménagères et s'occuper d'elles-mêmes, de leur beauté, de leur corps. Elles participent aussi à des ateliers de création, pour permettre à l'inconscient de s'exprimer. Enfin, l'étape ultime, c'est la péniche "Les jours heureux" à Neuilly. Elle représente le retour à l'autonomie.
Il se crée des liens très forts entre les femmes et les accompagnantes, car ce sont des lieux de vie, pas des lieux de passage.
Comment a-t-elle été créée ?
Il y a 15 ans, j'ai été la première à choisir de m'occuper des femmes. A l'époque, on ne parlait pas des femmes, mais des exclus, hommes et femmes mélangés. Il y avait beaucoup moins de femmes que d'hommes dans la rue. La première maison Cœur de femmes a ouvert ses portes en 1993. C'était un grand squat que nous avait donné le Président de la SNCF à la demande de l'Abbé Pierre. Il n'y avait aucun confort. Nous ne fonctionnions qu'avec la solidarité : Emmaüs nous a donné des matelas, l'armée des couvertures, nous mangions des raviolis, des pâtes…
Progressivement, tout s'est construit pierre par pierre, année après année.
Y a-t-il plus de femmes qu'avant dans la rue ?
Il y en a beaucoup plus qu'à la création de l'association. Les nombreuses campagnes contre les violences conjugales ont incité les femmes battues à quitter leur domicile. Beaucoup se retrouvent ainsi à la rue.
Mais une fois partie, il faut bien les accueillir quelque part.
Quel est l'objectif de Cœur de femmes ?
Ce n'est pas une simple assistance matérielle. Le but de Cur de Femmes est de s'occuper du noeud que chaque femme porte en elle pour lui permettre de renaître. Nous voulons que les femmes découvrent vraiment qui elles sont au fond d'elles-mêmes. Chaque personne a un potentiel pour être quelqu'un, nous l'aidons à se révéler.
Pourquoi avoir choisi d'aider les femmes en particulier ?
J'ai grandi dans une famille matriarcale bretonne. Du fait de mon éducation, il était pour moi impensable que les êtres qui donnent la vie puissent vivre dans la rue. Par ailleurs, je préférais que les lieux d'accueil ne soient pas mixtes, car en présence d'hommes, les femmes sont dans une relation de séduction. Il ne faut pas de regard extérieur pour que les femmes puissent se découvrir vraiment.
En quoi la rue est-elle plus difficile pour les femmes que pour les hommes ?
Par nature, la femme représente l'intérieur, la maison, tandis que l'homme incarne l'extérieur. La vie dans la rue est donc beaucoup plus difficile pour une femme. Les femmes sont plus vulnérables, elles sont en danger permanent. La féminité est remise en question : comment se laver et prendre soin de son corps dans la rue ? Souvent, les femmes sont seules avec leur paquet dans des petits recoins, tandis que les hommes se regroupent. Si elles intègrent un groupe, elles savent qu'elles peuvent être violées ou frappées à tout moment par des hommes alcoolisés. De plus, les femmes dans la rue sont plus fragiles psychologiquement, elles essaient d'oublier que leurs enfants ont été placés par exemple...
Pourquoi avez-vous décidé de vivre dans la rue ?
Ce n'est pas vraiment une décision, c'est plutôt de l'ordre de l'appel mystique. Je ne me suis pas posée de questions, j'ai simplement compris un jour que mon métier, à caractère scientifique, consistait à traiter le mal en surface, alors qu'il fallait en chercher la source. Aujourd'hui, je n'ai absolument pas envie de revenir à ma vie confortable d'avant, je préfère rester dans la vérité des gens. Pour moi, l'important, c'est être, pas avoir. C'est une chance de trouver qui l'on est vraiment.
Que vous apporte Cœur de femmes ?
J'ai appris la nature humaine. J'ai l'impression de me battre pour des femmes qui souffrent. Comme Nicolas Hulot qui se bat pour la terre, le Commandant Coustaud qui s'est battu pour la mer, je me bats également pour ce qui est porteur de vie. Les femmes ne doivent pas oublier qu'elles sont mères avant tout. Je suis à ma place, c'est tout. C'était mon destin d'aider les autres. Je vois le monde différemment, j'essaye de transmettre quelque chose.
Quels sont vos projets pour Cur de Femmes ?
Maintenant que les fondements de l'édifice sont posés, je mets en route d'autres maisons à Guérande et à Besançon. Je travaille également sur un projet à l'échelle européenne pour les femmes qui vivent dans les grandes gares : Londres, Berlin, Prague. Chaque ville aura besoin de sa forme propre pour accueillir les femmes. Dans chaque lieu, il faut trouver la solution adaptée...
Association Coeur de femmes
La Maison Coeur de Femmes, 77 rue du Château des Rentiers 75013 Paris
Tel : 01 45 83 52 72
La Halte Femmes, 18 Passage Raguinot 75012 Paris
Tel : 01 43 44 55 00
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