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Psycho
01/10/2005

" Le shopping est une source de plaisir, de fierté et d'apaisement"

Avis aux lectrices atteintes de la fièvre acheteuse. Psychologue clinicien et auteur de "J'achète (trop) et j'aime ça", Claude Boutin décrypte ce qui se cache derrière certains achats impulsifs.

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EN SAVOIR PLUS

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Claude Boutin Le shopping est pour moi une réelle passion, un grand plaisir. Dès qu’il s’agit d’acheter des vêtements ou des souliers, j’en oublie le temps qui passe et parfois même la faim. En bref, j’aime ça ! Un jour, une vendeuse me saisit par le bras, et me dit d’un ton anxieux : 'Claude, toi qui travailles auprès des joueurs excessifs et qui as écrit un livre sur le sujet, est-ce que tu connais un livre qui traite des acheteuses compulsives ? Je perds parfois le contrôle, et il m’arrive d’acheter des tonnes d’inutilités !' Vous devinez la suite. Je me suis donné pour mission d’écrire un ouvrage simple, sympathique, mais surtout valorisant. Je l’ai écrit avant toute chose pour me faire plaisir !

Acheter beaucoup, est-ce vraiment une pathologie ? N'est-ce pas simplement de la frivolité ?
Pour la très grande majorité des gens, la consommation relève de la frivolité, pas de la pathologie. Franchement, qui a besoin d’un vêtement griffé, ou d’une montre de collection ? Personne. Pourtant, certains vont à l’étranger dans le but de dénicher le dernier article mode Prada ou la dernière pièce de collection Cartier. Ces gens consomment beaucoup, mais ils ne sont pas nécessairement malades pour autant. Plusieurs apprécient le beau, le bon, le différent, et le suprême ! Je suis d’avis que le shopping, lorsqu’il est fait à la mesure de ses moyens, est une activité de loisir comme le golf, le ski alpin, ou la lecture. Mais, comme il procure une source de plaisir, de fierté, et d’apaisement, le shopping peut devenir une dépendance. Et de cela, il faut s’en préoccuper.

Cette dépendance est donc bien réelle ?
Quelques études s’entendent pour dire qu’il y aurait environ 1 % de la population générale qui serait aux prises avec un problème d’achats compulsifs, dont 80 à 95 % seraient des femmes. Cela explique pourquoi mon livre s’adresse plus spécifiquement aux femmes. Mais, qu’est-ce qu’une dépendance ? À partir de quand  'j’achète trop' devient-il trop ? La frontière entre la passion et la pathologie est souvent difficile à tirer. Cependant, il existe trois repères simples qui sont une sonnette d’alarme. Une personne risque de développer un problème lorsqu’elle pense de plus en plus souvent à ses achats. Certains spécialistes parlent alors d’obsession envers les achats. En plus d’être préoccupée par ses achats, la personne dépendante perd de plus en plus le contrôle : elle achète pour acheter. Elle se retrouve rapidement dans un paradoxe qui lui fait vivre une forte culpabilité, mais elle se sent incapable de résister à ses envies d’acheter.

Comment prendre conscience de cette dépendance ?
Votre budget est probablement le repère le plus simple : ça ne ment jamais ! Mais, puisque tout n’est pas qu’une question d’argent, d’autres indices existent. Avez-vous commencé à mentir à propos de vos achats ? Vous sentez-vous coupable d’acheter ce que vous achetez? Vous arrive-t-il de regretter certains achats au point de les cacher, les donner ou même les jeter ? Avez-vous de la difficulté à refuser les offres postales ? Certains proches vous sermonnent-ils quant à vos achats ? Et, au fond de vous, ressentez-vous un malaise quant à votre propre façon de consommer ? Dès que le shopping fait vivre une détresse personnelle, il y a lieu de croire qu’il est devenu problématique.

L'achat compulsif est-il un phénomène typiquement féminin ?
Comme je l'ai dit, il y a davantage de femmes que d’hommes aux prises avec un problème d’achats. Il importe toutefois de réaliser que la socialisation des femmes passe souvent par le shopping : c’est une activité prisée dès le plus jeune âge par une grande majorité d’adolescentes. Cela pourrait expliquer une plus grande vulnérabilité. Les femmes consomment différemment des hommes. Elles se tournent davantage vers de petits objets qui rehaussent l’image du corps : souliers, parfums, bijoux, etc. Pour leur part, les hommes privilégieraient les objets fonctionnels (outils, chaises, voitures, etc.). Cela étant dit, il existe de tout, il serait donc dommage de s’en tenir à ses généralisations.

Quelle est la nature du plaisir que procure un achat ?
Le plaisir est une dimension encore mal définie. Dans mon livre, chaque acheteuse a la possibilité d’identifier son style, et ainsi de mieux comprendre ce qui la pousse à consommer. Pour certaines acheteuses sensuelles, le plaisir du shopping relève presque par moment de l’orgasme. Elles en deviennent étourdies de plaisir. Les acheteuses raffinées y trouvent un plaisir s’apparentant davantage à la fierté. Quant aux acheteuses intenses, elles profitent d’un répit à leur insécurité par le biais des achats. Évidemment, une personne qui ressent physiquement l’émotion du plaisir lorsqu’elle fait des achats sera davantage portée à en faire d’autres. Les gens aiment cette sensation de plaisir, ils veulent donc la reproduire.

Quelles en sont les conséquences négatives ?
Les conséquences aux achats compulsifs peuvent devenir très lourdes. L’endettement, les emprunts, les mensonges, la honte, la culpabilité, les pertes d’amis, l’éclatement familial, l’insomnie, la saisie des biens, la négligence parentale, et les paniques en sont des exemples. Malheureusement, les possibilités de crédits retardent parfois l’explosion du problème, et font même qu’il empire. La honte entraîne le repli sur soi. Les acheteuses compulsives n’ont pas tendance à en parler ouvertement. Pourtant, ce problème n’est pas plus honteux qu’un problème d’alcool ou de jeu. C’est en brisant le mur du silence qu’on augmente les chances de rompre le cycle des conséquences négatives.

Existe-t-il un profil type de l'acheteuse ?
Si on se laisse aller à généraliser, il semblerait que l’acheteuse compulsive typique aurait entre 30 et 40 ans. Son problème aurait débuté à l’adolescence, et il serait devenu chronique depuis une dizaine d’années. Son impulsion d’acheter durerait à chaque fois environ une heure. Selon ce profil, cette acheteuse utiliserait peu les biens qu’elle achète avec ses multiples cartes de crédit. Elle aurait tendance à faire les boutiques en solitaire, et à faire plusieurs cadeaux. Ses achats lui serviraient souvent à combattre une humeur triste. Évidemment, beaucoup d’autres profils existent.

Comment résister aux achats impulsifs ?
Dans mon livre, la lectrice apprend à différencier les sentiments et émotions qui la dominent pour mieux résister aux futurs achats impulsifs. Par le biais d’un petit test, l’acheteuse identifie son style. Elle se fait même offrir une carte de répit qui lui résume l’essence de son profil, des émotions dont elle est accro, et des sentiments qui la ramènent sournoisement vers les magasins. Il existe trois cartes de répit : la diva, la plaisir express, et la plaster card. Ces cartes aident l’acheteuse à résister aux impulsions d’acheter.

Quel genre d'acheteur êtes-vous ?
Je suis un grand passionné de shopping lorsqu’il s’agit de vêtements et de chaussures. Pour le reste, je suis tout ce qu’il y a de très raisonnable. Selon mon test, je suis un acheteur sensuel et raffiné : j’ai du plaisir à porter de belles choses. Mais, j’ai encore plus de plaisir à communiquer avec vous, et vos lectrices !

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