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Famille
04/11/2005
"N'installez pas d'ordinateur dans la chambre de votre enfant"
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Présidente et fondatrice d'Action Innocence, Valérie Picavet-Wertheimer vient d'être élue Femme de Coeur 2006 par le collectif des Femmes en Or. Depuis six ans, elle milite pour préserver l'intégrité des enfants sur internet. |
Vous allez bientôt recevoir le Trophée Femmes en or 2006. Qu'est-ce que cela représente pour vous ?
Valérie Wertheimer D'un point de vie personnel, c'est très gratifiant. Et puis, c'est la reconnaissance du travail de toute une équipe. Mais c'est surtout un énorme coup de pouce pour l'association Action Innocence. Cela permet de parler d'un problème qui est encore un sujet frileux, tabou.
Quelle est la mission de l'association ?
Action Innocence lutte contre la pédophilie et la pornographie. Son but : redonner aux enfants leur dignité et leur intégrité sur internet. Nous voulons faire savoir qu'internet n'est pas un média anodin. Il ne s'agit pas de le diaboliser, simplement de lui redonner ses lettres de noblesse. Pour cela, il faut prévenir les utilisateurs, apprendre aux enfants quels sont les dangers et les avantages d'Internet.
Pourquoi avoir décidé de créer Action Innocence ?
En 1997, je passais des vacances en Thaïlande. J'étais alors une mère de famille comblée. Pendant mon séjour; j'ai vu beaucoup d'enfants de 8, 9 ans qui circulaient dans les hôtels. Naïvement, j'ai demandé ce qu'ils faisaient là, et l'on m'a répondu qu'ils attendaient des touristes européens qui les avaient contactés par le biais d'internet. Lorsque je suis rentrée chez moi, j'ai décidé de donner un nouveau sens à ma vie et de me pencher sur le problème d'Internet.
Quels sont les dangers d'internet ?
Internet est un accélérateur de délits sexuels. Par exemple, lorsqu'un enfant chatte sur le net, il devient vite copain. Il faut donc lui faire comprendre que tout n'est pas vrai, que la personne qui est derrière l'autre écran peut mentir, se faire passer pour quelqu'un d'autre. Parfois, cette personne lui donne un rendez-vous. Il faut savoir qu'un enfant sur cinq est confronté à quelqu'un qui l'interpelle à des fins sexuelles. Il vaut donc mieux prévenir que guérir.
Les parents sont-ils suffisamment informés ?
Non. Contrairement aux enfants qui sont nés avec ces outils modernes et savent très bien s'en servir, les parents ne sont pas nés avec la technologie. Ils ne sont donc pas au courant des dangers que représente Internet.
Avez-vous des conseils ?
De la même manière qu'ils répètent à leur enfant depuis son plus jeune âge qu'il ne doit pas accepter un bonbon d'un inconnu dans la rue, les parents doivent le prévenir des dangers d'Internet. Il faut bien lui expliquer
qu'il ne doit en aucun cas communiquer son nom, son adresse, ses coordonnées personnelles, et qu'il doit bien faire attention à l'utilisation de la webcam. Pourquoi ne pas établir une charte, fixer des horaires et faire une liste des sites autorisés ? Par ailleurs, les parents ne devraient pas installer un ordinateur dans la chambre de leur enfant, car cela lui permet de rester connecté 24 heures sur 24. Enfin, le dialogue est indispensable. Un enfant de 6 ans qui découvre une scène pornographique peut être traumatisé. Il faut donc en parler avec lui.
Quelles sont les actions d'Action Innocence ?
Nous intervenons dans les écoles auprès des enfants pour leur parler des dangers du net. Nous faisons également beaucoup de prévention avec les parents, en participant aux foires, aux expos, en organisant des conférences en entreprise entre midi et deux heures. Nous avons également tout un volet technologique depuis un an : nous avons établi un recensement de tous les filtres existants, en les classant selon leur rapport qualité-prix.
Vous utilisez également les médias...
Effectivement. Nous avons lancé une grande campagne médiatique depuis le début du mois de novembre, diffusée à la télévision, au cinéma, dans la presse et sur Internet. Pour cette campagne, nous avons choisi le thème du masque, particulièrement parlant pour un jeune. C'est un symbole destiné à leur faire comprendre que derrière internet, des personnes malveillantes peuvent se cacher et se faire passer pour des ados.
Que pensez-vous de la tendance des blogs ?
A la base, c'est une tendance plutôt sympathique. Ces journaux intimes peuvent aider certains jeunes à communiquer. Cela permet une certaine ouverture, un échange. Mais il se passe parfois des choses désagréables, notamment dans les commentaires que peuvent déposer les internautes. Car les jeunes peuvent être très cruels entre eux. Internet leur offre la possibilité de communiquer avec agressivité. On constate des dérives épistolaires, des insultes. Le blog est une mise à plat de sa personnalité, il faut donc prendre des précautions.
Quels sont vos projets pour Action Innocence ?
Continuer à faire de la prévention, faire bouger un peu plus les gouvernements. Il faut que cela devienne une priorité. On ne peut pas laisser faire n'importe quoi au nom de la liberté d'expression. Nous réclamons la mise en place d'une réglementation, car Internet est comme une grande autoroute, mais sans code de la route.
En savoir plus
Le site d'Action Innocence www.actioninnocence.org
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