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Luxe
27/05/2006

"Avec un vêtement vintage, on est sûr d'avoir un modèle véritablement unique."

En 30 ans de carrière, Didier Ludot s'est imposé en véritable expert du vintage haute couture. Créateur et négociant à la fois, il partage sa passion pour les vêtements porteurs d'histoire.

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Comment en êtes-vous arrivé à ouvrir votre boutique de vintage haute couture ?
Didier Ludot : J'ai baigné dans la couture dès l'enfance. Ma mère et mes grands-mères étaient des femmes élégantes, qui gardaient tous leurs vêtements. Nous vivions dans une grande maison de province où une pièce entière était consacrée aux smokings des grand-pères, aux habits de mariage, etc. Petit, j'ai appris à connaître les sacs perlés 1925, les robes brodées de mes grandes tantes. J'accompagnais aussi régulièrement ma mère chez la couturière : on ne faisait évidemment pas de la haute couture mais on imitait les collections de l'époque. On choisissait les toiles, les tissus ensemble. J'ai toujours été bercé là-dedans. Puis à 30 ans, je me suis installé ici au Palais Royal.

A partir de quel moment peut-on considérer une pièce comme étant du vintage ?
J'ai une définition très personnelle du vintage. Pour moi c'est avant tout un terme qui vient de l'oenologie, qui fait référence à grand cru. Un vêtement vintage est une pièce de grand cru : il peut être très récent tant qu'il est représentatif d'un moment de mode, du style du créateur. Il doit aussi être dans son état originel. Je considère les créations de Jean-Paul Gauthier d'il y a 2 ans -quand il a fait ses robes drapées ou ses bustes en masque africain - comme des pièces vintage. Pour moi, un vêtement vintage est un vêtement qu'il faut conserver, que ce soit dans un musée, dans une collection ou dans son placard. J'achète donc aussi des robes des toutes dernières collections comme les pièces d'Olivier Theyskens pour Rochas, ou encore les robes de Viktor & Rolf.

Qui sont vos clientes ?
Ma clientèle est essentiellement japonaise, et pour la haute couture, italienne ou américaine. Je n'ai pas trop de clientes françaises… Je travaille également avec les musées ou les maisons de couture qui veulent racheter leurs anciens modèles. Et c'est sans oublier les actrices américaines : la robe portée par Reese Witherspoon aux derniers Oscars venait d'ici ; quelqu'un vient de passer chercher un manteau pour Sofia Coppola...

Comment expliquez-vous cet engouement des Américaines pour le vintage haute couture ?
Les Américaines sont moins coincées que les Françaises. Elles osent plus. Sans compter qu'elles aiment bien s'acheter un peu de patrimoine français. Avec les vêtements vintage, on est sûr d'avoir un modèle véritablement unique. Quand Reese a porté la robe Dior 1955, il n'y en avait pas 2 comme elle. Alors qu'il y a 3 ans, Chanel lui avait prêté une robe qu'ils avaient fait porter, l'année précédente, par une autre…

Quelles pièces recherchent vos clientes ? Y'a-t-il des créateurs plus demandés que d'autres ?
Les Américaines achètent surtout du Givenchy ou du Balenciaga car ces griffes correspondent à leur image de la princesse à l'américaine : Jackie Kennedy. Les Japonaises et les Anglaises achètent plutôt du Cardin ou du Courrèges, très sixties. Les Américaines du Sud et les Italiennes optent en général pour des choses plus baroques, plus brodées parce qu'elles ont plus de culot que les autres ! On vend aussi de plus en plus de robes de mariées : les femmes ne sont plus intéressées par les robes à manches ballons, elles veulent des pièces uniques !

Comment vous procurez-vous toutes ces pièces ?
Vous savez, je suis ici depuis bientôt 31 ans, les dames qui veulent se séparer de leurs robes savent où me trouver. Je ne démarche plus les clientes. J'ai des clients très différents du petit jeune homme venu vendre les robes de sa grand-mère aux femmes qui revendent leurs sacs griffés pour pouvoir s'acheter les nouveaux modèles...

N'avez-vous jamais pensé à faire du vintage pour hommes ?
J'en fait très peu car les belles pièces sont très diffciles à trouver : en général les hommes usent leurs vêtements jusqu'à la corde ou alors on trouve des modèles pour de petits hommes ventrus. Il y a là un vrai créneau. J'aimerais faire du vintage homme avec ce que je vend en parallèle pour la femme. Mais si c'est pour acheter des stocks de veste en tweed anglais, ce n'est pas très intéressant. Il faudrait trouver des vêtements très marqués, très représentatifs d'une époque mais ils sont extrêmement rares.

Est-ce que le vintage rend les tenues de créateurs ou la haute couture plus accessibles?
Oui, en achetant une pièce vintage, vous pouvez vous acheter un très beau vêtement pour le prix d'une création de qualité moyenne maintenant. Pour vous donner une idée : si vous achetez un tailleur Chanel 1960, vous aurez une tenue que vous seule posséderez pour le prix d'une petite veste de la maison actuellement en vente et diffusée dans le monde entier. Il y a un côté exclusivité très recherché : la nouvelle génération a un vrai sens de la qualité, elle sait comparer les pièces. Il vaut mieux acheter une robe vintage Patou à 450 euros que d'acheter une robe de créateur qui sera faite en usine.

Mais au final quel est réellement l'intérêt du vintage ?
Pour les petits budgets, le vintage est le moyen de se procurer des pièces d'une qualité rare, que l'on aurait jamais pu se procurer. Une jeune fille qui chine sur les brocantes de province peut se trouver un manteau années 1960 bien coupé, un prêt-à-porter d'époque très bien fait. Elle y investira 100 euros alors que dans la grande distribution, elle aurait eu, à ce prix, une "cochonnerie". La qualité est réellement différente. Il y a aussi un côté trésor dans le vêtement vintage : ce n'est pas une pièce qui va se démoder vu qu'à la base, elle n'est plus à la mode ! Une création vintage prend vite une place de "basique" dans une garde-robe : si l'on achète une robe 3 trous à la Jackie Kennedy, on peut la ressortir tous les ans en changeant ses chaussures, ses accessoires. Et puis, les gens se raccrochent au passé, ça les tranquilise !

Parmi les créations que vous avez pu acquérir, laquelle fait l'objet de votre plus grande fierté ?
Je crois que ce serait les robes drapées de Madame Grès. J'avais consacré une exposition à ses robes des années 1950 à 1980. J'avais trouvé cela passionnant de voir comment le style d'un créateur peut évoluer. Son style était réellement unique.

En marge de vos activités vintage, vous avez lancé votre propre griffe. Pourquoi ?
C'était l'évolution naturelle de mon métier. Sans compter que j'aime faire des choses nouvelles. En 1996, j'ai organisé une exposition sur la petite robe noire pour laquelle on avait réédité des robes. C'était un concept qui m'appartenait alors je me suis dit qu'il valait la peine de l'étendre. En 1999, nous avons donc lancé la première collection de la griffe "Didier Ludot Palais Royal à Paris". En contre-partie, je n'avais pas envie de me perdre en faisant des tailleurs, des manteaux. Il fallait quelque chose de plus fort, pour avoir une boutique spécialisée dans un seul vêtement. La petite robe noire s'y prêtait parfaitement. On est aujourd'hui diffusé à New-York, à Milan ou à Tokyo, dans des boutiques un peu pointues, spécialistes du luxe.

Pourquoi avoir fait de la petite robe noire, la pièce centrale de votre griffe ?
Simplement parce qu'il fallait se restreindre un peu… Quand je vais voir une garde-robe pour récupérer des pièces, j'ai toujours une cliente pour me dire " Oh non ! Ca c'est ma petite robe noire, je ne veux pas m'en séparer ". La petite robe noire est un trésor, il y a un véritable attachement pour cette pièce chez bon nombre de femmes. En plus c'est un vêtement qui concerne tous les âges, tous les milieux sociaux. Elle concerne d'ailleurs aussi bien les hommes que les femmes car les hommes ont toujours le souvenir d'une actrice qui les a fait fantasmer dans un film, de leur mère quand ils étaient jeunes, d'une femme qu'ils ont aimée. Bref, tout le monde est concerné. Et évidemment, la petite robe noire est aussi la quintessence du chic parisien…

Vos modèles s'inspirent de créations très classiques. Pourquoi avoir opté pour cette sobriété ?
Ce sont des robes d'inspiration 50, très couture de cette époque. Pour moi, elles n'ont rien de classique ! Et puis, il y a des finitions faites mains, des doublures de dentelle, des noeuds de satin. Nos créations comportent une certaine sophistication qu'on ne trouve plus actuellement. On reste évidemment influencé par ce que l'on vend et en ce moment, la tendance est aux années 1950. On ne restera cependant pas fixé sur cette période : la collection peut complètement changer d'une saison à l'autre. On fait chaque année 13 robes, un manteau et un boléro pour les robes décolletées et c'est très bien ainsi. Cela nous permet d'évoluer facilement.

Quels sont vos projets à venir ?
Des expositions, tout d'abord car c'est cela qui est amusant. Je mets actuellement en place une exposition Balenciaga qui se tiendra tout au long du mois de juillet. Elle fera pendant à l'exposition Balenciaga de la rue de Rivoli pour laquelle j'ai prêté quelques pièces. Je me suis dit qu'exposer au Palais Royal serait un bon moyen de prolonger la promenade. Je m'apprête également à faire une exposition à Moscou sur la petite robe noire : on va présenter nos collections tout en faisant une rétrospective des années 1926 à nos jours. Il y aura aussi une exposition consacrée aux 20 ans de Christian Lacroix, l'an prochain, dans un musée de province...

Organiser des expositions est quelque chose qui vous tient réellement à coeur ?

Oui car, j'ai une très grande collection personnelle et les expositions sont le seul moyen de la montrer. Pour le moment, les créations sont en réserve et personne n'en profite. On ne doit pas être loin des 1 000 ou 1 200 pièces en magasins et pour ma collection privée, je ne suis pas sûr mais je dois être à 5 000 modèles. Les expositions sont donc l'occasion de redécouvrir les pièces, c'est toujours agréable. Sans compter que je peux vous faire une exposition sur n'importe quoi...

En savoir plus
Le site : www.didierludot.com
Les boutiques
:
Vintage Haute Couture
20-24, galerie Montpensier
Paris 1er. Tel : 01 42 96 06 56
La petite robe noire

125, galerie de Valois
Paris 1er. Tel : 01 40 15 01 04


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