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Interview
Octobre 2006
"En mer, je ne suis plus une femme, je suis un marin"
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A 26 ans, Cécile Poujol participe à sa première Route du Rhum sur un Class 40. Déterminée, cette jeune navigatrice nous parle de sa passion pour la mer et de ses projets. |
Participer à la Route du Rhum, c'est un rêve d'enfant ?
Cécile Poujol Pas du tout ! Depuis que j'ai participé à la Mini Transat en 2003, je n'ai qu'une seule envie : recommencer. Mais
la Route du Rhum n'est pas un but en soi. C'est certes une course extraordinaire, mais elle ne l'est pas plus que les autres. Simplement, elle est beaucoup plus médiatisée. Pour moi, il s'agit surtout d'une préparation pour mon tour du monde en solitaire en 2007.
D'où vient votre passion pour la voile ?
Cette passion est née lorsque j'avais 10 ans, sur la presqu'île de Giens. C'est un grand-père chez qui je passais mes vacances qui me l'a transmise. C'était en réalité pour moi une découverte de la mer, de la baignade... Et j'ai trouvé que la voile était un bon moyen de profiter de la mer, alors je m'y suis mise.
Comment avez-vous appris à naviguer ?
J'ai appris à droite à gauche. J'ai fait des stages dans des écoles de voile
puis j'ai passé mon Brevet d'Etat d'Educateur Sportif à l"Ecole Nationale de Voile de Quiberon en 2001. J'ai commencé à courir au large en 2002.
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"Quand on est marin, le danger, on le connaît"
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Comment vous préparez-vous à la Route du Rhum ?
Tout d'abord, je cherche des sponsors. Il y a également la construction du bateau, dessiné sur mesure. Sans oublier la préparation physique : je travaille avec Pascale Gay, une ancienne basketteuse professionnelle aujourd'hui préparatrice mentale et physique pour les athlètes de haut-niveau. Je dois également penser aux réserves de nourritures et optimiser l'alimentation en fonction de mes besoins. Actuellement je goûte des produits lyophilisés.
Parlez-moi de votre bateau...
C'est un Class 40. C'est une nouvelle catégorie de bateau, intermédiaire entre le mini et le 60 pieds. Il mesure 12,50 m de long sur 4,40 m de large, avec des voiles de 19 m de haut. L'utilisation des matériaux est restreinte car nous devons limiter les coûts.
Le danger, la solitude... Ça ne vous fait pas peur ?
Quand on est marin, le danger, on le connaît. Nous ne sommes pas suicidaires. Nous connaissons les risques et nous essayons de les anticiper au mieux. Je possède une pharmacie à bord, je m'attache pour ne pas tomber à l'eau... Quant à la solitude, je ne la ressens pas vraiment. Car je suis très soutenue dans mon projet, même si je suis seule sur mon bateau. Et puis quand on est en course, on est très occupé. Alors la solitude ne me pèse pas.
Qu'est ce qui vous manque le plus quand vous êtes en mer ?
La salade verte... Sans rire, il me manque quelque chose de frais qui croque sous la dent. Et bien sûr, ce qui me manque par dessus tout, c'est le sommeil. Je dors environ 4 heures et demi par 24 heures, par session de 17 minutes !
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"Je dors 4 heures et demi par 24 heures"
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Qu'est-ce que ça change d'être une femme ?
Ça ne change pas grand chose. Mon bateau est identique à celui d'un homme. Sur terre, je suis une femme, mais sur l'eau, je suis un marin avant tout, et je fais avancer mon bateau. J'ai peut-être moins de force physique mais j'ai plus d'endurance. Le plus dur pour moi, c'est de grimper en haut du mat. Et puis il n'y a pas que le physique qui compte, il faut aussi réfléchir.
Quels sont les navigateurs que vous admirez ?
Les femmes surtout, à l'image d'Isabelle Autissier ou Ellen MacArthur.
Mais ce n'est pas vraiment de l'admiration. Je trouve simplement qu'elles ont fait une belle carrière, qu'elles sont allées au bout de ce qu'elles ont entrepris, et pour cela, je leur tire mon chapeau.
Quel est votre plus beau souvenir en mer ?
Il y en a beaucoup ! Mais le meilleur moment, c'est lorsque le bateau avance à fond la caisse, quand le vent vient de derrière et que le bateau surfe sur les vagues. Cela provoque une sensation de plaisir, une montée d'adrénaline car je sais que je suis proche de mes limites, mais aussi de celles du bateau. La concentration est alors extrême, c'est grisant.
Voir aussi Le projet de Cécile Poujol en images
En savoir plus
Sur le site de Cécile Poujol www.cecileenmer.com
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