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Interview
24/11/2006

Fanny Cohen-Herlem : "Adopter, c'est donner des parents à des enfants, pas l'inverse !"

Fanny Cohen-Herlem, psychiatre, a répondu à toutes vos questions sur l'adoption lors d'un chat en direct. Au programme : démarches administratives, informations pratiques et conseils pour faire face aux difficultés que rencontrent les parents.
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Quelles sont les difficultés que rencontrent les parents en adoptant ?

Fanny Cohen-Herlem C'est une vaste question ! Les difficultés tiennent à la mise au clair pour les postulants quant à leurs motivations et ensuite à la question des enfants adoptables !

Où se passe la première rencontre avec l’enfant ?

Cela dépend si vous adoptez à l'international ou en France. En France, pour les tout petits, la rencontre se fait à la pouponnière. Pour les plus grands, elle a lieu en général dans la famille d'accueil ou dans l'institution où ils sont placés. A l'international, cela dépend du pays où vous irez.

Un enfant peut-il être adopté dès les premiers jours de sa vie ?

En principe non, au moins pour les pays ayant signé la Convention de La Haye. Les parents de naissance ont en général un temps qui leur permet de revenir sur leur déclaration d'abandon de l'enfant. Ce temps est en général de deux mois comme c'est le cas en France.

 

Fanny Cohen-Herlem
"En France, l'adoption ne coûte rien !" Photo © Cécile Debise L'Internaute

En France, les célibataires peuvent-ils adopter des enfants ?

Oui, la Loi autorise l'adoption des célibataires qui ont plus de 28 ans.

Que faire si l’enfant rejette un de ses parents adoptifs ?

Il faut essayer de comprendre ce dont il est question. S'agit-il d'un enfant adopté depuis longtemps ou bien d'un enfant qui vient d'arriver à son nouveau foyer ? En général, quand le (s) parent (s) ressent(ent) un rejet, le mieux est de consulter pour comprendre avec l'enfant et le praticien ce qui est en train de se passer.

Quand un enfant rejette ses parents adoptifs, est-ce lié au fait qu'il ne sache pas assez d'éléments sur sa famille biologique ?

Je pense que cela n'a rien à voir !

Alors pourquoi un enfant rejette-t-il ses parents adoptifs ?

La question du rejet est très complexe. Il faut savoir comment les parents ont préparé leur adoption, comment l'enfant a lui aussi été préparé. Il faut que les parents aient conscience avant d'adopter des difficultés possibles qu'ils rencontreront. Il n'y a pas de réponse unique, mais des situations particulières et donc des solutions au cas par cas !

Combien coûte une adoption à l'étranger et en France ?

En France, l'adoption ne coûte rien ! A l'étranger, cela dépend des pays. Il faut savoir que dans les pays ayant signé la Convention de La Haye, les coûts sont encadrés. Vous ne devez payer que ce qui est prévu. A savoir : les avocats si besoin, et un don à l'orphelinat quand l'enfant est devenu le vôtre légalement. Le montant du don doit être connu avant et vous devez demander un reçu. L'Agence Française de l'Adoption doit pouvoir répondre plus précisément à cette question. Vous pouvez aller également sur le site de la Mission de l'Adoption Internationale : www.diplomatie.fr/mai

Y a- t-il un âge maximum pour adopter ?

Légalement, il n'y a pas de limite d'âge. Mais, les professionnels pensent qu'il vaut mieux que l'écart d'âge entre les parents et les enfants ne soit pas trop important, par exemple s'ils ont l'âge d'être leurs grands-parents... En revanche, certains pays ont des exigences sur ce point précis.

Que sait-on de l’enfant qu’on adopte ?

Cela dépend du pays de naissance de l'enfant. En France, la mère de naissance peut laisser des éléments non identifiants concernant l'histoire de l'enfant et elle-même. Certaines femmes accouchent sous X et peuvent donc ne rien laisser. A l'étranger, certains pays tentent de faire des dossiers sur les enfants concernant leur histoire. Au total, cela dépend à la fois des structures d'accueil du pays et des modalités d'abandon de l'enfant.

Entre la demande d'adoption et l'adoption en elle-même, combien de temps peut-il s'écouler ?

En France, il y a peu d'enfants adoptables donc cela prend du temps. La démarche d'agrément dure déjà neuf mois. Ensuite vous devrez attendre... A l'étranger, cela dépendra de votre projet. Si vous voulez adopter un tout petit en bonne santé, il vous faudra être patient car il n' y en a pas beaucoup ! Certains pays n'ont même pas d'enfant en bas âge adoptable. En général, il faut attendre entre un et deux ans, sauf si vous adoptez une fratrie, un enfant grand ou un enfant dans un cas particulier.

Quel est l'âge d'un enfant que vous dites "grand"?

Normalement plus de trois ans. Mais pour l'étranger c'est plutôt plus de cinq ans.

Auriez-vous des idées d'ouvrages ou d'associations vers lesquels je puisse m'orienter afin de mûrir mon projet d'adoption ?

Vous pouvez toujours commencer par mes ouvrages en vente dans toutes les grandes libraires. Pour les connaître, rendez-vous sur le site de mon éditeur : www.editionspascal.com. Pour les associations, dirigez-vous vers "Enfance et famille d'adoption" (EFA) (www.adoptionefa.org) qui a des contacts partout en France. Et pour parler avec des professionnels vous pouvez venir à l'Arbre Vert, à Paris dans le XX e.

Fanny Cohen-Herlem
"Les origines ne sont pas que physiques" Photo © Cécile Debise L'Internaute

47 ans, mariés, 2 grands enfants, sommes-nous, dans une situation favorable pour adopter facilement un enfant ?

Vous ne serez pas prioritaires sauf si vous vous dirigez vers l'adoption d'un enfant grand ou "à besoins spéciaux", ou encore d'une fratrie.

Est-ce possible d'adopter un enfant du Maghreb ?

La Loi Coranique ne permet pas l'adoption plénière mais seulement le recueil d'enfant. C'est le régime de la "Kafala". La France n'autorise l'adoption d'enfant que si leur loi personnelle le permet.

Qu’est-ce qui peut motiver un refus d’adoption ?

Une multitude de facteurs ! Parmi tant d'autres, un projet non réaliste, une pathologie des parents, une démarche hésitante...

Aidez-vous les enfants à connaître leurs parents biologiques ?

Personnellement, non. Il existe en France le Conseil National d'Accès aux Origines Personnelles (Cnaop), dont la fonction est de mettre en relation les parents qui le demandent avec les enfants (majeurs) qui l'acceptent, et ce, en France. La demande peut venir des parents ou des enfants. Les professionnels peuvent aider ces personnes à réfléchir sur leur recherche. L'accompagnement spécifique est fait par le personnel du Cnaop.

Nous sommes dans l'attente, depuis 2 ans, d'adopter une petite fille d'environ 2 ans en Colombie. Nous attendons le dossier d'attribution. Que doit-il contenir ?

Contactez de ma part l'Association des parents adoptifs d'enfants colombiens (APAEC). Ils vous répondront sans problème !

J'ai été élevée en foyer à l'aide sociale à l'enfance, cela peut-il compromettre ma demande d'agrément ?

Ce n'est pas tant le passé des parents qui joue que la façon dont ils vivent leur histoire actuellement et dont ils s'en sont sortis, si ce passé a été difficile...

Recommandez-vous une association en particulier pour obtenir des informations sur l'adoption ?

C'est auprès du Conseil Général de votre département que vous obtiendrez les renseignements nécessaires. Sinon, vous pouvez toujours contacter l'Efa qui a des contacts partout en France.

Un bébé garde-t-il des souvenirs de ses parents biologiques même s'il en a été séparé dès la première année de sa vie ?

Nous gardons tous des souvenirs inconscients de notre toute petite enfance. Ainsi, si par la suite nous sommes plus sensibles à certains faits ou éléments, on peut parfois mettre cela en relation avec le passé...

Est-ce qu'il faut parler à un enfant de ses origines ?

Oui ! Mais de quoi parlons-nous ? Les origines ne sont pas que physiques (la rencontre d'un spermatozoïde et d'un ovule), elles se situent également dans le désir des parents biologiques ou adoptifs de l'enfant qui est là !

Quand je parlais d'origine, je voulais dire culture, pays...

Quelque soit le pays d'où vient l'enfant, il est bon d'en connaître quelque chose. On peut alors en parler à l'enfant quand il pose des questions. L'enfant doit savoir que c'est permis et que ses parents ont de l'estime pour son pays de naissance.

"Les enfants adoptés sont-ils heureux ?", c'est une question qu'Edwige Antier a posée l'année dernière, qu'en pensez-vous ?

Tout ce que je sais c'est que j'ai rencontré plein d'enfants adoptés heureux !

Un enfant adopté est-il forcément un enfant à part ?

Un enfant adopté est d'abord un enfant ! Mais il peut, du fait de son histoire singulière, avoir des points de fragilité liés essentiellement au fait qu'il ait été abandonné.

 

Fanny Cohen-Herlem
"Quand votre enfant sera là, prenez beaucoup de temps pour être avec lui" Photo © Cécile Debise L'Internaute

Existe-t-il un suivi psychologique pour les enfants adoptés ?

Tous les enfants qui ont des "soucis" peuvent trouver des professionnels pour les écouter avec leurs parents. Il existe à Paris deux lieux spécifiques : il s'agit du COFI-CMP dans le XV e et de l'Arbre Vert dans le XX e. A noter : le fait d'avoir été adopté ne rend pas automatiquement nécessaire le suivi.

Pourquoi les délais d'adoption sont- ils si longs en France ? Fatalement, les gens se dirigent vers les autres pays !

Tout simplement parce que la France est un pays développé qui aide les familles et ou les mères en difficulté et qu'il y a donc très peu d'enfants adoptables !

Doit-on donner un nouveau prénom à son enfant ?

Cela dépend de votre désir mais aussi de l'âge de l'enfant à l'adoption...

Peut-on adopter un enfant d’un pays dont on ne connaît pas la langue ?

Oui, bien sûr. Mais le jour où vous irez le chercher, il vaudrait mieux en connaître au moins quelques mots, histoire de pouvoir engager la conversation et de comprendre un minimum ses paroles !

Nous sommes en cours d'adoption d'un enfant de 18 mois en provenance d'Haïti. Normalement, il arrivera en France dans un  an. Est-ce que la longueur du passage en orphelinat est un handicap ? Est-ce que ça peut créer des troubles particuliers chez l'enfant ?

Cela va dépendre de la qualité des soins qu'il aura reçus dans son orphelinat. Mais les enfants ont de grandes capacités de récupération, pour peu qu'on soit attentif et qu'on leur laisse le temps de s'adapter à leur nouvelle vie sans avoir trop d'exigences, de "normes" dans la tête. Quand votre enfant sera là, prenez beaucoup de temps pour être avec lui et, si vous êtes à Paris, vous pourrez venir dans notre lieu d'accueil parents-enfants à l'Arbre Vert. Il n'est pas nécessaire d'avoir des difficultés pour sonner à cette porte.

La différence d’origine (la langue, l’apparence physique) peut-elle gêner la relation parent enfant?

Elle est toujours source de questions ! Elle entraîne éventuellement des difficultés si l'on en parle pas, si cela gène l'adulte... Mais, en général, la difficulté vient du regard des autres.

Si on n'aime pas son enfant adopté, que doit-on faire?

On doit toujours se questionner sur sa relation avec cet enfant. Comprendre pourquoi on ne l'aime pas. Ce qui prouve bien combien la démarche d'agrément est importante et combien on doit être préparé pour adopter un enfant. Quand on devient parent, c'est pour la vie...

Comment réagir si l’enfant veut revoir sa nounou ou les responsables de son centre d’accueil ?

Cela dépend du moment où il pose la question. Que souhaite-t-il vraiment ? Peut-être simplement que vous lui assuriez que vous êtes ses parents pour la vie entière ! Toute demande nécessite réflexion avant qu'on y réponde concrètement.

Après l'adoption, la mère a droit à un congé de 10 semaines pour accueillir l'enfant. Cela veut dire qu'il vaut mieux qu'elle prenne plusieurs mois sans solde ? Ou alors est-il envisageable de mettre l'enfant à la crèche ou chez une nourrice ? Est-ce que si on le confie à une garde il risque de se croire abandonné ?

Je pense qu'il faut pouvoir prendre du temps avec son enfant. On n'imagine jamais assez le bouleversement que ce changement représente pour lui. Crèche ou nourrice, je n'ai pas de réponse car cela dépend complètement de votre désir à vous, de ce que vous allez imaginer de mieux pour votre enfant et également de ce qu'il vous fera sentir comme la meilleure solution.

EN SAVOIR PLUS
L'adoption

Peut-on adopter une fratrie ?

Oui, bien sûr ! Mais il faut savoir que ce n'est pas simple ensuite !

Y-a t- il beaucoup d'échec dans les adoptions ?

Entre 5 % et 10 %, dit-on !

Le sexe de l'enfant est-il imposé aux parents ?

Les parents ont le droit d'émettre un voeux concernant le sexe de l'enfant désiré mais ils ne peuvent pas être sûrs qu'il y aura un enfant adoptable conforme à leur désir !

Quel est votre dernier conseil ?

L'adoption est une aventure singulière, très belle, et qui nécessite que l'on s'y prépare. On doit se rappeler que ce sont les enfants qui attendent des parents. Et qu'il ne s'agit jamais de donner des enfants à des parents mais bien l'inverse.

 

Katrin Acou-Bouaziz, Journal des Femmes

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