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Interview
19/01/2007

"J'adore les contes de fées : ce sont des histoires terribles qui reflètent la vraie vie"

Créatrice de la marque Stella Cadente, Stanislassia Klein concilie mode et onirisme au quotidien. Rencontre avec une femme de caractère qui a su imposer son univers de fantasmes et de fantaisies.
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Vous avez été bercée dans un univers de couture, votre grand-mère étant elle-même couturière ? Comment cette expérience a-t-elle influencé votre parcours ?

Ayant toujours baigné dans la couture, elle s'est imposée à moi comme une évidence. J'ai donc toujours voulu être dans les métiers de la main, dans cette forme d'artisanat. Ce qui est important dans nos métiers, c'est d'utiliser notre coup artistique, notre culture générale, nos souvenirs d'enfance pour en faire un résumé qui se concrétise avec le vêtement.

A quel âge avez-vous commencé à créer ?

J'habitais avec ma grand-mère et je crée donc depuis que je suis toute petite. En réalité, je n'ai pas souvenir de ne pas avoir été dans la création.

 

Robe taille empire de Stella Cadente
Robe taille empire de Stella Cadente

Côté parcours, j'ai commencé par une école aux Etats-Unis - le FIT- puis le studio Berçot, en France. Cette double casquette m'a permis d'assimiler le côté créatif à la française et le côté plus académique, qui est dispensé aux Etats-Unis. J'ai ensuite fait de nombreux cours de coupe pour comprendre les vêtements.

Vos origines sont ukrainiennes, polonaises, suisses, allemandes... Vous considérez-vous comme une créatrice internationale ?

Certains ici pensent que mon style n'est pas du tout français, tandis que les étrangers le trouvent au contraire très parisien. Je dirais plutôt que je suis le résumé de plein de cultures différentes.

Quand j'étais petite, nous étions toujours une vingtaine à table à parler une multitude de langues. L'Ukraine, la Pologne, la Suisse : cette diversité d'origines m'a donné une culture du Nord, de l'Est, du froid. Je n'adhère pas aux ambiances du Sud et je crois que mon style s'en ressent, dans mon travail des couleurs et des matières. Je pense que c'est aussi pour cela que j'aime utiliser la mousseline ou la fourrure.

Vous avez fait vos armes chez Claude Montana, Corinne Cobson ou encore Cacharel. Quelle expérience a été la plus enrichissante ?

C'est incontestablement mon séjour chez Montana. Quand on travaille aux côtés d'un grand comme Claude Montana, qu'on passe une heure sur un ourlet, cela donne un sens, un désir des proportions. Montana était un maniaque, un obsessif : il restait des heures aux côtés des personnes en charge de la création pour être sûr que ses modèles étaient parfaits. C'était véritablement les années les plus formatrices pour moi. J'ai aussi beaucoup aimé travailler chez Corinne Cobson : j'allais dans les usines de maille, je passais des heures à la machine avec les artisans. Chez Cacharel, c'est le contact avec les imprimeurs qui m'a surtout plu. Au final, ces expériences ont été complémentaires et m'ont permis de me familiariser avec tous les métiers de la main. Cela a été vraiment formidable : j'adore l'intervention humaine sur les choses que je crée.

Pourquoi avoir lancé votre propre maison ?

J'ai toujours pensé que j'aurais ma propre maison, que je pourrais développper mon univers. Mon passage dans les autres maisons a été très enrichissant car il était source d'apprentissage mais cela n'était pas mon objectif.

 

Robe chasuble de Stella Cadente
Robe chasuble de Stella Cadente

J'ai appelé ma marque Stella Cadente car il était hors de question de lui donner mon nom et le côté intouchable de l'étoile filante - stella cadente, en italien - me plaisait beaucoup. L'avantage d'avoir ma maison est que je crée les pièces qui me plaisent, qu'il s'agisse d'accessoires, de bijoux ou de parfums. Je ne me sens pas bridée dans ma créativité.

Vous avez commencé par créer des bijoux. Pourquoi ?

Le bijou était un moyen de me lancer dans la création, pas un choix personnel. A l'époque, j'avais peu de moyens et surtout, je n'avais aucune idée du coût que pouvait représenter l'ouverture d'une maison. J'étais d'une inconscience démente surtout face aux dinosaures que sont LVMH ou PPR. J'ai eu la chance d'avoir une clientèle américaine rapidement, ce qui m'a permis de me lancer dans la maille, de faire du vêtement, puis des accessoires. Aujourd'hui, je n'ai pas de territoire de prédilection, je ne me sens pénalisée par rien. J'aime exprimer ma créativité sur tous les supports et ensuite les présenter comme un ensemble, lors des défilés.

Vos créations sont oniriques. Comment avez-vous su faire votre place à une époque où la mode était plutôt au minimalisme ?

Au début, ce n'était pas facile car tout était noir et carré. C'était les années du total look Prada et moi, je suis arrivée avec des filles avec des cheveux longs et la musique de "Peau d'Ane". Il y avait un vrai décalage entre le côté "princesse" et le côté rock'n'roll de cette collection. C'est ce qui a fait que ça a marché : certains ont adoré, d'autres ont détesté. J'aime ce paradoxe, qui est encore plus d'actualité aujourd'hui, ces filles de 18 ans qui trainent encore leurs nounours mais portent des strings à strass. Si les débuts ont été durs, aujourd'hui, j'apporte une pierre au mur de Stella Cadente à chaque collection. Cela me permet de continuer.

Parmi vos créations, laquelle vous a le plus marquée ?

C'est impossible à dire... Je pencherais plutôt pour la cape en plume de coq car elle avait un côté à la fois magique, mystérieux et improbable. Elle attirait mais faisait peur à la fois. Elle avait aussi, au-delà de ses tonalités de noir et de vert, toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Je vous dis cela aujourd'hui mais demain, je pourrais changer d'avis...

Vous présentez vos collections lors de la semaine de la mode de Paris. Avec de plus en plus de créateurs présents, comment s'impose-t-on ?

Je pense que la force de créativité et la simplicité jouent énormément. Nous ne sommes pas une grande maison, nous n'avons pas beaucoup de moyens, notamment en termes de marketing. Mais nous avons énormément de générosité et je pense que cela a vraiment payé en retour.

 

Mini-robe de Stella Cadente
Mini-robe de Stella Cadente

Je pense que cela s'est vu pendant le dernier défilé. J'avais eu l'occasion de diner avec le directeur de l'aquarium du Trocadéro, qui a respecté mes choix et qui a bien voulu qu'on défile dans ses locaux. Puis, il y a eu les filles du Moulin Rouge, qui sont de très belles plantes, avec des seins et des fesses, qui ont accepté de défiler pour nous. Au final, plus de 1 000 personnes sont venues voir les filles présenter les tenues sur l'escalator de l'aquarium. C'était une aventure humaine, pas du business. Je pense aussi que c'est pour cela qu'on ne peut pas nous comparer aux autres : nous sommes une maison à taille humaine et de temps en temps, le lion a besoin du rat pour sortir de la cage !

Qu'est-ce qui vous inspire ?

J'adore les contes de fées. En fait, ce sont des histoires terribles traitant de l'inceste, des parents qui abandonnent leurs enfants... Pour moi, cet aspect plus sombre du conte reflète aussi la vraie vie. Je trouve qu'il est important quand on est une maison à taille humaine de donner de quoi rêver aux femmes. Je suis très fière que l'on y parvienne.

Vous venez de lancer votre premier parfum : "Miss Me" avec le groupe Clarins. Comment s'est déroulée cette collaboration ?

Ce parfum est une vraie collaboration que nous avons lancée il y déjà 4 ans. Nous avons mis environ 2 ans à développer le jus, à y introduire les senteurs que j'aime. C'était un travail très intéressant. Ce parfum me rappelle l'odeur de la laque de ma maman, le gâteau de ma grand-mère, l'odeur du froid. J'ai ensuite dessiné le flacon et Clarins a commercialisé le tout. Il y aura d'ailleurs un nouveau parfum dès le mois d'avril, car je n'aime pas les "one shot", j'aime être fidèle à mes projets. Ce sera un vrai parfum que certains adoreront et d'autres détesteront. En tout cas, la démarche est très pérenne.

Aujourd'hui, quels sont vos projets ?

Je prévois toujours des ouvertures de boutiques et le lancement du parfum dès le printemps. Nous devrions aussi lancer cette année, la ligne enfants, qui proposera les mêmes pièces pour les petites filles et les mamans... Ces projets-là me viennent à l'esprit, mais j'ai toujours 15 par mois ! 

 

En savoir plus Le site Stella Cadente : www.stella-cadente.com

Véronique Deiller, Journal des Femmes

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