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Interview
05/01/2007

Valérie Perruchot-Garcia : "Je ne veux pas que mon travail reste abstrait pour mes enfants"

Directrice de la communication interne chez Saint-Gobain, Valérie Perruchot Garcia conjugue responsabilités professionnelles et famille nombreuse. A la fois épouse, maman et dirigeante, elle nous parle de sa triple vie.
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Quel a été votre parcours ?

Je suis arrivée à Paris après mon bac. Là, j'ai fait hypokhâgne puis je suis entrée à Sciences Po. Comme j'avais un goût prononcé pour l'écriture, j'ai poursuivi par le Centre de Formation des Journalistes de la rue du Louvre. Après un an de galères dans la presse, je me suis réorientée vers la communication et j'ai intégré le service de presse du Commissariat à l'Energie Atomique. C'était deux mois après Tchernobyl. J'y suis restée trois ans, puis j'ai travaillé pour Roche, et ensuite Glaxo, des groupes pharmaceutiques, toujours à la communication. Enfin, je suis entrée chez Saint-Gobain en mars 2001, pour endosser deux casquettes : la direction de la communication interne du groupe, et la direction de la communication interne et externe du pôle matériau haute performance.

Vous êtes également maman de 4 enfants. Quel est votre secret pour tout concilier ?

En fin de compte, c'est relativement simple, c'est surtout une question de bon sens. J'évite de travailler dans l'urgence pour ne pas laisser de place au stress. Je m'efforce au maximum d'anticiper. Et ce principe est également valable dans mon organisation domestique. Lorsque mes enfants étaient petits, j'avais une nounou à plein temps. Aujourd'hui, le dernier est en primaire, et la nounou le récupère à la sortie de l'école. A la maison comme dans mon travail, je délègue beaucoup et je laisse beaucoup d'autonomie à la nounou et aux enfants. Je dirais que c'est presque plus facile de tout concilier lorsque les enfants sont petits, car le câlin et l'histoire du soir permettent de préserver le lien au quotidien. Mais un ado demande beaucoup plus de temps et d'efforts : il faut entretenir le dialogue pour savoir comment ça va, et le suivi scolaire est beaucoup plus lourd.

Vos enfants vous reprochent-ils d'être moins présente que les autres mamans ?

Non, j'ai d'ailleurs une anecdote à ce sujet. Lorsque j'ai commencé chez Saint-Gobain, j'ai beaucoup voyagé pour visiter les différents sites du groupe. Un soir, je suis allée voir mon fils aîné, alors âgé de 12 ans, pour lui détailler le planning de mes déplacements de la semaine. Il m'a répondu que ça ne l'intéressait pas, et que ce qu'il voulait savoir, c'était quand j'étais disponible pour lui et à quels moments il pouvait compter sur moi. Mes enfants sont habitués à avoir une maman qui ne rentre pas tôt à la maison. Et je ne culpabilise pas. Je leur décris ce que je fais, je les ai d'ailleurs emmenés au bureau pour qu'ils rencontrent mes collègues, voient mon cadre de travail. Quand ils sont grands, je leur explique les enjeux de mon métier. C'est important que cette partie de ma vie ne soit pas abstraite pour eux.

Comment vous organisez-vous au quotidien ?

Je rentre vers 20h. Je dîne avec mes enfants au moins deux fois par semaine, le mardi et le vendredi. Ils constituent un garde-fou par rapport au travail car on a toujours de bonnes raisons de trouver que les journées ne sont pas assez longues et de rester travailler tard le soir. Je m'impose des règles comme par exemple ne jamais travailler le week-end, même s'il m'arrive de consulter mon blackberry le dimanche. Je passe un mois de vacances avec mes enfants et leurs copains l'été. Je dois également reconnaître que je m'appuye beaucoup sur mon mari. C'est le pilier, la charpente du foyer. Il dirige sa propre entreprise donc il gère ses horaires comme il veut. Il a ainsi décidé d'être à la maison à 16h le mercredi, et de passer du temps avec les enfants. Il s'est même mis aux fourneaux.

Vous parvenez quand même à trouver du temps pour votre couple ?

Deux fois par an, nous nous offrons un petit séjour en amoureux à l'étranger. Parfois il vient me rejoindre lors d'un déplacement professionnel, comme il l'a fait au Brésil récemment. Nous avons passé 4 jours sur la côte entre Rio et Sao Paulo. C'est important de préserver son couple, car c'est très précieux d'avoir un mari qui vous aime et vous soutient.

Et pour vous ?

Lorsque je pars en voyage pour le travail, je profite de l'avion et de l'hôtel pour m'occuper de moi, me retrouver. Je suis seule et je me vide la tête. Je peux me faire couler un bain, regarder un DVD à une heure du matin, nager à la piscine ou m'offrir un soin au spa de l'hôtel. Sinon je ne fais pas beaucoup de sport. J'essaye d'aller courir le dimanche matin mais je trouve toujours de bonnes raisons de ne pas y aller : il pleut, il fait froid, il faut préparer le déjeuner... Il faudrait peut-être que j'envisage le coaching à domicile, c'est peut-être le meilleur moyen de persévérer.

Avez-vous dû faire des sacrifices pour en arriver à ce niveau de responsabilités ?

Pas vraiment. J'ai l'impression que tout s'est enchaîné très facilement pour moi. Je n'ai jamais pris de congé parental mais j'ai toujours pris mes congés maternité. Et j'étais contente de retourner travailler lorsqu'ils prenaient fin. Je pense qu'il faut savoir ce que l'on veut, et ce que l'on aime. Et pour ma part, j'aime mon job. Mais je ne néglige pas mes enfants pour autant. Chaque moment que je passe avec eux est plus intense, c'est un véritable échange. Aujourd'hui, je ne peux plus sortir en semaine avec mon mari, et je ne m'impose plus de contraintes inutiles telles que les mondanités. Mais ce n'est pas un sacrifice, c'est un choix.

Comment aider les femmes à assumer famille et carrière ?

Il faudrait introduire une réelle flexibilité dans les horaires, ne pas faire des remarques à une jeune maman lorsqu'elle arrive en retard parce qu'elle a emmené son fils malade chez le pédiatre. Les dirigeants doivent accepter qu'une femme quitte le bureau à 18h ou refuse les réunions du soir. On pourrait aussi autoriser le travail à domicile, car aujourd'hui, nous disposons de tous les outils nécessaires. En somme, il faudrait changer les mentalités.

Pourquoi la parité en entreprise n'est-elle toujours pas réelle ?

Les femmes n'ont jamais appris à demander, à réclamer. Il faut faire des progrès de ce côté-là car l'ambition n'est pas un péché ! Les femmes osent moins que les hommes, il faut donc se battre contre ces automatismes. J'ai longtemps hésité à demander une voiture de fonction alors que j'étais la seule responsable à ne pas en avoir ! Les femmes doivent prendre en main leur carrière.

Par rapport à un homme, qu'est-ce qu'une femme apporte de plus à l'entreprise ?

Sa capacité à organiser et à travailler sur 30 dossiers simultanément. Entre le travail et la maison, les femmes ont l'habitude de gérer une double vie, elles ne se noyent pas dans un verre d'eau. Par ailleurs, elles sont beaucoup plus humbles que leurs homologues masculins. Elles parviennent à tout cumuler sans se faire mousser.

Pouvez-vous vous permettre d'affirmer votre féminité ?

Oui, une femme qui a des responsabilités ne doit pas pour autant devenir un clone de mec. J'aime les fringues, les bijoux, le maquillage, et je leur consacre un budget conséquent. Pour rien au monde je ne me déguiserais en homme, je ne vais pas renier ce qui fait partie de moi.

Avez-vous des conseils pour les femmes qui souhaitent réussir en entreprise ?

Restez vous-même, battez-vous pour vos convictions et sachez faire la différence. Cultivez votre touche personnelle et utilisez-la comme un atout pour faire votre trou.

 

Le site de Saint-Gobain www.saint-gobain.fr

 


Claire Sassonia, Journal des Femmes

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