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Interview
02/03/2007

Marie-Françoise Fuchs : "Les grands-parents : un port d'attache pour les petits enfants "

Marie-Françoise Fuchs Ce dimanche, c'est la fête des grands-mères. Et à en croire Marie-Françoise Fuchs, Présidente de l'École des Grands-parents Européens, seniors et bambins ont toutes les raisons de vouloir célébrer leur lien si particulier.
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Que pensez-vous de la fête des grands-mères ?

Malgré l'astuce commerciale qu'elle représente, je trouve que c'est une très bonne idée. C'est un moyen de reconnaître la relation de grand-parentalité, de la célébrer dans la tendresse. Le concept de l'École des Grands-parents Européens va dans le même sens. Tous les membres ont envie de partager leurs expériences, de réfléchir à leur rôle, de raconter le plaisir qu'ils prennent à ce moment de leur vie, de progresser dans leur relation avec leurs petits-enfants et de comprendre toutes ces nouvelles émotions qui les envahissent. Bien sûr, c'est aussi un moyen pour nous de se retrouver dans la convivialité, d'agir ensemble, bref de vivre à fond cette aventure.

Qu'apportent les grands-parents à leurs petits-enfants ?

Un amour inconditionnel. Les grands-parents n'étant pas en charge de l'éducation des petits-enfants, ils s'en occupent "gratuitement", avec du recul, de l'indulgence. Ils n'ont ni besoin d'exercer une autorité, ni la charge d'une responsabilité de tous les instants et surtout ils ont du temps ! Bref, rien ne les oblige à partager des moments avec ces petits, si ce n'est le plaisir de découvrir cette relation, de faire connaissance, de partager. L'enfant est véritablement "élu" par ses grands-parents. Ils sont aussi les "roues de secours" du quotidien pour les parents parfois débordés : ils remplacent la nounou, aident pour les devoirs, accompagnent à des activités...

Influencent-ils l'identité de leurs petits-enfants ?

Oui, ils participent activement à la construction de leur identité puisqu'ils les inscrivent dans l'Histoire avec un grand H et dans l'histoire familiale. Ils sont "les représentants à mourir" mais aussi ceux qui établissent les liens de cousinage, qui s'avèrent autant d'îlots d'attache, de maillage relationnel. Sans compter toute cette mémoire bien vivante ! D'ailleurs les enfants sont toujours demandeurs des récits de leurs grands-parents. Surtout à l'adolescence, lorsqu'ils s'intéressent à leurs racines et aiment confronter leurs idées. A cette période, le grand-parent offre une liberté à l'ado qui peut se raconter sans craindre les réprimandes. Il arrive aussi que la relation s'étiole car "aller au cinéma avec mamie" c'est quand même moins sympa qu'avec des copains du collège... Mais qui peut mieux comprendre que nous ce besoin de repositionnement, cette problématique de "l'entre-deux âges" ?

La relation connaît-elle des hauts et des bas ?

Oui, selon l'âge des petits-enfants et des grands-parents, les rapports évoluent beaucoup et l'harmonie est parfois menacée. A mon avis, il y a un âge d'or : quand les enfants ont moins de 12 ans et qu'ils sont curieux de tout, demandeurs pour jouer, parler, accompagner et quand les grands-parents ont entre 60 et 70 ans, qu'ils ont la forme et le désir d'assumer cette fonction. Mais pour qu'un lien de complicité et de confiance s'instaure, les grands-parents doivent sans cesse faire preuve de créativité ! Il faut quasiment "séduire" ses petits-enfants, car l'aspect affectif et rassurant ne suffisent plus après la petite enfance. C'est d'ailleurs parfois difficile pour des seniors en décalage par rapport à la jeune génération sur les références culturelles, le langage, les moeurs. Mais dans l'ensemble, on y parvient. Même si certains domaines, comme la musique, restent inaccessibles pour nous qui ne sommes plus de la même civilisation ! Dans ce cas, il vaut mieux rester à sa place, sous peine de paraître ridicule.

N'existe-t-il pas un risque que les grands-parents s'investissent trop ?

Si bien sûr, il faut trouver l'équilibre, la bonne distance. C'est un tel choc émotionnel de devenir grand-mère ou grand-père, c'est tellement merveilleux de découvrir une nouvelle forme de relation, de chercher de l'amour, que nous risquons tous d'en faire trop et d'interférer avec le rôle des parents, de perturber l'éducation qu'ils ont choisie de dispenser à leurs enfants. Surtout qu'avec l'augmentation de l'espérance de vie, nous avons du temps à donner et de l'énergie à revendre. Mais, il faut garder à l'esprit que les parents sont le lien, le pont obligé entre grands-parents et petits-enfants et qu'il ne faut pas les zapper. Cette position de symétrie est la clé de la complicité entre les grands-parents et les petits-enfants. Notre impuissance à intervenir dans les conflits parents-enfants constitue finalement notre force auprès du petit enfant qui peut continuer à se livrer et n'attendra rien en retour. Et notre fonction de repère, de port d'attache, garanti la longévité et la force de la relation, même si on ne se voit pas autant qu'on le voudrait...

En savoir plus Le site de l'École des Grands-parents Européens : wwww.egpe.org

Questions de grands-parents"Questions de grands-parents"

Marie-Françoise Fuchs et Françoise Chaze
Éditions Lamartinière
300 pages
Consultez les librairies

 

 

Katrin Acou-Bouaziz, Journal des Femmes

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