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Interview
19/03/2007

Sophie Misrahi : "Mauboussin a trouvé la bonne équation : la créativité, les couleurs et la communication"

Sophie Misrahi A la veille de ses 180 ans, Mauboussin occupe une place atypique au sein de la communauté des joailliers de la Place Vendôme. Sophie Misrahi, directrice artistique, revient sur cette histoire haute en couleurs.
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Mauboussin est créé en 1827 par M. Rocher. Pouvez-vous revenir sur ces premières années ?

Mauboussin est en effet créé par la famille Rocher, mais en termes de création, la maison prend surtout son essor à partir de l'Exposition Universelle de Paris puis des années 1930.

Bague "Chance of Love" de Mauboussin
Bague "Chance of Love" de Mauboussin

A l'exposition, Mauboussin s'impose grâce à ses pierres de couleurs, notamment ses émeraudes et ses saphirs. C'est ce goût de la couleur, qui est d'ailleurs toujours d'actualité, qui fait sa réputation. Puis, Mauboussin s'installe Place Vendôme, le site historique de la joaillerie française. Au-delà de cette réussite, la maison a toujours eu vocation à s'implanter dans d'autres types de quartiers. Il n'était pas question que Mauboussin soit une de ces maisons mystifiées, dont on ose à peine ouvrir la porte. Cela s'est traduit par un positionnement produit original : il fallait s'adresser au plus grand nombre par des créations accessibles.

Pourquoi la maison Mauboussin a-t-elle pris le parti de se faire spécialiste de la gemme de couleur ? Comment se perpétue cette tradition ?

La couleur permet de créer des pièces osées - par association de teintes - ou au contraire, des pièces très sages - quand elles sont associées avec le diamant. A l'origine, la maison Mauboussin n'a jamais voulu faire dans la retenue, a toujours privilégié les pièces à plusieurs couleurs. Nous n'avons pas nécessairement voulu gardé le style de l'époque mais le hasard a fait qu'il y a aujourd'hui cette continuité dans la couleur. Son utilisation relève aujourd'hui plus d'un goût personnel que d'une tradition.

En 180 ans d'histoire, comment a évolué le style Mauboussin ?

Il y a eu des innovations importantes à toutes les époques. A la fin des années 1970, il y a notamment eu la bague "Nadia", sertie de nacre et centrée sur un diamant ou une pierre de couleur. A l'époque, Mauboussin avait vu en cette création l'occasion de faire porter aux femmes un solitaire sans verser dans le trop classique ou l'ostentatoire. La maison voulait alors se démarquer, faire de la bague de fiançailles une création plus "à la mode". Aujourd'hui, nous perpétuons cette tradition. La bague de fiançailles doit être portable, ouverte à tout type de budget et surtout être féminine et accessible. Ce parti a été pris dès les années 1970-1980.

 

Bague "Mes couleurs à toi" de Mauboussin
Bague "Mes couleurs à toi" de Mauboussin

Puis, il y a eu un tournant stratégique énorme lorsque Dominique Frémont a repris le capital de Mauboussin. Sa réflexion est partie d'un constat simple : Mauboussin a un rôle à jouer sur la Place Vendôme comme tous les grands joailliers mais la maison a-t-elle vraiment une place analogue à celle qu'occupe Van Cleef et Arpels ou Boucheron ? Cette prise de conscience a permis à Mauboussin de se positionner sur un autre marché. Nous avons pris le parti d'être une marque de mode avec une offre de produit très large, un panier-moyen bas et surtout une qualité irréprochable digne de la Place Vendôme. Nous avons été les premiers à afficher ouvertement nos prix dans nos campagnes de publicité. C'était une petite révolution pour la Place Vendôme. Aujourd'hui, Mauboussin a trouvé la bonne équation : une combinaison de créativité, de couleurs et de communication.

 

Dans les années 1950, Mauboussin a notamment créé des bijoux sur-mesure pour Marlène Dietrich. Le sur-mesure a-t-il toujours été une priorité de la maison ?

Paradoxalement, c'est surtout depuis que la collection prêt-à-porter existe que l'activité de sur-mesure est en pleine expansion. Cela va de la commande spéciale au remontage de vieilles pierres et contrairement à ce que l'on pourrait croire, elle s'adresse à tous les budgets. La demande est de plus en plus forte, nous sommes ravis.

 

En 1988, Mauboussin se lance dans la création d'une ligne d'automates musicaux. Comment est né ce projet ? N'était-ce pas s'éloigner de son coeur de métier ?

A l'époque, les automates étaient créés pour le frère du Sultan de Bruneï qui commandait souvent des objets très extravagants. Mais ce n'était pas du tout s'éloigner de notre coeur de métier car ces créations étaient des purs joyaux. Ils demandaient une haute technicité et étaient plus difficiles à réaliser qu'une pièce de haute joaillerie. C'était donc une activité complémentaire à celles de la maison, qui lui a d'ailleurs valu une grande reconnaissance. Mais cette page de notre histoire est aujourd'hui tournée. Mauboussin avait alors consacré énormément de temps et d'efforts à satisfaire ce client et s'était un peu oublié, notamment en terme de création. C'est notamment ce qui peut expliquer la chute de Mauboussin dans les années 1990. A cette époque, la maison était presque "mono-client", c'était un vrai danger même si les créations étaient epoustouflantes.

 

Quelles sont aujourd'hui les pièces emblématiques de Mauboussin ?

Il y en a eu à chaque époque. Si je ne devais en retenir que quelques-unes, je commencerais par le bracelet de Marlène Dietrich en cabochon d'émeraudes.

Bague "Mon désir" de Mauboussin
Bague "Mon désir" de Mauboussin

Dans les années 1930, il y a aussi eu des créations à cabochon de saphirs très fortes, inspirées de thèmes floraux, avec notamment de magnifiques pendentifs. On se souvient aussi d'un très joli pendule très Arts Déco, orné d'un papillon en émail. Cette pièce est d'ailleurs devenue mythique. Dans les années 1970, les colliers multicolores et les thèmes "Arlequin" ont aussi fait forte sensation. Puis, Mauboussin a créé les bagues "Nadia" et "Olympe", qui sont des éternelles, des pièces qui ont traversé des décennies.

Pourquoi l'Arlequin, un temps la mascotte de la maison, a-t-il aujourd'hui disparu ?

Nous ne souhaitions pas nécessairement reprendre les thèmes forts qui ont marqué l'histoire de Mauboussin. Sur ce point, nous sommes peut-être moins conventionnels que les autres maisons. Nous ne souhaitons pas travailler sur le passé mais bien sur le présent.

 

Aujourd'hui, Mauboussin est installé dans plusieurs dizaines de villes et semble loin du positionnement élitiste des autres grands joailliers. Pourquoi ce parti pris ?

Il y a deux alternatives de distribution pour les grandes maisons joaillières : proposer ses créations uniquement dans les boutiques en propre, comme le font Boucheron ou Cartier, ou allier les boutiques à un réseau de distribution très sélectif - un positionnement que l'on retrouve chez Din Vanh ou Chaumet. Aujourd'hui, Mauboussin a choisi de faire partie de ce second groupe. Cela n'a rien de marginal. Nous avons de plus en plus de boutiques en propre - nous en ouvrons une par an environ - et en parallèle, nous avons un réseau de points de vente, triés sur le volet, qui permettent de faire connaître Mauboussin un peu partout dans le monde. Aujourd'hui, la maison Mauboussin existe grâce à ses créations, certes, mais aussi grâce à ses partenaires.

 

Quel est le programme des festivités pour les 180 ans de la maison ?

Nous ouvrons un point de vente à New York, nous nous apprêtons à lancer un livre... C'est tout ce que je peux vous dire : pour le moment, le reste du programme est encore confidentiel !

 

En savoir plus Le site de Mauboussin : www.mauboussin.com

Véronique Deiller, Journal des Femmes

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