Interview
20/04/2007
Jean-Pierre Clémenceau : "La transpiration et l'essoufflement ne sont pas synonymes d'efficacité"
Comment êtes-vous devenu "coach de stars" ? J'ai passé un brevet d'Etat de professeur de gym et un diplôme de shiatsu. A la suite de stages, Vitatop (ancien réseau des salles du Club Med Gym) m'a proposé de travailler pour eux. Puis tout s'est enchaîné : je suis passé responsable d'une salle, puis de la salle de sport de Canal +, jusqu'à ce que je décide d'arrêter. Je continuais à travailler à mi-temps chez Vitatop jusqu'à ce que je rencontre Colombe Pringle, une journaliste, qui m'a sollicité pour l'aider à résoudre ses problèmes de dos. Ça a bien fonctionné entre nous, elle a parlé de moi autour d'elle et le bouche à oreilles a fait son chemin. Quel est exactement votre métier et en quoi consiste-t-il ? Je suis préparateur physique. Mon travail consiste à guider les gens dans la bonne orientation de leur potentiel. On a tous des compétences, des capacités. Je prends donc en compte celles de chacun pour leur proposer un programme adapté à leurs possibilités et à leurs besoins et envies. Je commence par leur faire passer un test d'effort pour évaluer leur niveau. Selon les résultats et les réactions de la personne, je l'envoie chez un spécialiste : chez mon cardiologue si elle est anormalement essoufflée, chez mon médecin du sport si elle réagit bien mais se plaint de maux de genoux ou autre. Ensuite, selon ce qu'elle veut (maigrir, remonter les fesses ou perdre son petit ventre), on établit un programme ensemble. Le but n'est pas de crever la personne, de la faire transpirer jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus. La transpiration et l'essoufflement ne sont pas synonymes d'efficacité, au contraire ! Le but de mon travail est de faire aimer le sport à la personne que je coache, de lui faire dire à la fin de la séance : "génial, j'ai réussi à tout faire et je me sens bien". Il ne faut pas traumatiser les gens mais leur donner envie de faire du sport. Mes cours durent une heure pleine et consistent en un entraînement cardiovasculaire et/ou musculaire. Comment décririez-vous "la méthode Clémenceau" ? Ma méthode est basée sur le placement et sur la respiration, pour donner fermeté et tonicité. En étant bien positionné et en apprenant à bien respirer, on évite les traumatismes articulaires et musculaires et on met 95 % de chance de son côté. A l'inverse, la personne qui respire et se place mal ne travaille qu'à 30 % de ses capacités. Tout le reste n'est qu'une dépense d'énergie et non du travail musculaire. On s'essouffle plus vite et donc on travaille moins. C'est pour cette raison que beaucoup de femmes se plaignent de travailler et de s'essouffler beaucoup, depuis plusieurs années, sans voir de résultats physiques. Il est donc inutile de travailler dix heures par semaine, deux heures peuvent suffire, si elles sont bien mises à profit. La respiration c'est la vie, un muscle bien oxygéné travaille à 95 % de son potentiel. Quelles sont les étapes de votre programme de remise en forme ? Je n'ai pas de programme précis puisque je l'adapte en fonction des personnes, de leur poids, de leur morphologie et de leurs objectifs. Une chanteuse qui doit assurer un show sur scène n'aura pas les mêmes besoins qu'un acteur. Je m'adapte aussi au potentiel de chacun, à sa force, ses possibilités physiques. Si on a une morphologie normale et que l'on veut se galber, s'affiner, il faut consacrer au sport deux heures par semaine. Ensuite il faut tenir compte de ce que l'on mange. Selon nos activités, nous n'avons pas besoin des mêmes apports nutritionnels. Ce que l'on peut affirmer, c'est que le corps digère deux fois plus lentement le soir. Il faut apprendre à manger intelligemment, envisager une alimentation adaptée à son mode de vie. Le sport ne suffit pas, c'est un programme global qu'il faut mettre en uvre. Imaginons une femme active et citadine. Que lui conseillez-vous ? Tout commence par le petit déjeuner. On peut en profiter pour se faire plaisir puisque 85 % de son apport calorique sera brûlé. Et en plus ça donne la pêche ! Evitez de manger entre les repas, c'est la base. Si vous avez faim, préférez les fruits semi-acides comme la poire, la pomme ou la fraise, qui ne contiennent pas d'acides gras à la différence de la banane, beaucoup plus riche et calorique. Le corps en profite pour stocker. Ensuite, il ne faut pas abuser. On peut manger de tout, si on évite les excès. Le midi, mangez des protéines, viande ou poisson, pour nourrir le muscle, accompagnées de légumes. Ils donnent de l'énergie, brûlent les mauvaises calories, fixent les protéines sur le muscle et le tonifient. Vous pouvez aussi manger du fromage blanc ou du fromage et une tranche de pain. Le soir, optez pour un repas léger, car le métabolisme commence à ralentir à partir de 18h : on digère plus lentement, on stocke plus et quand on dort, notre activité est proche de zéro. Privilégiez donc les protéines avec une salade ou une soupe et un fromage blanc. Il faut éviter les fruits le soir, ils sont durs à digérer du fait de leur acidité. Ils sont en outre très sucrés, contiennent des calories et peuvent donner de l'aérophagie. On dit pourtant qu'il ne faut pas manger trop de protéines ? C'est une idée reçue : on peut tout à fait en manger deux fois par jour, en restant raisonnable encore une fois. La femme a naturellement une déficience d'un tiers de protéines à partir de 28 ans. Donc si elle n'en consomme pas, elle va voir fondre son muscle, la peau va se relâcher, devenir molle et pendre. En revanche, la protéine ne fait pas grossir, elle entretient la partie musculaire et cérébrale du corps. Autre idée reçue : souvent les femmes me disent qu'elles boivent peu pour éviter la rétention d'eau. C'est faux, boire de l'eau ne favorise pas la rétention d'eau. Une personne sédentaire, qui ne fait pas ou peu de sport et qui travaille toute la journée dans un bureau, perd chaque jour la valeur d'un litre et demi d'eau en oligo-éléments (vitamines A, PP, B, magnésium, phosphore et potassium) en stress et en transpiration. Il est donc essentiel de boire beaucoup, et de ne pas attendre d'avoir soif. Quels conseils pouvez-vous donner à celles qui n'ont pas la possibilité de s'offrir un coach ni de fréquenter une salle de sport ? Il faut marcher, à chaque fois que vous pouvez, c'est très bon pour le cur. Faites quatre stations de métro à pied, prenez les escaliers plutôt que l'ascenseur et l'escalator, garez-vous plus loin etc. Monter les escaliers deux par deux fait travailler les fessiers, un à un sur la pointe des pieds les mollets. On peut aussi aller marcher une fois par semaine dans les bois, dans un parc ou courir vingt minutes de temps en temps. Ces petites habitudes permettent de tonifier les parties musculaires et de stimuler l'organisme. Essayez également de faire régulièrement des exercices d'assouplissement : debout, touchez les doigts au sol. Ça détend l'arrière des cuisses et donne une meilleure prestance. Sachez que le corps s'habitue à l'effort : plus vous en ferez, plus votre corps l'acceptera et plus vous serez capable d'en faire. Que dites-vous à celles qui n'aiment pas le sport ? Les femmes qui n'aiment pas le sport ont dû en être dégoûtées à un moment de leur vie. Alain Finkelkraut, que j'entraîne, n'aimait pas le sport, et il y a pris goût. Il faut y mettre du sien, prendre conscience de l'intérêt qu'il représente, avoir envie de bouger. Et savoir que c'est pour soi-même que l'on fait du sport. On doit se plaire pour plaire aux autres, c'est essentiel. Il doit y avoir un déclic pour que ça vienne de la personne elle-même, qu'elle soit en demande. Une fois qu'elle a goûté au bien-être que ça procure, elle y revient. Et pour cela, il ne faut pas la traumatiser, mais la faire travailler à son rythme, selon ses possibilités. Faut-il adapter ses exercices physiques en fonction de son âge ? Evidemment. Nous n'avons pas les mêmes capacités à 20, 30 et 40 ans. Quoi qu'il arrive et quel que soit votre âge, il faut privilégier son cur. On travaille en fonction de l'état de son cur. Jeanne Moreau, Jane Birkin, Laetitia Casta, Juliette Binoche : ne coachez-vous que des stars ? Je coache autant de stars, d'hommes d'affaires, de politiciens, que de philosophes, mais aussi quiconque en fait la demande. Mes cours s'élèvent à 100 euros de l'heure et il suffit de me contacter via mon site. Des gens qui n'ont pas les moyens de s'offrir deux cours par semaine prennent une heure de temps en temps pour me consulter, avoir des conseils personnalisés, apprendre de nouveaux exercices. Avez-vous des produits fétiches ? Je recommande les crèmes Shiseido pour les massages anti-cellulite.
En savoir plus Le site de Jean-Pierre Clémenceau. Marie Guerre, Journal des Femmes
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