Interview
10/04/2007
Sandy Blain : "Pour faire de la mode éthique, il faut être passionné"
Avant de fonder "La vie devant soie" que faisiez-vous ? Je suis ingénieur en finances. J'ai travaillé plus précisément au Cambodge dans l'humanitaire afin de créer la sécurité sociale. C'est d'ailleurs là-bas que j'ai rencontré des couturières formées sans travail et j'ai tout simplement voulu les aider. Comment êtes-vous venue à faire des accessoires équitables ? C'est justement en recontrant ces femmes couturières. J'ai eu un cas de conscience. J'ai décidé de leur donner du travail. J'ai créé le projet en décembre 2003 mais la société a été fondée il y a seulement un an. Au début, j'ai gardé mon emploi d'ingénieur en finances puis j'ai démissionné pour me consacrer pleinement à ce projet. Pourquoi avoir choisi la mode éthique ? Je ne l'ai pas choisie ! Lorsque je les ai rencontrées, j'ai décidé de faire de l'accessoire car je n'ai pas de formation couture. En tout cas ce qui était sûr, c'est que je voulais de bonnes conditions de travail.
Et quand je suis rentrée en France, on m'a dit : "ah c'est bien, vous faites de la mode éthique" mais pour moi, ça me paraissait évident de bien payer mes couturières et de leur offrir une protection sociale. Je suis donc arrivée par hasard dans cette tendance appelée "mode éthique". Concrètement qu'apportez-vous aux couturières cambodgiennes ? Si j'ai fondé ma société, c'est à la base pour les couturières, pour leur offrir un travail et donc de meilleures conditions de vie. Depuis, j'ai embauché des tisseurs de soie. Ils ont un salaire honnête, une protection sociale et les nouvelles couturières bénéficient d'une formation professionnelle. A l'issue de celle-ci, elles peuvent soit rentrer dans leur village ou rester. Aujourd'hui, 52 couturières et 10 tisseurs travaillent pour "La vie devant soie". Quelles sont les particularités de vos accessoires ? Tout d'abord, je dessine tous les modèles pour qu'ils soient adaptés à la mode européenne. Je choisis aussi les coloris et les matières premières. Le véritable plus de mes accessoires : la matière. J'utilise une soie spécifique qui donne des sacs à la fois légers et résistants. Je crée aussi des ceintures en soie, des chapeaux, des porte-bijoux... A quel type de femmes s'adressent vos créations et combien coûtent-elles ? Elles s'adressent plus particulièrement à des femmes de 25 à 55 ans, urbaines, modernes et un peu "bobos". Leur prix va de 60 à 100 euros environ. En 2005, vous avez reçu le prix EKilibre du ministère des PME, est-ce que cela a changé quelque chose pour vous ? Auprès du grand public, ça n'a rien changé mais auprès des distributeurs, cela donne une légitimité car certaines personnes restent suspicieuses quant à la mode éthique.
Et vous-même, ne portez-vous que des vêtements éthiques ? Je n'achète pas de vêtements de marques éthiques mais je dessine mes tenues qui sont fabriquées par mes couturières. On peut donc dire que je m'habille éthique ! Est-ce que c'est viable de faire de la mode éthique ? C'est très difficile car on n'a pas qu'un fournisseur. Il faut parfois se battre pour transporter un colis en France, tout est lent, c'est éreintant, et puis les voyages coûtent chers. Il faut donc être passionné et ne pas vouloir faire de l'argent immédiatement. Pour ma part, je m'estime heureuse car mes produits se vendent bien. Quels sont vos projets ? Mes couturières travaillent à mi-temps ou à 3/4 temps. Mon idée est qu'elles travaillent à temps plein. J'espère aussi pouvoir augmenter leur nombre. Pour se faire, je dois développer le côté fournisseur.
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Caroline Feufeu, Journal des Femmes
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