"J'ai appris le métier de couturier à l'âge de 3 ans !"
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Interview
28/07/2006

"J'ai appris le métier de couturier à l'âge de 3 ans !"

Immergé dès son plus jeune âge dans le milieu de la mode, Olivier Lapidus est très vite remarqué pour ses créations alliant tradition et innovation. Rencontre avec ce créateur passionné.

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EN SAVOIR PLUS

Pourriez-vous vous décrire en quelques mots ?
Olivier Lapidus Je suis un couturier, un artisan, et le papa de deux petites filles. J'évolue donc entre la notion de famille, primordiale pour moi, et l'héritage culturel d'un métier d'art.

Etre le fils de Ted Lapidus vous a-t-il aidé dans le monde de la mode ?
Oui, cela m'a beaucoup aidé car j'ai appris le métier à l'âge de 3 ans ! Dès que j'ai pu m'asseoir et me servir d'une paire de ciseaux, j'ai commencé à couper mes premiers morceaux de tweed dans l'atelier de mon père. Le contact avec la matière fut une véritable révélation pour moi et de fil en aiguille, je suis devenu couturier. J'ai suivi ma pente naturelle, ce ne fut pas un calcul mais un réflexe.

Pour vous que représente la haute couture ?
La haute couture est un artisanat fondamental, avec des trésors de savoir-faire. Elle est d'ailleurs pour moi une des composantes du futur. En effet, elle a une dualité : elle est à la fois la mémoire de l'excellence et un pôle de recherche pouvant contribuer à la création de nouveaux métiers. La haute couture est à la technologie ce que la mémoire est à la recherche. Le futur ne peut se faire sans passé. Il faut donc conserver ce savoir-faire et créer des innovations techniques et stratégiques.

Quelles sont vos principales sources d'inspiration ?
Ma première source d'inspiration est ce que l'on appelle "l'écriture automatique", melting-pot de mes souvenirs d'enfance, de mes rêves, de mes expériences. Après, j'ai des thématiques variables liées à mes voyages en Asie notamment.

Vous vous êtes associé à Pronuptia et à Lexus. Est-ce un choix de travailler pour d'autres marques ?
En sortant de l'école, j'étais styliste. En entrant dans la maison de couture familiale, je suis devenu couturier et en la quittant, je suis devenu éditeur de mode. Pour ces marques, je crée donc des éditions de mode. J'aime l'idée de m'associer à d'autres marques. D'ailleurs, d'autres l'ont fait et le font encore. Christian Lacroix a ainsi travaillé avec Pronuptia ; je lui ai succédé. La gageure était de.er une ligne de luxe pour une marque "populaire". D'après moi, le plus dur, c'est d'habiller la rue avec un discours de qualité.

Gants Lexus
Gants Lexus par Olivier Lapidus. Voir le diaporama

Comment choisissez-vous les différents projets pour lesquels vous travaillez ?
Pour Pronuptia, c'est le fruit d'une rencontre avec les dirigeants qui fut le déclencheur. Pour Lexus, ce fut un peu différent. Pour moi, cette marque représente la quintessence de la discrétion et de la technologie. Elle allie tradition et innovation, ce qui est fondamental. J'ai donc fait la démarche de demander une interview au PDG de Toyota et lui ai demandé pourquoi dans ses "brochures", il parlait de boîte à gants alors que l'on en met plus à l'intérieur. Je lui ai donc proposé de remettre des gants dans cette fameuse boîte au nom jusqu'alors désuet. Je savais très bien que Toyota serait sensible à un discours associatif sur les Trésors Vivants français et japonais. J'avais très envie de faire la promotion du métier d'art de la ganterie française. J'ai même cédé la totalité de mes droits d'auteur aux gantiers de Millau pour la première collection des gants Lexus.

Quels sont les avantages et inconvénients de ces collaborations ?
L'avantage principal est la liberté et l'inconvénient majeur est le fait que le raisonnement sur la maison unique qui est confortable ne s'applique pas. Pour être plus précis, nous n'avons pas la force de frappe d'une maison unique. Mais pour ma part, j'ai toujours ma maison avenue Foch, dans un loft et des clientes que je chouchoute même si je ne communique pas là-dessus. En parallèle à cela, c'est vrai que j'ai choisi de créer des concepts, c'est ma stratégie.

Pour vous, qui sont les grands "hommes" de la mode ?
Il y a Pierre Cardin bien sûr, un génie qui a enseigné le business au monde entier avec notamment la création des licences. Mais aussi Karl Lagerfeld qui, en signant avec H&M, a décloisonné le secteur de la distribution. Grâce à lui, on est jugé sur ce que l'on vend et non plus sur le lieu où l'on vend. C'est deux hommes sont pour moi les deux personnalités clés du monde du luxe même si des personnes comme Coco Chanel et Balenciaga ont elles aussi eu une influence indéniable dans le milieu.

En vous remémorant votre parcours avez-vous des regrets ?
On veut tous réussir vite. Mon parcours fut plutôt initiatique et s'est inscrit dans des ruptures. Par exemple, à l'âge de 20 ans, la SA Ted Lapidus m'a contesté l'utilisation de mon patronyme. Je me serais donc bien passé de cette procédure judiciaire. Je me suis aussi souvent expatrié, au Japon, en Chine, et si je n'en ai pas trop souffert, j'étais tout de même loin de mes proches. Si c'était à refaire, j'aurais aimé aller un peu plus vite, ne pas être en avance et trouver sur le marché le développement industriel de mes projets. Avec le recul, je peux dire que rien ne sert d'être en avance. Aujourd'hui par contre, je suis bien dans ma peau et dans mon temps. Il y a un moment où vous aimez le métier et un autre où le métier vous aime. Je suis enfin passé à la seconde étape.

Quels sont vos projets à court et à long terme ?
A court terme, je vais présenter à la presse un nouveau créneau de mode masculine et à long terme, je souhaite rentrer dans ce créneau et créer un nouveau luxe ou une autre façon de l'appréhender. Je pourrai ainsi fonder une nouvelle marque ou sur la demande de grandes chaînes accepter d'éditer des collections de certains calibres.


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