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Psycho
23/11/2004

Jean-Michel Crabbé : "Sur les rêves, tout reste à découvrir "

Médecin, Jean-Michel Crabbé est un passionné des rêves, qu'il étudie depuis vingt ans. Il fait le point sur ce que l'on sait des mystères des rêves, et surtout ce qu'on ignore...

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EN SAVOIR PLUS

Qu'est-ce qu'un rêve ?
Jean-Michel Crabbé Du point de vue médical, c'est le souvenir d'une activité psychique involontaire, qui est déclenchée la nuit par ce qu'on appelle le "sommeil paradoxal", une certaine phase du sommeil. Du point de vue psychologique, rien n'est encore avéré…

Qu'est-ce que le sommeil paradoxal ?
C'est un mécanisme compliqué, une activité rythmique de centres nerveux profonds qui met en éveil tout le cortex cérébral, durant notre sommeil. Il y a entre 4 et 6 phases de sommeil paradoxal par nuit, qui durent une quinzaine de minutes. Biologiquement parlant, nous sommes donc tous égaux devant le rêve. Mais là où nous ne sommes pas égaux, c'est qu'il y a des personnes qui se souviennent de leurs rêves, et d'autres pas du tout.

A quoi sert le rêve ?
Deux points de vue s'affrontent. D'une part la psychanalyse, essentiellement freudienne, pour qui le rêve est la manifestation d'une sexualité infantile refoulée. De ce point de vue, le rêve sert simplement à dissimuler ces désirs sexuels. D'autre part les neurobiologistes, qui pensent que le rêve est manifestement la conséquence du sommeil paradoxal, et donc que si la nature a installé un système aussi complexe, c'est qu'il sert à quelque chose, puisque la nature ne fait rien pour rien. La théorie de Michel Jouvet, qui est toujours en vigueur, postule que si le sommeil paradoxal est beaucoup plus important chez le nourrisson que chez l'adulte, c'est que le rêve participe de la maturation cérébrale.

Pourquoi le rêve nous fascine-t-il ?
Tout le monde est fasciné par les rêves, parce qu'ils nous racontent quelque chose de merveilleux, et qu'ils nous remettent en question. Il y a dans le rêve une composante émotionnelle puissante ; c'est pour cela que nous sommes marqués par certains rêves au point de nous en souvenir des années durant.

Et vous, pourquoi vous fascine-t-il tant ?
Jusqu'à trente ans, je ne me suis jamais souvenu de mes rêves. Et soudainement, à la suite d'un déclic qui me reste encore inexpliqué, j'ai été envahi par toutes sortes de souvenirs de rêves. Il y avait des images, des souvenirs qui m'interpellaient profondément. A cause des rêves, ma personnalité a beaucoup évolué et je vois la médecine d'une façon très différente. C'est à partir de ce moment – cela fait maintenant 20 ans – que j'ai décidé de travailler sur les rêves.

Qu'avez-vous découvert ?
J'ai commencé à interroger des patients que je connaissais très bien, puisque j'étais leur médecin généraliste depuis une dizaine d'années. Je me suis alors rendu compte que des gens malades me racontaient des rêves extraordinaires. Il m'a semblé que chez ces malades, le rêve venait apporter des informations fondamentales. Chez des gens qui traînaient une pathologie depuis des mois, le fait de parler de leurs rêves amenait une transformation psychique qui provoquait un mieux dans leur maladie, voire une guérison.

Et comment expliquer les rêves prémonitoires ?
Le rêve prémonitoire existe, et il remet en question les notions de temps classiques. Le rêve semble alors savoir quelque chose que nous ne savons pas encore. L'explication la plus probable est que l'inconscient remarque, dans notre environnement, des choses auxquelles notre conscience n'est pas attentive. En quelque sorte, l'inconscient, en décodant les messages du monde extérieur, prévoit leur suite logique et nous en informe par le biais de rêves "prémonitoires".

Que reste-t-il à découvrir sur le rêve ?
La découverte du sommeil paradoxal il y a une quarantaine d'années a déclenché des recherches mondiales. Partout dans le monde, aujourd'hui, des laboratoires travaillent sur l'activité cérébrale pendant le sommeil. Mais ils ne s'intéressent pas aux rêves proprement dits… Pour l'instant, les recherches sur les rêves sont au point mort, tout est à faire. D'une part, parce qu'ils sont difficiles à interpréter ; d'autre part, parce que notre civilisation ne leur accorde que peu d'importance. Nous sommes trop pris par notre histoire catholique (qui bannissait l'interprétation des rêves), notre tradition cartésienne (qui prétend que le rêve est une activité incohérente) et notre héritage freudien (qui enferme le rêve dans sa signification sexuelle). Donc pour l'instant, tout reste à découvrir, tout est à faire.

Que faudrait-il faire ?
Mon idée personnelle, ce serait de revenir à ce qui se faisait dans certaines tribus : organiser des groupes de discussion sur les rêves, les partager avec d'autres. Il faut savoir que le simple fait de pouvoir parler de ses rêves, sans être jugé, est extrêmement important. Les rêves préoccupent souvent les gens : ils se demandent pourquoi ils ont fait tel cauchemar, pourquoi tel thème est récurrent… en parler les libère d'une tension psychique qui risquerait sinon d'aggraver la névrose.

En savoir plus
Le site de Jean-Michel Crabbé consacré aux rêves :
www.espacemed.com/reves


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