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Psycho
06/12/2004

"Bridget Jones a dédramatisé le célibat"

Carine Fannius a édité la version française de Bridget Jones chez "J'ai Lu". Elle nous donne son opinion sur l'héroïne, le succès des romans, et le phénomène des "célibattantes".

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Comment expliquez-vous le succès de Bridget Jones ?
Carine Fannius Bridget Jones correspond à quelque chose que les jeunes filles d'aujourd'hui attendent, une héroïne dans laquelle elles se reconnaissent parfaitement. C'est une fille célibataire, qui a une trentaine d'années, elle est assez branchée et moderne. Elle subit la pression familiale pour la caser, et il y a beaucoup de jeunes filles qui peuvent se retrouver là-dedans. Elle est bien dans sa tête, mais en même temps toujours au régime. Je pense que cela fait aussi partie des préoccupations assez fréquentes des lectrices. Ce qui fait sa particularité, c'est que, tout en cherchant le prince charmant, elle est complètement à coté de la plaque, mais elle rebondit toujours bien et a un sens de l'autodérision qui la rend très sympathique. Je pense qu'aujourd'hui les filles qui cherchent le grand amour veulent quand même conserver leur indépendance et rester assez modernes et pas complètement épleurées et déprimées à cause de leur célibat. Donc le personnage de Bridget correspond bien à leurs attentes.

Avez-vous personnellement aimé les deux romans ?
J'ai beaucoup aimé le premier car j'ai trouvé ça très neuf, et puis j'ai une trentaine d'années, donc j'ai trouvé ça hilarant car ça me correspondait tout à fait. Le second m'a un peu moins plu, d'autant plus que j'avais énormément lu entre temps des livres dans ce genre, et du coup, j'étais plus exigeante, et un peu lassée du style. Mais c'est le livre idéal pour les vacances, c'est un livre qui ne se prend pas la tête et dans lequel la lectrice se reconnaît. Ça permet de passer un bon moment.

Comment jugez-vous les films ?
Le premier film m'a fait mourir de rire. On n'est pas très loin des comédies romantiques du genre "Quand Harry rencontre Sally" qui ont eu un succès énorme. Ce que j'aime chez Bridget et dans le film, c'est qu'elle est complètement à côté de la plaque, et c'est très bien rendu dans le film. Elle y est très attachante, elle se met dans des pétrins incroyables mais grâce à son charme et son humour elle parvient toujours à rebondir. Ça fait d'elle un personnage particulièrement sympathique. J'espère que le second film sera à la hauteur du premier. En outre, les deux héros masculins sont sublimes, ce qui ne gâche rien ! Je trouve que le film est tout à fait à la hauteur du livre, et lui est très fidèle.

Quel a été votre rôle dans la publication du livre chez "J'ai Lu" ?
Les éditions Albin Michel l'ont édité en grand format. Elles ont acquis les droits à l'étranger et elles l'ont ensuite traduit et publié en France. Nous avons été très présent au début de cette aventure et nous avons acquis les droits pour notre édition de poche alors que le livre était sorti depuis très peu de temps en grand format (en 98), et le livre est sorti en 2000 en poche.

Le Journal de Bridget Jones en chiffres, ça donne quoi ?
Le Journal de Bridget Jones s'est vendu en poche à plus de 860 000 exemplaires. Le tome II, "L'âge de raison", s'est vendu à plus de 500 000 exemplaires sachant qu'entre-temps le film a relancé les ventes du premier, et que la sortie du second film risque de relancer les ventes du second livre. Par contre, ce ne sont pas les ventes globales. Il faut additionner les ventes d'Albin Michel pour se rendre compte de l'ampleur du phénomène.

Comment décryptez-vous le nouveau phénomène célibataire-célibattant ?
La recherche du prince charmant a toujours existé. Aujourd'hui on a une notion de couple très présente dans tout. On essaie donc de se sortir de ce carcan du couple en mettant l'accent sur des activités destinées aux célibataires, comme des vacances ou des soirées pour célibataires telles que le speed dating qui est une façon branchée de trouver le prince charmant. Ces célibataires veulent exister et avoir leur place dans la société. Il y en a de plus en plus parce qu'elles travaillent davantage, et par conséquent elles sont moins à la recherche de leur moitié. Elles souhaitent être indépendantes, et elles deviennent plus exigeantes. Peut-être est-ce aussi parce que les hommes et les femmes en général sont moins prêts à l'engagement. Les jeunes filles sont plus à la recherche de plusieurs expériences avant de trouver l'homme idéal... Et de plus en plus de célibataires désirent s'affirmer en tant que telles et montrer qu'elles peuvent vivre avant de trouver l'amour.

Les femmes affrontent-elles le célibat de façon différente par rapport aux hommes ?
Les femmes sont un peu plus stressées car elles sont confrontées à leur horloge biologique... A partir d'une trentaine d'années, elles commencent à se dire qu'il faudrait trouver le père de leurs enfants.Mais elles ont une manière qui est très drôle et assez relax de chercher car elles n'ont pas l'air de trop se prendre la tête. Aujourd'hui une célibataire n'est pas montrée du doigt, au contraire la célibataire au milieu de couples est souvent la fille qui fait un peu rêver car elle s'éclate, elle sort, elle a plein de potes...

Vous avez sorti toute une collection de livres dans ce même thème. Qu'est-ce que cette nouvelle littérature ?
On s'est aperçu qu'au moment du phénomène, tous les écrivains se mettaient à écrire dans cette veine-là. On avait reçu beaucoup de livres sur ce sujet de jeunes femmes de 30 ans à la recherche de l'amour. C'était plus qu'un phénomène de société, c'était devenu une littérature à part entière, branchée, de distraction et qui plaisait beaucoup aux femmes. On a alors lancé une collection en même temps que le premier tome du livre de Bridget Jones. Aujourd'hui c'est une collection qui vit très bien, et qui sort un titre par mois. On l'appelle la collection "Comédie". Ce sont souvent des auteurs anglo-saxons qui l'écrivent, peu de français réussissent à trouver ce ton drôle et pertinent. Je dirais même qu'elle remplace un peu les romans sentimentaux car on se retrouve dans le même genre de schémas, avec les mêmes obstacles à franchir. A la fin, on aboutit toujours à la même chose : elles trouvent leur prince charmant, mis à part que le ton n'est pas du tout le même que le roman sentimental. Le roman de "Comédie" demeure très urbain et beaucoup plus branché. C'est le roman sentimental moderne pour les jeunes filles d'aujourd'hui qui sont bien dans leur tête...

On voit dans le second opus que, même casée, Bridget se pose des questions existentielles. Pourquoi ?
Elle se pose des questions que tout le monde se pose : comment faire durer le couple ? Comment être sûre que c'est le bon ? La vie de couple est, en fait, presque la partie la plus dure, à savoir la difficulté d'entretenir la flamme, de ne pas se laisser aller, de faire en sorte que ça dure. Toutes les héroïnes ont ce souhait-là. Parfois elles seront même soumises à la tentation, mais finalement le désir profond reste la durabilité et la réussite de son couple.

Selon vous, quel a été l'effet positif du phénomène Bridget Jones sur les femmes ?
L'effet du phénomène a été de positiver et de dédramatiser le célibat en disant de ne pas de prendre la tête, car l'amour arrive toujours à point. Avant ça, il faut s'éclater. L'histoire insiste aussi sur l'importance de l'amitié. Il ne faut pas oublier par ailleurs que parfois l'homme idéal est à côté, encore faut-il le regarder comme il faut. On peut être célibataire sans être complètement "looseuse", prenez la vie du bon coté et de toutes les façons ça vous tombera dessus. Mais surtout pratiquez l'autodérision et dédramatisez !

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