Interview
 
19/06/2007

Alain Baumelou : "Il existe plusieurs types d'automédication"

Peut-on se soigner sans ordonnance ? Quels risques comporte l'automédication ? Explications avec Alain Baumelou, professeur de néphrologie et président du Groupe de travail "Prescription médicale facultative".
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En quoi consiste l'automédication ?

Il s'agit de la prise de médicaments sans prescription médicale initiale. Mais la définition n'est pas tout à fait adéquate puisque même dans le cas d'une prise en charge personnelle, le patient a souvent recours à son pharmacien. Les professionnels se battent d'ailleurs au sujet du terme à utiliser : "prescription médicale facultative", "médication par conseil officinal", "médication familiale". Ce qui prouve bien que l'ambiguïté existe et que l'automédication n'est pas considérée comme quelque chose de positif. Il y a toujours des gens qui sont contre. Le travail des médecins consiste à bien déterminer les champs de pathologie et les symptômes que l'on peut traiter par automédication, à développer la qualité des médicaments en question et les règles de délistage (changement du mode de prescription d'un médicament, NDLR).

Justement, quels sont les maux que l'on peut traiter soi-même, sans passer par la case médecin ?

La liste est longue. Il existe de nombreux ouvrages pour s'en informer, comme le Vidal ou le Giroud et Hagège, des sites Internet également. Sinon, les situations les plus courantes sont les douleurs communes, les maladies respiratoires (toux), les infections respiratoires (rhume, coryza), les troubles digestifs (brûlures d'estomac, gastrite, reflux gastro-œsophagien), les petites manifestations des troubles de l'allergie (urticaire, rhinite allergique, conjonctivite allergique), certaines pathologies dermatologiques ("pied d'athlète", cette mycose que l'on attrape en piscine).

Comment identifier clairement ce dont on souffre ?

Il est essentiel d'avoir compris ce que l'on a, surtout de bien lire la notice et de ne pas hésiter à consulter si les symptômes persistent. Il existe plusieurs types d'automédication. La remédication d'une part : vous avez déjà eu ce symptôme et reçu un avis médical à son sujet. Inutile de consulter de nouveau puisque vous connaissez les soins adéquats. Par exemple, la cystite est une infection urinaire courante et récurrente chez les femmes. Elle est facilement identifiable et facile à soigner. Elle pourrait donc aisément faire l'objet d'une automédication, mais ce n'est pas possible à l'heure actuelle et vu le temps que prennent les choses à évoluer, ça ne risque pas de l'être avant longtemps. Le deuxième type d'automédication est de demander conseil à son pharmacien, pour une diarrhée passagère par exemple. Le problème étant que ce n'est susceptible de fonctionner qu'à condition que le pharmacien prenne le temps de conseiller le patient et qu'il lui réserve un espace de confidentialité, ce qui est rarement le cas. Il est en effet délicat de parler de problèmes de ce type dans la queue d'une officine. Enfin, troisième type d'automédication : reprendre un médicament qui vous a été prescrit antérieurement. Mais attention, certains médicaments s'y prêtent, d'autres non, notamment ceux sur prescription et les antibiotiques.

Dans quel cas l'automédication est-elle exclue ?

Déjà, il faut un avis médical si vous êtes enceinte. Ensuite, dès que vous dépassez les pathologies très ciblées. C'est aussi totalement exclu pour les grands malades qui nécessitent un suivi attentif et régulier d'un médecin. Chez l'enfant, il faut également faire attention. Il existe un système d'autorisation parentale en fonction des âges qui figure sur les notices. Certains sont valables jusqu'à 6 ans, 12 ans, etc. Le parent peut lui-même administrer un anti-tussif par exemple. En revanche, en cas de fièvre très élevée, il faut éviter l'automédication. En bref, à partir du moment où l'on doute, où l'on n'est pas sûr de savoir de quoi il s'agit, il faut consulter.

 
EN SAVOIR PLUS
 
 
"Guide de l'automédication" "Le guide de l'automédication", supervisé par le Pr Alain Baumelou et le Dr Loïc Etienne, Edition Vidal, 364 pages, 26 €
Consultez les librairies
 

Quelle est selon vous la pharmacie familiale de base, idéale ?

Il n'y en a pas. Il faut simplement observer quelques règles. La première consiste à faire un inventaire tous les six mois de ce qu'elle contient et de ramener à la pharmacie les médicaments périmés. De ne surtout pas jeter les notices et de s'y référer. Elles permettent d'éviter l'interaction médicamenteuse qui consiste à prendre deux fois le même principe actif (indiqué sur la boîte, sous le nom du médicament). Il se peut en effet que le médecin prescrive un médicament et que nous l'associions de nous-mêmes à un autre qui contient, sans que nous le sachions, le même principe actif. Il faut donc impérativement regarder la notice et mentionner à son pharmacien les médicaments que nous prenons. Le jour où le "dossier pharmaceutique", actuellement à l'étude, sera mis en place, nous éviterons bien des désagréments de ce type.

Faut-il se méfier de certains produits de consommation courante comme l'aspirine ou le paracétamol ?

Tout médicament que l'on absorbe est a priori dangereux. Nous connaissons bien les méfaits de l'aspirine. Il faut éviter à tout prix d'en donner à un enfant qui souffre d'une maladie virale. Elle peut provoquer des complications graves, voire mortelles. Il en est de même pour l'usage du paracétamol, qui peut se révéler dangereux dans des cas bien particuliers. Chaque médicament comporte ses risques. D'où, encore une fois, l'intérêt de se référer à la notice et de consulter un médecin en cas de doute.

Quels sont les freins à une automédication efficace et raisonnée ?

Le leitmotiv "la notice est illisible", revient souvent. Pourtant, nous travaillons beaucoup à la rendre plus claire. Nous intégrons des patients, des associations de malades dans nos groupes de travail. Nous y prêtons beaucoup d'attention. Je crois que le véritable problème est le coût. Il faudrait imaginer un déremboursement par classe, qui éviterait la juxtaposition de spécialités remboursées et non remboursées pour un même symptôme. Ou alors que la CNAM ou les mutuelles remboursent les médicaments sans ordonnance jusqu'à un certain palier. Par ailleurs, nous avons besoin d'une éducation thérapeutique. Il n'est pas logique qu'une femme souffrant d'une cystite doive passer à chaque fois par son médecin. Notre système n'est pas mûr. Nous manquons d'une culture de la prévention, de l'information. Quand un patient va chez le médecin, il ne se sent rassuré que s'il repart avec une ordonnance alors qu'il serait plus intéressant de l'informer sur les moyens de prévenir un mal, de se prendre en charge personnellement, hors médication.

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