Alors que les autorités sanitaires européennes ne voyaient aucune objection à la consommation de boissons énergisantes, les instances françaises, au contraire, prônaient le principe de précaution jusqu'à ce que l'hexagone se voie contraint d'abdiquer sur le sujet. Comment est-ce possible ? Facile : aucune étude n'a pu prouver de façon formelle ni la dangerosité du Red Bull, ni sa parfaite inoffensivité. Résultat : on nage entre deux eaux. Le point sur l'avis rendu par les autorités françaises et européennes.
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| | Toutes les études sur le sujet ont été passées au peigne fin. Mais une incertitude demeure puisqu'on n'a pu prouve ni l'innocuité de la boisson, ni sa dangerosité. © Getty Images | |
L'avis le plus récent est celui rendu par l'Institut national de veille sanitaire, que nous détaillons plus loin. Pour la première fois, une autorité sanitaire française a rendu un avis non défavorable à la commercialisation du Red Bull en France. Pour ce faire, elle s'est appuyée sur la surveillance qu'elle a mise en place depuis l'arrivée de la boisson sur le territoire, le 15 juillet 2008. Aucun trouble grave lié à une consommation aiguë de la boisson énergisante n'a été répertorié. Les seuls effets indésirables constatées semblent être liés à la caféine ou à l'alcool souvent ingérés de façon concomitante.
Quelques mois plus tôt, en janvier 2009, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) aboutissait à une conclusion relativement similaire. Ainsi, l'Efsa a étudié toutes les conclusions des recherches faites sur le sujet. Elle s'est principalement intéressée à la taurine et à la D-glucoronolactone, en tant que composant et non pas à la boisson dans son ensemble. Selon les différentes études menées de par le monde et conformément aux précédents avis rendus par l'autorité européenne et par le Scientific Committee on Food, les deux substances ne sont pas présentes dans des quantités suffisantes pour engendrer des problèmes. Cette conclusion vaut pour une consommation régulière entre 0,5 et 1,4 canette par jour. L'autorité européenne souligne toutefois qu'il serait intéressant et nécessaire de mesure la consommation réelle de ces boissons énergisantes, en particulier chez les adolescents et les jeunes adultes.
L'Efsa aborde également le cas de décès suspects survenus en Allemagne et reprend l'avis récemment émis par l'Institut fédéral allemand pour l'évaluation des risques qui stipule : "Dans ces cas, ces boissons énergisantes ont été consommées soit en très grandes quantités (1420 mL), soit à l'occasion d'une activité physique ou, plus fréquemment, avec de l'alcool. (...) Il est possible que les effets signalés dans les publications récentes (...) puissent être dus aux effets indésirables bien connus de la consommation d'une grande quantité de caféine. La supposition d'une relation de cause à effet avec la consommation de taurine n'étant, quant à elle, étayée par aucune preuve scientifique."
De même, l'Efsa conclut qu'il est très improbable qu'une quelconque interaction puisse avoir lieu entre la D-glucoronolactone et les autres composants des boissons énergisantes ou même l'alcool ou l'activité physique. Les éventuelles interactions entre la caféine et la taurine n'ont pas été étudiées.
Données insuffisantes
L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) était beaucoup plus réservée sur la question en 2006. A vrai dire, elle a même émis plusieurs avis défavorables, depuis 1996. Dans un document rendu public en novembre 2006, l'Afssa conclut ainsi : "Il n'est pas possible, sur la base des données disponibles et des études expérimentales réalisées, de caractériser le risque présenté par ce produit, notamment au regard des fortes doses de taurine et de D-glucoronolactone par rapport aux apports alimentaires. (...) Les données produites, évaluées par le CES (comité scientifique, ndlr), ne permettent pas de garantir l'innocuité dans les conditions d'emploi préconisées.
Des études complémentaires sont nécessaires pour lever ou confirmer les suspicions de risque néphrotoxique et neurotoxique et répondre à l'incertitude scientifique sur la sécurité d'emploi de ce produit." Une conclusion en demi-teinte donc : pas de preuve formelle de la dangerosité de la boisson malgré quelques cas suspects signalés, mais pas de preuve formelle non plus qu'elle soit inoffensive. D'où la proposition de l'interdire jusqu'à ce que des études complémentaires viennent étayer l'une ou l'autre thèse.
Peut-être que les conclusions du centre de recherche cardiovasculaire de l'hôpital d'Adelaïde vont apporter de l'eau à son moulin. En effet, les scientifiques ont suivi les constantes cardiovasculaires de 30 jeunes adultes, une heure avant et une heure après qu'ils ont bu une canette de Red Bull. Une heure après l'ingestion, leur système sanguin n'était plus normal et ressemblait à celui d'un patient atteint d'une pathologie cardiovasculaire. Leur sang était devenu plus collant que la moyenne.
Ce sont d'ailleurs les risques cardiovasculaires qui ont conduit la Norvège, le Danemark et l'Uruguay à interdire la boisson sur leur territoire.