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Surfer sur le Web à des fins personnelles depuis
son poste de travail peut-il être un motif de licenciement...
avec ou sans indemnités ?
Olivier Teulières : Les deux cas peuvent
tout à fait être envisageables.Tout va dépendre de la
faute commise. La faute grave qui entraîne la rupture
immédiate du contrat de travail sans préavis ni indemnités
sera certainement la sanction la plus souvent utilisée,
mais pas obligatoirement la première. On peut très bien
envisager le cas où un salarié se fera surprendre en
train de surfer sur le Net durant ses heures de travail.
L'employeur pourra lui infliger une sanction disciplinaire
mineure du type avertissement ou blâme. Si le salarié
continue, il risque, dans ce cas, le licenciement pour
faute grave si son comportement entrave la bonne marche
de l'entreprise. Il ne faut cependant pas oublier que
le juge vérifie si la sanction n'est pas disproportionnée
à la faute commise.
Y-a-t-il des activités sur le Web davantage passibles
de sanctions : surfer simplement sur un site d'actu
par rapport à acheter en ligne par exemple ?
D'un point de vue strictement juridique, non. Prenons
un exemple : un salarié qui va consulter un site d'actualité
pendant une demi-heure sera tout autant fautif que le
salarié qui va consulter un site X durant le même laps
de temps. On ne sanctionne pas le type de contenu mais
le manquement du salarié à ses obligations contractuelles.
Un salarié est embauché pour effectuer un certain nombre
de tâches. S' il passe une partie de son temps sur le
Net au lieu d'effectuer son travail, il sera sanctionné.
Par contre, le contenu du site pourra avoir une incidence
sur le type de sanctions infligé en particulier.
A quel cadre législatif les tribunaux se référent-ils
pour statuer sur de tels litiges ?
Il n'y a pas de cadre législatif à proprement parler
sur l'utilisation d'Internet. Le juge, pour rendre sa
décision, va s'attacher à vérifier deux points essentiels
: en premier lieu, il va vérifier la fiabilité du mode
de preuve. En effet, en matière d'informatique, il est
aisé de modifier le contenu d'un ordinateur sans que
personne s'en aperçoive. Donc un employeur qui apporterait
comme seul élément de preuve un disque dur contenant
des fichiers permettant de connaître les consultations
effectuées sur Internet a de fortes chances de voir
sa demande rejetée pour absence de preuve. En second
lieu, si le mode de preuve est accepté, le juge vérifiera
la proportion entre les faits reprochés et la sanction
infligée.
Dans quelle mesure l'employeur -t-il le droit de surveiller
par informatique l'utilisation d'Internet de ses employés
? De regarder l'historique des navigateurs ?
L'employeur a tout à fait le droit de contrôler
et de surveiller l'activité des salariés. En revanche,
il ne pourra pas utiliser les informations récupérées
comme mode de preuve s'il n'a pas informé les
salariés que l'utilisation d'Internet peut être contrôlée
et utilisée dans le cadre d'une procédure disciplinaire.
L'employeur a-t-il le droit de surveiller les horaires
d'un salarié en contrôlant ses connexions ?
On peut effectivement savoir précisément à quelle
heure une personne s'est connectée ou déconnectée. L'employeur
peut très bien utiliser ces informations pour contrôler
l'activité des salariés. Cependant, il se heurtera une
nouvelle fois à la question de la preuve : si le salarié
n'a pas été informé de la mise en place de dispositif
de contrôle, le mode de preuve devant une juridiction
judiciaire sera considéré comme illicite.
L'employeur est-il obligé d'informer ses employés de
sa politique sur les conditions d'utilisation d'Internet ?
Il n'a aucune obligation de préciser les conditions
d'utilisation d'Internet mais en pratique, il est fortement
conseillé de le faire pour des raisons évidentes de
preuve. Sur le règlement intérieur, l'employeur peut
faire apparaître effectivement que l'utilisation d'Internet
à des fins personnelles est interdite et pourra donner
lieu à des sanctions disciplinaires. Sur le contrat
de travail, on trouvera plutôt des mentions avertissant
le salarié que le matériel et les ressources mis à disposition
devront être réservées à un usage strictement professionnel
et que le respect de cette condition pourra faire l'objet
de contrôle et que les e-mails pourront être utilisés
comme preuve lors d'une procédure disciplinaire.
De quels types de preuve l'employeur peut-il se munir
pour motiver un licenciement ?
Tous les éléments de preuve sont possibles. Mais
les juges seront vigilants face aux preuves "informatiques".
En effet, un disque dur et un e-mail sont des modes
de preuve peu fiables au regard de la facilité de modification
des informations. De plus, en ce qui concerne l'e-mail,
il faut être certain de l'identité de l'expéditeur.
Dans beaucoup d'entreprises, les postes de travail sont
interchangeables et on n'est pas à l'abri d'une mauvaise
manipulation. Il est certain que l'employeur qui se
présente avec une simple copie d'e-mail ou un disque
dur risque de se voir condamné pour licenciement sans
cause réelle pour manque de preuve.
Cas particulier : Un employé en période de préavis (qui
quitte la société) a-t-il le droit de consulter les
annonces d'emploi sur Internet ?
Votre question est très intéressante. On peut en
effet envisager que les deux heures de recherche d'emploi
pourront être utilisées à consulter les offres d'emploi
sur Internet. Il est nécessaire de consulter sa convention
collective pour connaître les modalités d'utilisation
des heures pour recherche d'emploi. Si rien n'est mentionné,
cette possibilité sera à négocier entre l'employeur
et le salarié mais rien a priori ne s'y oppose.
Récapitulons...
Salariés
:
les pratiques à risque |
Employeurs
:
tout n'est pas permis |
| Utilisation
de son accès au Net à des fins personnelles:
surf, achat en ligne, téléchargement,
etc. |
Il
faut informer préalablement ses employés
avant la mise en place d'un dispositif de contrôle.
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| Consultation
de sites et échange d'images "contraires
aux bonnes moeurs". |
L'ouverture
et la lecture de mails des salariés sont
considérés comme des atteintes aux
libertés fondamentales des individus. Un
mail, même au bureau, est considéré
comme inviolable, par un arrêt récent
de la Cour de Cassation. |
| Envoi
d'e-mail depuis et sur un site avec le nom de la
société. |
Il
est conseillé d'intégrer dans le reglement
intérieur et le contrat de travail des mentions
relatives à l'utilisation du matériel
informatique mis à disposition. |
| Installation
de logiciels provenant d'Internet sans autorisation.
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Pour
toute collecte d'informations nominatives, il est
impératif de faire une déclaration
auprès de la CNIL (loi "Informatique
et libertés"). |
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A
voir aussi :
Forum
des droits
sur l'Internet
Cette institution
récente défriche pour le législateur
les questions juridiques liées à
l'utilisation de l'Internet. Son site, lieu d'information
et de débat, est un passage obligé,
surtout pour les recommandations
que formule ce forum. |
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