TENDANCE
Février 2007
Machinima : les fans de jeux vidéo font leur cinéma
Contraction de machine (l'ordinateur), d'animation et de cinéma, le machinima est un art émergent. Tout a commencé avec les FPS (First Person Shooter ou, en français, jeux de tirs en vision subjective) comme Doom ou Quake, au début des années 90, qui offraient la possibilité d'enregistrer ses exploits. Quelques malins se sont amusés à plaquer des dialogues dessus. Depuis, les joueurs ont décidé d'en faire toujours plus. Avec l'apparition d'outils comme "The Movie", véritable petit studio cinématographique, la multiplication des jeux en ligne massivement multi joueurs, comme World of Warcraft, qui apportent décors, liberté de mouvement et figurants, l'amélioration du matériel et la montée d'Internet, de plus en plus de passionnés de jeux se sont aventurés à faire leur cinéma. Alexandre, alias Panda, hotliner et journaliste de 34 ans dans la réalité, nous parle de sa série "Les Lames de Feu". Six épisodes décapants ! Comment définiriez-vous le machinima ?
C'est un film fait avec un outil : le jeu vidéo mais il y a de tout. Ça va de la simple vidéo pour montrer ses exploits à des choses plus abouties comme les Lames de Feu. Le jeu vidéo est un support privilégié, plus simple car il apporte les décors, les personnages, les costumes à peu de frais. J'ai réalisé un court-métrage à côté, et il faut rassembler 10 comédiens, on a besoin d'un maquilleur. Le jeu vidéo est un outil qui permet d'aller vite mais avec des contraintes nouvelles, des limites. Quand avez-vous réalisé votre premier machinima ?Il y a 5 ans, simplement pour voir, avec le jeu Dark Age Of Camelot. Juste pour rigoler et puis j'ai suivi l'évolution de la machine. Depuis deux ans, on essaye de faire des choses plus scénarisées. Pouvez-vous nous présenter l'équipe du Panpan Studio ?Ça va être rapide. Il y a 2 personnes. Moi : Alexandre, ou plutôt Panda, c'est le nom que je donne à tous mes personnages, et Diandra, qui m'aide dans la production des Lames et fait surtout la voix féminine.
Quel est le sujet de la série des Lames de feu ?
Au départ je voulais faire quelque chose de sérieux avec l'épisode 0. Et puis je n'ai pas pu m'empêcher de parodier, de faire quelque chose de comique, de décalé, dans la lignée de ce que j'avais déjà fait avec Dark Age of Camelot. J'ai trouvé que ça collait bien de toute façon avec la touche graphique de World Of Warcarft (WOW), pas suffisamment sérieuse. Les Lames de feu, c'est une guilde (NDLR : une communauté de joueurs qui font route ensemble). Le caractère est complètement indépendant de celui de mon personnage, quand je joue vraiment. Evidemment, il y a des clins d'œil pour ceux qui connaissent WoW mais on essaye d'élargir au maximum pour toucher aussi ceux qui ne jouent pas. Quels sont vos jeux préférés ?
Des jeux "online" principalement. Dark age of Camelot donc, ou World of Warcraft. J'ai aussi joué à Star Wars Galaxy. Là encore, j'ai eu du mal à ne pas verser dans la parodie malgré un univers plus réaliste. L'intérêt, c'est que l'on peut changer de classe facilement (NDLR : de personnage et de profession). Je pensais que l'épisode 6 serait le dernier avec WoW avant la migration vers un autre jeu (Vanguard, pas mal graphiquement et surtout le très attendu Age of Conan), mais on a écrit l'idée centrale de l'épisode 7, il y a deux semaines... Vos références cinématographiques ou télévisuelles ?Il y a toute une culture ciné-BD-télé qui va remonter de manière inconsciente mais on écrit d'abord l'idée de l'épisode (NDLR: l'épisode 1 est truffé de références: c'est arrivé près de chez-vous, la cité de la Peur, Brice de Nice...) Quelles sont les moyens techniques nécessaires (matériels, logiciels) ?D'abord une configuration solide et beaucoup de place sur le disque dur. Pour 5 minutes de jeu enregistrées, ça fait tout de suite 30 -50 Go de pris sur le disque. Une bonne carte vidéo aussi. Pour la capture, je me sers de Fraps qui a l'avantage de n'être pas cher et de donner de bons résultats. Pour le montage final, en général Première même si là j'essaye Vegas Vidéo. Pour le son, l'outil s'appelle Sound Forge, libre. Comment faites-vous connaître vos machinimas ?J'essaye d'éviter les plateformes de déposes de vidéo et privilégie mon site pour pouvoir mesurer la fréquence des visites, le nombre de téléchargement. J'envisage peut-être d'en faire quelque chose de plus professionnel (il y a des contacts dans ce sens). Cela me permet de tester, de voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Pour propager l'info, à la sortie d'un nouvel épisode, je fais une annonce sur le forum officiel du jeu et une autre sur le forum communautaire de jeu online. Le machinima est-il toujours aussi confidentiel. Une pure affaire de "gamers " ?Ça commence à prendre doucement. Avec le machinima, c'est difficile de faire exactement ce que l'on veut. Si, par exemple, je veux que mon personnage se roule par terre en pleurant et que ça n'a pas été prévu par les développeurs, on est coincé.
On arrive à tricher avec les limites, à bluffer. Malgré ces limites, certains arrivent à faire des choses jolies, ou drôles, ou les deux à la fois. Il y a des pointures. Pour résumer, je dirais que le cinéma, c'est la formule 1 et le machinima le karting. Mais ça permet de vite comprendre, ce qui marche au niveau des prises de vue. Il ne faut pas se cacher que tout cela vient d'une envie de réalisation frustrée. Si je pouvais avoir le budget du Seigneur des Anneaux, je ferais le Seigneur des anneaux.
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