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Histoire de l' Apartheid

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Colonisée par les Néerlandais au XVIIe siècle et devenue dominion britannique en 1910, l’Afrique du Sud possède déjà un lourd passé de discrimination raciale lorsqu’est mis en place l’apartheid. Appliquée dès 1948, cette politique, disant favoriser le développement du pays et la préservation des cultures de chaque ethnie, vise surtout à conserver la suprématie blanche. Multipliant les mesures de ségrégation raciale, l’apartheid s’attire de plus en plus les foudres de l’opinion internationale alors même qu’est amorcée la décolonisation partout ailleurs. Finalement, le régime ne survivra ni aux désordres politiques et sociaux du pays, ni à l’évolution des pensées.

La montée au pouvoir des nationalistes

Depuis la guerre des Boers et la naissance de l’Union d’Afrique du Sud en 1910, les problèmes raciaux se posent plus que jamais, comme en témoigne la mise en place du "Colour bar" ("barrière de couleur" discriminatoire pour les Noirs). Le gouvernement est uniquement formé par des Blancs, qui s’efforcent de conserver tous les pouvoirs alors qu’ils ne représentent qu’une petite minorité au sein de la population du territoire, composée principalement de Noirs bantous, de Métis et d’Asiatiques.

Dans ce climat de tensions, où la population majoritaire prend de plus en plus conscience de sa condition, l’African National Congress (ANC) est fondée en 1912. Mais cette organisation bantoue est impuissante face à la volonté du gouvernement de Louis Botha de rassembler les Noirs dans des réserves.

Lorsque Botha meurt en 1919, le général Smuts prend sa place en tant que Premier ministre et chef du Parti sud-africain. Mais dès 1924, une coalition des nationalistes et des travaillistes est portée au pouvoir, offrant la place de Premier ministre à James Hertzog, issu d’une famille de Boers et déterminé à renforcer la ségrégation raciale. Toutefois, les difficultés de la crise de 1929 modifient une fois de plus le gouvernement sud-africain. Pour sa survie, le Parti national d’Hertzog est en effet contraint de fusionner avec celui de Smuts sous le nom de Parti uni, en 1934.

La genèse de l’apartheid

Plusieurs Afrikaners (aussi appelé Boers) de l’ancien Parti national rejettent totalement cette fusion et préfèrent fonder leur propre parti nationaliste, à la tête duquel se trouve le pasteur Malan. Parallèlement, Hertzog laisse la place de Premier ministre à Smuts au début de la Seconde Guerre mondiale. Aussitôt, l’Union sud-africaine déclare la guerre à l’Allemagne tandis que les premières influences nazies s’ancrent dans les mouvements nationalistes.

À la fin des années 1940, Malan, dont le Parti national a pris plus d’ampleur, propose un programme électoral reposant sur le développement du territoire par la séparation racial. C’est ce qu’il appelle "apartheid", qui signifie d’ailleurs "séparation" dans la langue afrikaans. Avec des dizaines d’années de politique discriminatoire derrière lui, il est porté au pouvoir en mai 1948. Aussitôt, il met ses projets à exécution.

Préserver la suprématie blanche

À partir de 1949, une série de lois est promulguée pour aboutir à la séparation totale, tant géographique, politique, sociale que culturelle, des différentes ethnies qui peuplent l’Afrique du sud. La première de ces lois interdit tout mariage mixte. Pour clarifier leur portée, trois principaux groupes sont officiellement distingués à partir de 1950 : les Blancs, les Noirs et les Métis. Le "Group Areas Act" peut alors entrer en vigueur afin de délimiter les zones d’habitations de chaque groupe.

Les politiques ont beau mettre l’accent sur le développement culturel séparé des ethnies non-blanches, toutes les mesures de l’apartheid n’ont en fait qu’une finalité : faire perdurer la suprématie des Blancs. Toute la législation mise en place en témoigne : port obligatoire de passeport pour les Noirs, ségrégation des lieux et services publiques, réforme de l’éducation, code du travail en défaveur des Noirs…
 
Même après le départ de Malan en 1954, la ségrégation raciale se poursuit plus intensément. À partir de 1959, des régions sont spécialement délimitées pour les populations noires bantoues. Il est prévu que ces Bantoustans, comme on les appelle, deviennent des Etats autonomes, puis indépendants. Mais ces territoires, qui doivent n’occuper que 13 % du pays, sont économiquement trop pauvres pour se suffire à eux-mêmes. En réalité, le fait même de concéder des terres aux Noirs afin de créer des Etats indépendants en apparence permet au gouvernement de les exclure de l’Union sud-africaine. En outre, ce système attise les dissensions ethniques entre Bantous et freine ainsi le nationalisme noir.

Révoltes et oppositions

Un tel régime suscite irrémédiablement des protestations, comme en témoigne la manifestation de Sharpeville, terriblement réprimée en mars 1960. À la suite de ce tragique événement, le gouvernement interdit l’ANC et la PAC (Panafrican Congress), deux mouvements noirs qui luttent contre l’apartheid. L’ANC est donc contraint d’agir dans la clandestinité et décide, sous l’impulsion de Nelson Mandela, de prendre les armes. Mais ce dernier sera arrêté dès 1962, puis condamné à la prison à vie en 1964.

Les protestations contre l’apartheid sont loin d’être internes à l’Afrique du Sud et de ne toucher que les populations noires. En effet, nombreux sont les Blancs, notamment britanniques ou catholiques, qui s’y opposent tandis que la communauté internationale tente de faire pression. Ainsi, face au mécontentement des membres du Commonwealth, le Premier ministre Verwoerd réagit en faisant proclamer l’indépendance de l’Union sud-africaine, devenue alors République sud-africaine. L’ONU, quant à elle, vote l’application de nouvelles sanctions en 1962, qui restent toutefois sans effet.

Mais dans les années 1970, l’indépendance du Mozambique et de l’Angola renforce davantage encore le nationalisme noir et affaiblit le pouvoir. En juin 1976, la manifestation de lycéens de Soweto et la répression particulièrement violente qui a suivi bouleversent considérablement l’opinion internationale. L’événement contribue sans conteste à la démission du Premier ministre Vorster, critiqué de toutes parts. Il est remplacé par Pieter Willem Botha, qui entreprend de légères réformes de l’apartheid.

L’abolition de l’apartheid

Pieter Botha supprime ainsi quelques lois ségrégationnistes sur la fréquentation des lieux publics, le passeport intérieur ou l’accès à l’emploi, tout en maintenant une politique d’exclusion des Noirs. En 1984, il permet aux Métis et aux Asiatiques de rejoindre le Parlement, sans rien concéder aux Noirs. Le but d’une telle démarche est évidente : il s’agit tout bonnement d’alourdir le poids du gouvernement face à une population noire majoritaire. Finalement, cette réforme a pour seule conséquence d’attiser davantage la colère de l’opposition. Alors qu’une population noire multiplie les révoltes et les grèves, le gouvernement est mis à mal par le renforcement des opposants à l’apartheid.

La République sud-africaine plonge irrémédiablement dans un désordre politique et social profond, allant jusqu’à proclamer l’état d’urgence. Lorsqu’à partir de 1985, les investisseurs et partenaires étrangers du pays multiplient les sanctions économiques, la République sud-africaine ne voit qu’une issue : abolir l’apartheid. Pieter Botha laisse la place à Frederik De Klerk, qui entreprend de supprimer la totalité des mesures de l’apartheid. L’ANC revient dans la légalité tandis que Nelson Mandela est libéré. C’est lui qui obtiendra le pouvoir aux premières élections multiraciales de 1994.

Après plus de 40 ans d’existence, l’apartheid est définitivement aboli. Mais les années de ségrégations raciales qu’a connues l’Afrique du Sud restent toutefois profondément ancrées dans les mentalités de chacun. Ainsi, le pays va amorcer une phase de réconciliation nationale et internationale sous la présidence, pour la première fois, d’un représentant de la majorité noire. Pour cela, la commission vérité et réconciliation est mise en place pour clarifier les torts de chacun. Mais après les inégalités raciales, reste à combattre les inégalités sociales.



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