Le baroque naît en Italie à la fin du XVIème siècle et va conquérir le continent européen jusqu’à la moitié du XVIIème siècle. A l’image de la Renaissance qui l’a précédé et des grands mouvements qui le suivront, il est à la fois l’expression et l’acteur des bouleversements historiques qu’il accompagne, tant sur le plan politique que scientifique. La Renaissance prolongée par l’imaginationLe terme « baroque » est né de la transposition dans la langue française de « barroco », qui désigne une perle irrégulière en portugais. Mais il faut attendre le XXème siècle pour qu’il nomme un ensemble précis d’œuvres des beaux-arts, la musique représentant un cas un peu à part. En effet, la distance historique et critique n’a permis d’aborder cette période sous cet angle que très récemment et il faut souligner que l’adjectif « baroque », synonyme de « fantasque », fut longtemps péjoratif quand on l’adossait à un art. A la fin du XVIème, l’art de la Renaissance a pris en Italie, et notamment à Rome et à Florence, une tournure nouvelle depuis déjà plus de cinquante ans : le maniérisme. Tandis que la Renaissance plaçait l’homme au centre de ses préoccupations, le maniérisme glisse vers le sujet, l’individu et cherche à créer des formes nouvelles. Cette tendance est largement reprise et amplifiée par le baroque. Les idées, les pensées, les représentations ont en effet été fortement altérées depuis le début du siècle : la vision d’un monde fini et géocentrique a été mise à mal par Copernic tandis que Luther et la Réforme ont brisé l’unité de l’Eglise et de l’Europe. C’est donc sur ce terrain mouvant que prend forme le baroque aux environs de 1590, à Rome. Dans une Europe déchirée par les guerres de Religion et un univers dont on a perdu le centre et les limites, le baroque substitue à la stabilité et à l’objectivité de la Renaissance un art du mouvement et des illusions. En réaction à la ligne droite, la courbe devient prédominante, et aux proportions de l’homme de Vitruve répond un art étonnament maîtrisé du trompe-l'oeil. L’Italie à la conquête de l’EuropeLe goût du baroque pour des formes nouvelles et la représentation des passions bénéficient de surcroît d’un soutien de taille : le Vatican. Le concile de Trente, qui s’est tenu dans la deuxième partie du XVIème siècle et dont le but est de répondre à la Réforme, affirme la volonté de promouvoir une architecture plus somptueuse et surtout un art accessible à tous les fidèles. S’attachant à représenter avec force et imagination les situations pathétiques, le baroque entre sans difficultés dans ces canons. Tant en architecture que dans les arts picturaux et la musique, l’Italie et ses artistes deviennent un modèle pour une bonne part de l’Europe catholique. Les peintures du Caravage, les sculptures du Bernin et l’opéra de Monteverdi s’imposent et deviennent rapidement des références. Le goût pour le mouvement, les contrastes et la dissymétrie gagne progressivement les Flamands, l’Espagne, le Portugal mais aussi l’Angleterre et les colonies du Nouveau Monde. Ainsi, Rubens, Rembrandt ou encore Velázquez deviennent les représentants du baroque dans leurs pays respectifs. Vers le classicismeCependant, le baroque se heurte à deux réalités en Europe de l’Est et en France. Tandis que l’Autriche et les Etats germaniques voient leur développement freiné par la Guerre de Trente Ans, Louis XIV et Richelieu n’ont guère d’affinités avec le mouvement et l’imagination. Le roi Soleil exprime en effet sa volonté de discipliner les arts et les « conduites » pour qu’ils s’accordent avec l’austérité étatique. C’est d’ailleurs dans cette optique qu’est créée l’Académie. Si dans le domaine musical, la France bénéficie des talents de Rameau et Couperin, peinture et architecture sont déchirées entre le baroque et le classicisme. Le Château de Versailles, oscillant entre une architecture classique et un décor plus exubérant, en est un bon exemple. Mais ce que l’on retient surtout de cette époque, c’est l’apogée de la tragédie classique portée par Corneille et Racine. De l’autre côté du Rhin, il faut attendre que les tourments de la guerre de Trente ans se soient apaisés pour que la Bavière participe à son tour au foisonnement baroque et produise ces derniers chefs-d’oeuvre, comme l’église de pèlerinage de Wies, vers 1756. Les régions germaniques, qui portent également Bach, sont en fait les derniers bastions du baroque. En effet, passé les joies du baroque primitif, les premiers coups sont portés dès le milieu du XVIIème. Le baroque célèbre une imagination qui devient le signe de trop de liberté pour beaucoup d’institutions. Tandis que les rigoureux Jésuites prennent de plus en plus d’importance, l’Eglise soutient de moins en moins la création baroque. L’Italien Pozzo défend encore l’honneur de son pays, mais le baroque migre au nord du Danube. Il vit alors ces dernières heures et s’éteint en 1750 en même temps que ces derniers représentant géniaux : Bach et Haendel. Sur le modèle de la France absolutiste et centralisée de Louis XIV, la naissance des Etats modernes fait émerger au XVIIIème siècle un nouvel ordre européen. Construit sur les ruines d’une aristocratie sur le déclin, il s’accompagne de changements politiques et sociaux majeurs. Le baroque doit alors faire place à un nouveau courant artistique et philosophique qui accompagne l’émergence de la bourgeoisie : Les Lumières. A lire également : notre dossier sur la musique baroque.
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