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Histoire de la conquête spatiale dans la guerre froide

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De 1957 à 1969, la conquête spatiale est un enjeu majeur de la guerre froide. Elle est le terrain d’une compétition technologique acharnée entre l’URSS et les Etats-Unis où chacun tente de démontrer sa supériorité. Débutant en 1957 avec Spoutnik-1, le premier satellite artificiel de l’Histoire, elle a rapidement pour enjeu les vols habités et l’envoi d’un homme sur la Lune.

De la balistique intercontinentale à Spoutnik-1

Au début des années 1950, voyager au-delà de la Terre semble tenir plus du fantasme que de la réalité. En effet, si Werhner von Braun travaille avec Walt Disney aux Etats-Unis pour vulgariser et diffuser ses rêves de conquête spatiale, l’idée d’envoyer un objet ou un homme au-delà de l’atmosphère n’est pas une priorité pour les gouvernements, qu’ils soient russe ou américain. Toutefois les ingénieurs militaires des deux camps, notamment dans la balistique, envisagent sérieusement cette possibilité.

En effet, des missiles d’un nouveau genre ont été mis au point par la recherche nazie pendant la Seconde Guerre mondiale : les V2. Propulsés par des fusées, ils furent notamment utilisés pour bombarder Londres à la fin de la guerre. Dotée d’une longue portée (350 kilomètres), très rapide (mach 3.5) et ne nécessitant plus d’aviation, cette technologie nouvelle permet de porter le feu chez l’ennemi. Or la course aux armements provoquée par la guerre froide occasionne de forts investissements dans la recherche, et ce domaine d’avenir en bénéficie naturellement. En effet, les V2 suscitent de l’intérêt à l’est comme à l’ouest. D’ailleurs, l’homme qui conte l’espace aux Américains aux côtés de Walt Disney n’est autre que l’inventeur du V2, l’ingénieur nazi Wernher von Braun, passé des SS à l’armée américaine grâce à ses compétences.

Mais, souffrant d’un certain retard dans le domaine du nucléaire, c’est l’URSS qui exploite le plus cette invention. Elle met en place au cours des années 1950 un projet de missile intercontinental capable de transporter une bombe A. Contrairement aux bombes H, les bombes A sont très encombrantes. Au Japon, elles avaient dues être lâchées d’un bombardier. Le projet est donc doublement ambitieux : construire un missile d’une portée intercontinentale (plusieurs milliers de kilomètres contre 350 pour le V2) et pouvant porter une bombe de plusieurs tonnes.

Le projet est confié à Sergueï Korolev, un ingénieur ukrainien extrait du goulag au cours de la Seconde Guerre mondiale grâce à ses compétences en aéronautique. Conscient des possibilités spatiales d’une telle fusée, et peut-être nourri par les mêmes rêves que von Braun, il parvient à obtenir l’autorisation de construire un petit satellite et de tenter de l’envoyer dans l’espace.

La fusée conçue par Korolev est très innovante. Malgré quelques difficultés lors des premiers essais, elle permet d’envoyer le petit satellite Spoutnik-1 dans l’espace le 4 octobre 1957. Ce qui n’était qu’un projet secondaire devient une immense victoire technologique et symbolique : une nouvelle frontière de l’environnement humain vient d’être franchie. Un boîtier transmet des ondes radio, un simple bip qui permet au monde entier d’éprouver les affirmations des Soviétiques.

Une lutte technologique et symbolique

Les Etats-Unis vivent cet événement comme une véritable humiliation. Au-delà des applications militaires induites par cette réussite soviétique, c’est un coup dur porté à la confiance des Etats-Unis en leur supériorité technologique. Le symbole est également politiquement fort : l’URSS attribue naturellement ses prouesses à la nature de son régime.

Une équipe est donc mise en place aux Etats-Unis pour préparer un premier lancement. Mais l’URSS lance Spoutnik-2 dès le 3 novembre de la même année. Il transporte une chienne répondant au nom de Laïka, démontrant une fois de plus l’avance soviétique. Toutefois, l’animal ne survit pas au vol, la Russie n’est pas prête à envoyer un homme dans l’espace.

Les Etats-Unis, malgré l’urgence, refusent de confier le projet à l’ex-ingénieur nazi Wernher von Braun, qui travaille sur des missiles moyenne portée, certainement pour des raisons d’image. Pourtant, après un premier échec du projet officiel Vanguard, l’équipe de Braun est autorisée à tenter sa chance : le 31 janvier 1958, Explorer-1 est envoyé dans l’espace. Il permet notamment de découvrir la ceinture de Van Allen.

Dorénavant, Wernher von Braun aura un rôle majeur dans la conquête spatiale, de même que son concurrent Sergueï Korolev. Ce dernier, à la différence de son homologue américain, ne connaîtra pourtant pas la gloire, l’URSS faisant de son identité un secret défense.

Un espace dominé par les Soviétiques

Les Etats-Unis commencent alors à rattraper leur retard et investissent sur le long terme. Ainsi, Eisenhower décide de la création de la NASA (National Aeronautics Space Administration) fin 1958. Toutefois, L’URSS domine la conquête spatiale pendant les années qui suivent, notamment grâce au programme Luna. Dès le 2 janvier, la sonde Luna-1 sort de l’orbite terrestre et survole la Lune. Le 13 septembre, Luna-2 atteint sa cible en se posant sur le satellite de la Terre. Enfin, moins d’un mois plus tard Luna-3 fait découvrir à l’humanité la face cachée de la Lune. Les photos qu’elle transmet montrent d’ailleurs un visage plus accidenté que la face visible.

Fort de ces succès, les Russes reprennent le programme Spoutnik, dont l’objectif est d’envoyer un homme dans l’espace. Plusieurs lancements sont réalisés, avec à chaque fois un chien à bord : contrairement à Laïka, la plupart survivent à leur retour dans l’atmosphère. Au programme Spoutnik, les Etats-Unis opposent le programme Mercury. Leur progrès leur permet aussi d’envoyer un être vivant dans l’espace en janvier 1961 : un chimpanzé nommé Ham.

Les Américains se rapprochent donc des Soviétiques et comptent prendre leur revanche en envoyant le premier homme dans l’espace. Mais l’URSS prend les devants le 12 avril 1961 lorsque Youri Gagarine prend place à bord de Vostok-1 sur le site de Tyura-Tam. Il effectue un vol de 1h48 autour de la Terre, à une altitude moyenne de 250 km. L’URSS renforce encore son prestige dans le domaine spatial. Les Américains répondent dès le 5 mai avec le vol d’Alan Shepard mais à une altitude moins élevée et pour une durée beaucoup plus courte (15 minutes seulement).

Apollo : la réplique américaine

Le 25 mai 1961, Kennedy annonce qu’un Américain posera le pied sur la Lune avant la fin de la décennie : c’est le projet Apollo. Il est notamment accompagné par le projet Gemini, qui permet de réaliser plusieurs expériences de vols habités en orbite terrestre. De son côté, l’URSS poursuit son programme Luna. En somme l’enjeu principal de la compétition qui oppose les deux pays est de faire marcher un homme sur la Lune.

Les années 1960 sont donc entièrement tournées vers cet objectif à long terme. Les programmes avancent par paliers, qui sont autant d’événements. Le 20 février 1962, John Glenn fait trois fois le tour de la terre en un peu moins de cinq heures. Le programme Mariner permet une approche de Vénus par un satellite américain au mois de décembre de la même année. En juillet 1965, Mariner-4 survolera Mars. L’URSS réalise de son côté la première sortie d’un homme dans l’espace hors d’un vaisseau le 18 mars 1965. Les Américains réaliseront le même exploit quelques mois plus tard dans le cadre du programme Gemini.

Mais les choses s’accélèrent véritablement avec le projet américain Apollo. Le programme comporte trois phases. La première, s’étendant de 1960 à 1968 consiste à tester le matériel lors de vols inhabités. Le rôle de Wernher von Braun est essentiel, puisque c’est son équipe qui met au point le lanceur Saturn V. Pendant cette même période, le programme Mercury, également dirigé par Wernher von Braun, permet de tester les vols habités.

La deuxième phase débute avec la mission Apollo 1, interrompue le 27 janvier 1967 : une simulation de lancement aboutit à un incendie qui cause la mort des astronautes. L’échec de la mission se double d’un drame et retarde le projet : la capsule doit être repensée. Il faut attendre le 11 octobre 1968 pour voir la première mission habitée du programme : Apollo-7. Le test s’étend sur dix jours, et le vaisseau reste en orbite terrestre.

Deux mois et demi plus tard, les Américains prennent pour la première fois une avance considérable sur les Russes en plaçant un équipage en orbite lunaire : c’est Apollo 8. Les six mois suivants voient les missions Apollo 9 et 10 tester avec succès les scénarios élaborés pour un alunissage prochain.

Le 16 juillet 1969, la troisième phase est lancée : le vaisseau spatial d’Apollo-11 décolle de Cap Canaveral avec trois astronautes à son bord. Le 20 juillet, sa capsule Eagle se pose dans la « Mer de Tranquillité ». Neil Armstrong devient le premier homme à marcher sur la Lune, suivi de Edwin Aldrin. Les Etats-Unis ont gagné leur pari et prennent l’avantage sur l’URSS.

Vers une coopération

Cet avantage sera d’ailleurs définitif : tandis que les missions Apollo 12 à 17 réitèrent le même exploit (à l’exception d’Apollo-13, victime d’un problème technique), les Russes ne poseront jamais le pied sur la Lune. De surcroît, le contexte de détente ne justifie plus véritablement ces missions au coût exorbitant : pour Apollo, les Etats-Unis ont dû investir des milliards de dollars. Subissant la crise économique des années 1970, ceux-ci freinent leurs ambitions, en annulant les quatre dernières missions d’Apollo.



En fait, le premier pas sur la Lune met fin à la compétition acharnée entre URSS et Etats-Unis pour la conquête de l’espace. Le contexte politique a changé et les coûts considérables qu’elle implique limitent les ambitions de chacun. Malgré une rivalité qui demeure dans les missions d’exploration non habitée, la détente est illustrée par la coopération Apollo-Soyouz. Initiée en 1972, celle-ci consiste en un rendez-vous orbital des deux vaisseaux. Par ailleurs, les vols habités deviennent un enjeu moindre et sont limités à l’orbite terrestre. L’objectif des Etats-Unis est alors de permettre des allers-retours réguliers, d’où la construction, à partir de 1976, des navettes spatiales. De son côté, l’URSS mise sur les stations orbitales, d’où la construction de Saliout.



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